La mise en ligne de millions de documents relatifs à Jeffrey Epstein par l'administration américaine, le 30 janvier dernier, a révélé ou confirmé les relations de l'homme d'affaires, pédocriminel condamné, avec de nombreuses personnalités. Parmi celles-ci, plusieurs auteurs réputés, mais aussi un ex-Premier ministre, ou encore le roman Lolita de Vladimir Nabokov... Des mentions ou échanges qui, toutefois, ne prouvent aucune participation à des activités criminelles.
Le 17/02/2026 à 11:18 par Ewen Berton
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17/02/2026 à 11:18
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L’affaire Epstein recouvre un vaste dossier judiciaire et d’enquête autour de Jeffrey Epstein, qui s'est suicidé en détention le 10 août 2019, et de son associée Ghislaine Maxwell, directement impliquée dans les différentes affaires du pédocriminel.
Comme le rappelle CBS News, le dossier regroupe des années de procédures, de témoignages et de pièces collectées par les autorités américaines. Il documente notamment une première enquête conduite en Floride en 2005, ensuite élargie au niveau fédéral, qui s’est conclue par un accord très contesté : Epstein a évité des poursuites fédérales grâce à une procédure de plaider-coupable sur des accusations de prostitution de mineure. Plus d’une décennie plus tard, le 6 juillet 2019, il est arrêté puis inculpé à New York pour trafic sexuel de mineures.
Depuis plusieurs semaines, l’affaire revient au premier plan avec la publication, par le ministère américain de la Justice, de nouvelles archives issues des « Epstein Files ». Le 30 janvier, une nouvelle série de documents a été mise en ligne dans un dépôt officiel, répartie en plusieurs ensembles (les Data Sets 9 à 12). Le contenu est hétérogène : photos, vidéos, dossiers judiciaires, documents du FBI et du ministère de la Justice, coupures de presse et courriels. Au total, pas moins de 3 millions de pages, ainsi que 180.000 images et vidéos ont ainsi été déclassifiées.
Ces archives font aussi apparaître des noms de personnalités connues, parmi lesquelles Donald Trump, l’ancien président Bill Clinton ou encore le milliardaire Elon Musk, sans que ces seules mentions ne constituent, en elles-mêmes, une preuve de lien avec des faits délictueux.
La publication est encadrée par l’Epstein Files Transparency Act, loi votée par le Congrès américain qui imposait une mise à disposition des dossiers avant le 19 décembre, mais le ministère de la Justice dit procéder par vagues en raison du volume et de la nécessité de protéger l’identité des survivantes par des rédactions et des anonymisations.
Si l’affaire Epstein a d’abord été scrutée sous l’angle judiciaire et politique, l’ouverture progressive des archives élargit aujourd’hui le champ des questions. À mesure que des courriels, agendas et carnets d’adresses sont rendus publics, c’est toute la cartographie relationnelle de Jeffrey Epstein qui apparaît, bien au-delà des seuls cercles financiers et diplomatiques.
Le monde culturel n’échappe pas à cette mise en lumière. Parmi les noms cités dans les documents figurent des artistes, des cinéastes, des mécènes... Et aussi des figures liées à la littérature, qu’il s’agisse d’écrivains ou de personnalités gravitant autour de la vie intellectuelle. Là encore, la mention d’un nom dans des archives ne vaut pas accusation. Elle signale un contact, un échange, une invitation, parfois une simple présence dans un agenda.
Nous évoquons dans la suite de cet article ces différentes personnalités en renvoyant, lorsque cela est possible, vers les échanges correspondants au sein des fichiers Epstein.
L'ancien ministre de la Culture, qui avait présenté la loi sur le prix unique du livre au début des années 1980, a été parmi les premières personnalités françaises repérées au sein des dossiers Epstein. Son nom y est mentionné plus de 600 fois, notamment en lien avec une société offshore cofondée par sa fille, Caroline Lang, et Jeffrey Epstein, comme l'a révélé Mediapart.
