Les maisons de sel

Hala Alyan

Naplouse, 1963. À la veille du mariage d’Alia, Salma scrute le marc de café et choisit de ne rien dire. Ce choix ouvre le roman : l’avenir se construit sur des départs imposés et des loyautés familiales.

La bascule survient avec la guerre des Six-Jours, qui arrache les Yacoub à leur maison et disperse les générations : Jordanie, Koweït, Beyrouth, Boston, Paris. La trajectoire suit une famille relativement aisée, chassée de chez elle, mais capable d’habiter des lieux successifs, sans effacer l’exil.

Hala Alyan ancre cette saga dans des scènes serrées, travaillées par la mémoire. Les détails domestiques — linge, salon, verger — deviennent des repères stables dans un monde instable.

Une narration fragmentée, une famille en tension

Le récit alterne les points de vue et les époques, donnant à lire la transmission autant que la fracture : ce que l’on tait, ce que l’on répète, ce que l’on reçoit malgré soi. Les voix féminines portent l’essentiel, tandis que certains chapitres laissent aussi place aux hommes.

Le fil narratif progresse par déplacements : un appartement s’ouvre, une valise se referme, un couple se défait, un enfant grandit ailleurs. Les personnages se heurtent aux devoirs, au désir d’autonomie, aux contradictions d’une vie à l’étranger, à la fois recherchée et vécue avec culpabilité. La Palestine, souvent, se présente comme un horizon de retour transmis de génération en génération.

La force du livre tient à cette façon de faire sentir la géopolitique sans la détailler lourdement : l’événement historique reste en arrière-plan, mais il modifie les choix amoureux, les colères, les solidarités. L’exil ne finit pas, il change seulement d’adresse.

Une écriture lyrique, au plus près du sensible

La phrase privilégie les sensations et les objets, avec une attention aux odeurs, aux couleurs, aux larmes, au sel qui s’invite dans les gestes. Cette matière soutient l’émotion sans emphase, et maintient le lecteur au contact des scènes, même quand le temps s’accélère.

Quelques faiblesses apparaissent dans ce choix de fresque : la multiplication des voix et des lieux peut créer une impression de survol, et certaines transitions, très elliptiques, laissent moins d’espace à l’approfondissement de personnages secondaires. Ce morcellement, cependant, correspond au sujet d’une famille dispersée.

Reste une réussite : une saga qui suit, sans dévoiler son dénouement, la manière dont les liens se tendent puis se réorganisent, comment une maison perdue continue d’influencer les existences. La question du foyer, posée dès le départ, traverse chaque génération et guide la lecture.

Ouvrage sélectionné pour le prix Frontières 2026.

 
 
 

 

DOSSIER - Frontières 2026 : le prix qui repense les frontières du roman contemporain

Publiée le
19/02/2026 à 09:34

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Les maisons de sel

Hala Alyan trad. Aline Pacvon

Paru le 29/10/2025

363 pages

Marabout

22,90 €