La montagne, d’ordinaire, rassure par ses lignes nettes. Ici, elle tremble. Le roman s’ouvre sur un corps qui bascule : « Le vent siffle à ses oreilles — serpent dans la neige. » puis, sec et définitif, « Il tombe. » D’emblée, Hugo Boris choisit la chute comme motif, sensation et méthode : « Cette brève seconde qui s’allonge. »
Arnaud vit au bord d’un surplomb, au sens propre comme au figuré : « Le vide est tout de suite là, derrière la porte. » Le chalet, la famille, la routine, tout s’ordonne autour d’une angoisse sourde — « ce paysage qu’il ne regarde plus mais dont il ressent constamment le surplomb. »
Les enfants grandissent trop vite (évidemment), et le père s’y cogne : « Robin au volant de sa voiture, on dirait une blague. » Le roman capte ces micro-séismes : « Ça sent trop la mort de se dire au revoir. »
Gendarme de haute montagne, Arnaud s’use dans la vérification obsessionnelle : « le rôle du mec qui ne laisse rien passer. » Son ethos tient en une formule brutale : « Capable de t’expliquer les yeux dans les yeux que t’as fait de la merde. » Puis vient l’action, précise, scandée, presque musicale : « Dix mètres sous patin… Stop en avant. »
Au glacier, la peur se compacte : « une voix… l’informe qu’il n’a rien à faire ici. » Dans la crevasse, le temps se stratifie : « un trait noir raye encore la glace. » Le sauvetage devient descente dans soi, et le roman ose une tendresse sèche : « Salut, mon gars. »
Écriture au cordeau
Boris travaille par phrases courtes, nerveuses, puis relance en longues périodes qui s’enroulent comme un câble. Les dialogues claquent, souvent ironiques, toujours situés : « Tu vérifies. Tu prends le temps. » Le vocabulaire matériel (harnais, treuil, perches) ancre le réel ; les images le fissurent : « comme un frigo », « poinçon brillant ».
Même l’intime, parfois trivial, sert le thème : « Tout son espace mental est colonisé… dans le néant… » La chute, encore. Et derrière, une lucidité grinçante : « On ne sait jamais quand les choses commencent. »
Publiée le
13/02/2026 à 13:27
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Paru le 05/02/2026
336 pages
Iconoclaste (l')
20,90 €
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