Certains échanges révélaient aussi une véritable proximité entre le milliardaire et le président de l'Institut du Monde arabe (IMA) : « Cher Jeffrey, [...] votre générosité est infinie », notait ainsi Jack Lang lui-même en 2017. Pendant plusieurs jours, il explique qu'il « assume » ses liens passés avec Epstein, tout en niant avoir eu connaissance des crimes de ce dernier. « Je ne savais rien de lui et j’ai trouvé l’homme passionné par l’art, par la culture, par le cinéma », assurait-il encore le 4 février sur BFM-TV.
Le 7 février, sous pression, il démissionne finalement de la présidence de l'IMA, tout en se déclarant « blanc comme neige ». La veille, le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour des soupçons de blanchiment de fraude fiscale aggravée contre Jack et Caroline Lang, et des perquisitions ont été menées ce 16 février à l'Institut du monde arabe, selon France 24.
Auteur de nombreux ouvrages, Jack Lang devait faire paraitre Ma vie avec François Mitterrand en mai 2026, aux éditions Gallimard, mais la maison a préféré en suspendre la parution.
Les fichiers rendus publics font apparaître le nom de Matthieu Ricard, moine bouddhiste, docteur en génétique, traducteur et auteur de nombreux essais à succès. D'après Libération, deux rencontres avec Jeffrey Epstein sont documentées à l’automne 2015, alors que Ricard est en tournée américaine après la publication de son Plaidoyer pour l’altruisme. La prise de contact passe par le psychologue Stephen Kosslyn, qui lui présente Epstein comme un mécène finançant des travaux scientifiques à Harvard, notamment ceux du mathématicien Martin Nowak, dont Ricard suit les recherches.
La première rencontre a lieu dans le laboratoire de Nowak, à Harvard. Ricard y découvre la présence d’Epstein, présenté comme un philanthrope intéressé par les questions scientifiques. Il décrit une discussion d’environ une heure, centrée sur la théorie de l’évolution, la coopération et les désaccords avec la thèse du « gène égoïste » de Richard Dawkins.
Quelques semaines plus tard, des échanges de courriels montrent qu’Epstein cherche à prolonger la conversation. Un second rendez-vous se tient à Paris, chez l’éditeur de Ricard, Allary Éditions, pour une discussion là encore consacrée aux sciences et à la neuroplasticité. Selon le moine, il n’a jamais été question de ses projets humanitaires au Népal ni d’un éventuel soutien financier.
Aucun élément des documents publiés ne laisse apparaître de lien de nature pénale entre les deux hommes. Matthieu Ricard assure n’avoir alors jamais entendu parler de la condamnation d’Epstein en 2008. La relation ne semble pas s’être poursuivie après 2015. Son nom réapparaît néanmoins en 2018 dans un échange entre Epstein et le professeur Dan Ariely — voir plus bas —, où il figure parmi les personnes jugées particulièrement intelligentes.
Auteur d'ouvrages de développement personnel et consacré à la spiritualité New Age très populaire aux États-Unis, Deepak Chopra aurait croisé la route de Jeffrey Epstein à une douzaine de reprises entre 2016 et 2019. The Guardian rappelle que les deux hommes ont échangé sur la médiation et le financement de projets liés à la médecine alternative et que Chopra a été invité à plusieurs reprises à dîner chez Epstein, à New York.
Certains échanges entre les deux hommes ont été largement commentés dans la presse américaine. Le 25 février 2017, Deepak Chopra propose par exemple à Epstein de le rejoindre en Israël avec « des gens intéressants », avant de lui suggérer d'utiliser « un pseudonyme si nécessaire » et d'ajouter : « Emmène tes filles. »
Le 5 février 2026, Deepak Chopra a publié un communiqué indiquant qu'il n'avait jamais « été impliqué et n'avait jamais participé à des actes criminels ou des comportements prédateurs. Les contacts que j'ai eus sont restés limités et sans aucun lien avec une activité proxénète. Certains échanges d'emails de l'époque ont été rendus publics et font état d'un ton inconvenant. Je le regrette aujourd'hui et comprends qu'ils puissent choquer aujourd'hui, compte tenu des éléments alors connus. »
Plus de 3000 résultats apparaissent lorsque l'on entre le nom du linguiste et penseur américain Noam Chomsky, particulièrement influent pour la pensée libertaire et anarchiste. Ses échanges avec Epstein avaient déjà été relevés en 2023, quand le Wall Street Journal avait mis en évidence d'importants transferts d'argent — 270.000 $, mais possédés par Chomsky — orchestrés par le financier. La défense de Chomsky avait alors été lacunaire : « Pour commencer, ce ne sont pas vos affaires. Ni celles de personne. Et, par ailleurs, je le connaissais et nous nous sommes rencontrés occasionnellement. »
L'ouverture des « Epstein Files » a fourni de nouveaux éléments sur les liens entre les deux hommes. Le 23 février 2019, Chomsky, dans un email, donne ainsi des conseils à Epstein après que ce dernier l'ait interrogé sur la manière de gérer « la campagne de presse putride » à son encontre, après son inculpation pour « trafic de mineurs ».
Noam Chomsky compatit auprès d'Epstein, qualifiant sa situation d'« horrible ». « C'est difficile à dire, mais je pense que la meilleure réaction est d'ignorer [la presse]. » Il poursuit : « Ce que les vautours recherchent, c'est une réponse publique, ce qui ouvre ensuite la porte à tout un flot d'attaques acerbes. C'est particulièrement le cas avec l'hystérie actuelle autour des violences faites aux femmes, qui s'est tant développé que le simple fait de remettre en cause une accusation est devenu un crime pire que le meurtre. »
Diminué par un accident vasculaire cérébral survenu en 2023, Noam Chomsky ne s'est pas exprimé lui-même sur ses échanges avec Epstein, mais Valéria Chomsky, son épouse, a indiqué que le couple « ignorait la gravité des faits » qui lui étaient reprochés avant la publicité autour de son procès, en 2019, rapporte la BBC.
Le 9 juillet 2016, dans une conversation écrite autour de la microcéphalie, Epstein proposait à Chomsky : « Envie de venir à New York ou dans les Caraïbes ? » Le lendemain, le penseur américain lui avoue qu'il « se prend à rêver à l'île caribéenne ». Des médias, dont The Guardian, ont émis l'hypothèse d'une référence à l'île privée d'Epstein, Little Saint James, théâtre de nombreux abus sexuels. Mais aucun élément, à ce jour, ne permet de retracer la venue de Chomsky sur ce territoire.
D'autres échanges font état d'une relation entretenue depuis plusieurs années, ainsi que des invitations d'Epstein à Chomsky, lui proposant de séjourner dans une de ses propriétés.
Autre scientifique mondialement connu, Stephen Hawking (1942-2018), auteur du best-seller Une brève histoire du temps (trad. Isabelle Naddeo-Souriau, Flammarion), est mentionné dans un échange remontant à 2015, entre Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell, son associée de longue date, y compris dans ses activités de « trafic de mineurs ». Le 28 juin 2022, elle a en effet été reconnue coupable de « complicité de trafic sexuel » et condamnée à 20 ans de prison.
Dans des emails portant sur les accusations de Virginia Giuffre, victime du trafic de mineurs mis en place par Epstein et Maxwell, le premier suggère à la seconde de soudoyer des personnes capables de remettre en cause le témoignage de Giuffre, qui faisait référence à un dîner chez les Clinton et à « Steven Hawking qui participait à une orgie de mineurs » dans les îles Vierges. « C'est juste une très mauvaise idée alors je ne ferai pas ça », réplique Maxwell, avant qu'Epstein lui précise qu'il ne s'agissait là que d'une blague.
Aucun élément des « Epstein Files » ne vient corroborer cette participation de Hawking à une « orgie de mineurs », souligne le Miami Herald, qui mentionne simplement une photographie, prise en 2006, montrant le scientifique à un dîner chez le milliardaire, sur son île privée.
Le nom de Michael Wolff apparaît à de nombreuses reprises dans les fichiers Epstein rendus publics par les autorités américaines. Journaliste et auteur américain, Wolff s’est fait connaître par ses livres consacrés à Donald Trump, dont Fire and Fury (Le feu et la fureur en français, trad. Isabelle Chelley, Nikki Copper, Michel Faure et Valérie Le Plouhinec, Robert Laffont), qui lui ont valu une notoriété internationale, et de vives controverses.
Selon des recensions établies à partir des documents publiés, son nom figurerait de nombreuses fois dans la correspondance d’Epstein. Plusieurs échanges, notamment en 2014 et 2015, soulèvent des questions sur la nature de leur relation et sur la position adoptée par l’écrivain à l’égard du financier.
Un courriel de décembre 2015 retient particulièrement l’attention. Epstein y interroge Wolff sur la manière dont Donald Trump pourrait répondre à une question de CNN concernant ses liens avec lui. Plutôt que de marquer une distance nette, Wolff suggère une stratégie de communication, évoquant les bénéfices qu’Epstein pourrait tirer d’une prise de position publique du candidat à la présidentielle.
Par ailleurs, un brouillon de portrait d’Epstein, rédigé en 2014 par Wolff et retrouvé dans les archives, lui avait été transmis. L’auteur a reconnu avoir partagé ce texte afin d’obtenir un accès élargi à l’entourage du milliardaire, notamment pour interviewer certaines de ses relations. Des éléments qui ravivent le débat sur la porosité entre l'investissement professionnel et la compromission journalistique.
En octobre 2025, l’auteur s’est par ailleurs retrouvé au cœur d’un contentieux avec Melania Trump autour d’un ouvrage à paraître, dans lequel il évoque notamment la gestion politique du scandale Epstein.
Les deux auteurs américains de best-sellers sont présents dans les « Epstein Files », en lien avec la parution de leur ouvrage commun, Filthy Rich: The Shocking True Story of Jeffrey Epstein, paru en 2016 chez Little, Brown and Company (et resté inédit en français).
Le duo avait enquêté sur le milliardaire, quelques années après sa condamnation, en 2008, pour recours à la prostitution et recours à la prostitution de mineure, à une peine de prison de 18 mois. Rappelons qu'Epstein avait obtenu, grâce à une procédure de plaider-coupable, le droit de s'absenter de sa cellule pendant 12 heures par jour pour travailler au sein d'une fondation. Il était finalement sorti de prison le 22 juillet 2009, après 13 mois de détention.
Les documents qui citent Patterson et Connolly concernent Filthy Rich : ils souhaitaient en effet recueillir la version d'Epstein pour leur enquête. Un courrier daté du 5 mai 2016, envoyé par le cabinet d'avocat new-yorkais Miller Korzenik Sommers Rayman, fait état de la « déception » des deux auteurs face à son refus. Quelques semaines plus tard, le cabinet Steptoe réplique avec une missive peu cordiale : « Aucune personne sensée dans la situation de M. Epstein ne se livrerait à un interrogatoire mené par des auteurs aux biais et à l'intention de nuire aussi évidents », écrit un des avocats d'Epstein, Charles Michael.
Celui-ci réitère le refus du milliardaire, à moins « une possibilité de relire le manuscrit et de signaler lorsque la présentation des faits par les auteurs est tout simplement fausse ». Suivent diverses menaces de procédures judiciaires à l'encontre du groupe Hachette et des deux auteurs...
Jeffrey Epstein aimait échanger avec des intellectuels — surtout des hommes, d'après les constats opérés jusqu'à présent. Plusieurs professeurs d'université et auteurs d'ouvrages divers se retrouvent ainsi dans les « Epstein Files ».
Parmi ceux-ci, Dan Ariely, professeur de psychologie et d'économie comportementale israélo-américain à l'université Duke (Caroline du Nord) et auteur de quelques best-sellers, dont C'est (vraiment ?) moi qui décide. Les raisons cachées de nos choix (trad. Christophe Rosson, Flammarion). Son nom apparait à plusieurs centaines de reprises dans des messages datés de 2009 à 2019 : les deux hommes se seraient rencontrés à New York à différentes occasions, et Ariely invitait régulièrement Epstein à ses conférences. En retour, Epstein a organisé une visite privée d'une usine Ferrari, en mars 2018, à laquelle a participé Ariely, indique Haaretz.
Dans un article publié le 2 février dernier au sein du journal de l'université Duke, Dan Ariely a assuré que sa relation avec le pédocriminel « était inconstante, surtout logistique et passait souvent par des assistants. Je n'avais aucun lien avec ses activités criminelles et n'était impliqué dans aucune relation financière, professionnelle ou de tout autre ordre avec lui. »
Déjà visé par le passé par des accusations de harcèlement sexuel — avérées par une enquête de l'université d'État de l'Arizona en 2018 —, le physicien américano-canadien Lawrence M. Krauss, auteur de nombreux livres dont Comprendre le changement climatique (trad. Olivier Bosseau, H&O) était aussi un correspondant d'Epstein.
Sans surprise, les deux hommes échangent ainsi, en 2018, quand les comportements passés de Krauss sont évoqués dans les médias. Le scientifique vient quérir quelques conseils auprès d'Epstein qui, le 27 février, lui intime de « se concentrer sur sa réfutation [des accusations], point par point ». Consulter une personne condamnée pour éclairer sa défense s'avère toutefois à double tranchant, puisqu'Epstein lui suggère de ramener les faits reprochés à « des blagues immatures et graveleuses »...
Dans un article traduit et publié par Le Point, Lawrence Krauss se défend de toute implication aux côtés d'Epstein, au-delà de ces échanges amicaux, et évoque même une « panique morale » délétère pour le monde universitaire...
En effet, de nombreux autres chercheurs, scientifiques et professeurs d'université sont cités au sein de la correspondance de Jeffrey Epstein, dont Mark Tramo (université de Californie), David Gelernter (université Yale), Leon Botstein (Bard College) — Inside Higher Ed propose un panorama assez complet, ou encore Peter Attia, auteur et chercheur.
Rappelons-le, l'apparition d'un nom au sein des Dossiers Epstein ne signifie pas que la personne a été impliquée dans des activités criminelles. Les liens de l'homme d'affaires avec le monde universitaire s'expliquent en effet par sa propension à financer des projets de recherche, une pratique qui venait, bien entendu, servir sa réputation et sa capacité à entretenir un réseau d'influence.
Les liens entre l'ex-Premier ministre d'Israël et Jeffrey Epstein sont connus depuis des années et avaient d'ailleurs parasité le retour en politique d'Ehud Barak, comme le signalait Libération dès 2019. Une autre personnalité politique israélienne, Shimon Pérès, aurait mis les deux hommes en contact au début des années 2000, et Epstein aurait versé plus de 2 millions de dollars à son nouvel ami en 2004, avant de l'accompagner pour le lancement d'une entreprise en 2015.
Il a par ailleurs prêté à de nombreuses reprises un appartement new-yorkais à Ehud Barak. « Je regrette, rétrospectivement, ce lien avec Epstein », a tenté de se défendre ce dernier, selon les propos rapportés par RFI.
Un échange de 2018 retrace un autre service qu'Epstein pourrait avoir rendu à Barak, en donnant un coup de pouce à la promotion de son livre, l'autobiographie My Country, My Life: Fighting for Israel, Searching for Peace (Deckle Edge, paru le 8 mai 2018). Le 12 avril, un email envoyé à Epstein par Nili Priel, l'épouse et assistante d'Ehud Barak lui propose de « précommander des exemplaires ».
« [C]ela serait très utile pour notre “combat” si nous pouvions placer le titre dans la liste des best-sellers du New York Times », précise-t-elle, entre parenthèses. Autrement dit, elle propose à Epstein de participer à une opération de manipulation de ce classement des meilleures ventes, régulièrement contesté pour sa légitimité mais toujours très suivi, outre-Atlantique.
Elle joint ainsi à son mail une liste « des librairies des États-Unis où les précommandes sont décomptées » en lui précisant que les titres doivent être achetés avant le 4 mai, auprès d'Amazon ou des librairies. Avec un impératif : « Les commandes ne doivent pas dépasser 50 exemplaires par personne ou par entité. »
La fascination de Jeffrey Epstein pour Vladimir Nabokov, et en particulier son roman Lolita (1955, trad. Maurice Couturier, Folio), qui explore l'attirance d'un homme de 37 ans pour une jeune fille, fait évidemment écho à ses actes pédocriminels.
L'homme d'affaires vouait un véritable culte au livre de Nabokov, dont il possédait une édition originale, selon The Atlantic. En 2010, il commande sur Amazon un livre numérique consacré à l'écrivain américain d'origine russe, tandis que, quelques mois plus tard, en 2011, un correspondant propose de lui acheter un exemplaire de The Annotated Lolita. En 2019, peu de temps avant d'être arrêté, Epstein a commandé une version numérique de ce même ouvrage.
D'après quelques mails des Dossiers Epstein, l'homme d'affaires aurait vivement souhaité assister au colloque « Vladimir Nabokov et la France », organisé les 30, 31 mai et 1er juin 2013 au Centre Pompidou, sans succès, visiblement.
D'après The Atlantic, toujours, Epstein, s'il mettait parfois en avant son attachement à Nabokov et son œuvre, n'aurait rien compris à Lolita, y lisant un éloge de la pédocriminalité plutôt que le portrait d'une Amérique malade et d'un homme lâche, manipulateur et violeur, de surcroit.
Parmi les autres lectures d'Epstein, Graeme Wood, dans The Atlantic, relève The Prisoner of Sex, une critique du féminisme par Norman Mailer (trad. Jean Rosenthal, Robert Laffont), Zero K., de Don DeLillo, et surtout une ribambelle d'ouvrages mêlant espionnage et scènes érotiques, notamment la série The Man from O.R.G.Y., de Ted Mark.
Le nom de l'actuelle ministre de la Culture ressort lorsque l'on utilise le moteur de recherche du ministère de la Justice américain. Elle apparait en effet dans un échange de mails entre Jeffrey Epstein et Olivier Colom, que Politico présentait, le 4 février dernier, comme son « grand ami français ».
Ancien membre de la cellule diplomatique de l’Élysée sous Nicolas Sarkozy, Colom est massivement cité dans les Dossiers Epstein, à plusieurs centaines de reprises et dès 2011, selon le média. Les deux hommes seront en contact régulier entre 2013 et 2018, Colom devenant le guide d'Epstein auprès du gratin parisien.
Le 30 novembre 2013, Colom indique à Epstein qu'il se rend à un dîner chez Jean Todt, alors président de la Fédération internationale de l'automobile, en compagnie de Terje Roed-Larsen, diplomate et ex-ministre norvégien, Abdallah ben Khalifa Al Thani, ancien Premier ministre du Qatar, « l'ex-femme de Villepin » ainsi que Rachida Dati, donc. À l'époque, cette dernière était déjà maire du 7e arrondissement de Paris, mais aussi députée européenne.
À 18h19, réagissant au message de son ami, Epstein commente : « Ça a l'air sympa, mais où sont les jolies [filles]. » Et Colom d'acquiescer deux minutes plus tard : « Nulle part. Trop chiant. » À 22h29, toutefois, visiblement sorti du dîner chez Todt, Colom revient sur sa remarque initiale : « En fait, Rachida a quelque chose... Elle a flirté avec Terje et moi. »
Article coécrit avec Antoine Oury
Photographie : Manifestante présentant un panneau « Publiez les Dossiers Epstein » lors d'un rassemblement contre Donald Trump, le 18 octobre 2025, à Washington DC (illustration, Geoff Livingston, CC BY 4.0)
Par Ewen Berton
Contact : eb@actualitte.com
5 Commentaires
Lyo
17/02/2026 à 21:13
Même s'il n'y a rien qui corrobore que Stephane Hawking ait fait une "orgie de mineurs", c'est bizarre que Jeffrey Epstein le mentionne dans un mail perso.
Pour le reste, c'est à vomir. Bien sûr qu'il n'a des contacts qu'avec des intellectuels hommes, ce type voit les femmes et enfants comme des marchandises.
PPK
20/02/2026 à 07:25
Rien de bizarre, Epstein aimait à s'entourer de personnalités.
Et bien sûr que c'était une blague (de mauvais goût) quand on sait que Stephen (pas Stephane) Hawking, était entièrement paralysé et ne pouvait pas même parler.
PPK
20/02/2026 à 08:10
On oublie de parler d'un autre "auteur" souvent mentionné, celui de The Art of the Deal (même si le véritable auteur était Tony Schwartz).
Marie
18/02/2026 à 07:31
"L'argent n'a pas d'odeur" dit le proverbe...D'aucuns qui ont adulé Chomsky seront surpris? ... Quant à Dati qui a la "rebuffade" et le verbe hauts, est-ce étonnant pour qui a "aussi" fréquenté de près l'ex PDG de Renault ?
"Lolita" est un chef d'oeuvre que je vais relire.
Rose
18/02/2026 à 08:20
La vérité... Quand tu sortiras Biquette, Biquette...