Pour la troisième fois consécutive, L214 revient au même prix. Mercredi 11 février, à Paris, à l’occasion de la remise du Prix Landerneau Album Jeunesse, les militants de l’organisation de défense des animaux entendent installer une forme d’usure symbolique, en questionnant, encore et encore, le décalage entre les valeurs mises en avant par la littérature, ici jeunesse, et les pratiques d’élevage intensif de certains fournisseurs du groupe E.Leclerc.
Le 10/02/2026 à 12:58 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
10/02/2026 à 12:58
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La mobilisation est prévue à partir de 11h45 devant l’Hôtel des Grands Boulevards, où se tient la cérémonie organisée par les Espaces culturels E.Leclerc. L214 y déploiera un dispositif visuel inspiré de l’univers de l’enfance, en écho direct au prix remis.
Les bénévoles de L214 prévoient de porter des peluches de cochons tenant des pancartes proclamant « E.Leclerc nous raconte des histoires », tandis qu’une banderole reprendra le même message à l’entrée du lieu. Des panneaux dénonçant les conditions de vie des cochons dans les élevages fournisseurs de l’enseigne seront également déployés, et des tracts distribués aux invités et aux passants.
Selon l’association, cette scénographie volontairement douce contraste avec la réalité documentée par ses enquêtes. L214 rappelle avoir mené des enquêtes dans dix élevages fournissant E.Leclerc, faisant apparaître des pratiques qualifiées de « cruelles, voire illégales » : mutilations systématiques des porcelets, enfermement des truies en cage, maintien des animaux sur caillebotis, exposition permanente aux émanations de lisier, absence de matériaux manipulables indispensables aux comportements naturels des cochons.
À travers cette action, L214 demande toujours à E.Leclerc de s’engager publiquement à respecter les Pig Minimum Standards, un socle de critères minimaux européens de bien-être pour les porcs d’élevage, déjà adopté par plusieurs entreprises du secteur agroalimentaire, parmi lesquelles Waffle Factory, Maison Kayser, Big Fernand, Best Western, Pain Quotidien, Pizza Cosy ou encore la Boulangerie Marie Blachère.
Ce cadre proscrit notamment les mutilations systématiques, telles que la coupe des queues ou le meulage des dents, ainsi que le confinement prolongé des truies en cage. Il prévoit également la mise à disposition de matériaux manipulables, indispensables aux comportements exploratoires des cochons, et l’instauration de surfaces minimales adaptées à chaque catégorie d’animaux.
L214 précise que ces exigences vont au-delà de la simple conformité à la directive européenne 2008/120/CE, qu’elle juge insuffisante au regard des pratiques observées dans de nombreux élevages. Les Pig Minimum Standards reposent sur neuf critères, parmi lesquels figurent l’abandon du sevrage précoce, l’interdiction de certaines méthodes d’abattage et la mise en place d’un audit indépendant.
Les personnes présentes pourront signer une pétition en ce sens, soutenue par plus de 100.000 personnes. L’association entend ainsi rappeler que, derrière les produits commercialisés, persistent des méthodes d’élevage intensif qu’elle juge incompatibles avec les valeurs de respect et de bienveillance souvent véhiculées par les albums jeunesse.
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L214 souligne que son action s’inscrit délibérément dans un univers visuel enfantin pour mettre en lumière ce qu’elle décrit comme une contradiction. Célébrer la littérature jeunesse, rappelle l’association, revient souvent à promouvoir l’empathie, le soin porté au vivant et la relation sensible aux animaux.
L’organisation s’appuie notamment sur une étude de 2022, Le développement du spécisme : différences liées à l’âge dans la considération morale des animaux, qui montre que les enfants sont moins enclins que les adultes à accepter la souffrance animale comme moralement justifiable, et jugent plus fréquemment inacceptable la consommation de produits issus de pratiques causant du tort aux animaux.
Des personnalités du monde de la littérature jeunesse ont relayé ou soutenu la mobilisation. L’écrivaine Dominique Memmi rappelle ainsi : « L’avènement de la société industrielle a réduit l’animal à un produit qui ne vaut que pour sa teneur en protéines. Mais quelle est la valeur d’un homme qui considère la moitié des êtres vivants sur terre comme des protéines sur pattes ? C’est pourquoi j’ai écrit Le gang d’Arlette, un album qui alerte sur les pratiques cruelles de l’élevage intensif. Nous savons que les porcs subissent les mêmes traitements. Il est temps que les consommateurs apprennent qu’en amont des viandes qui sont sur leur table, il y a une souffrance qui, elle, n’a rien d’abstrait. »
De son côté, l'auteure Marie Pavlenko insiste sur la cohérence nécessaire entre discours culturels et pratiques économiques : « Les auteurices de littérature jeunesse le savent : l’enfance est le temps de la découverte et d’un lien puissant tissé avec le vivant — arbres, oiseaux, mais aussi veaux, vaches, cochons. Promouvoir la littérature pour les enfants est merveilleux, mais être en accord avec les valeurs qui y sont généralement défendues est bien plus fort. Un engagement qui pourrait se résumer ainsi : respecter les animaux dans les albums, et dans la vraie vie. »
Déjà à l'occasion de la mobilisation de L214 devant le Prix Landerneau BD, l’autrice jeunesse Layla Benabid avait réalisé une bande dessinée spécialement mise à disposition pour l’occasion, distribuée aux invités et aux finalistes.
Elle expliquait : « Le monde de la BD doit être un espace propice pour inspirer des valeurs de respect et de considération, y compris envers les autres animaux, si souvent représentés dans nos planches. Il ne doit pas servir de caution à la cruauté. À travers mes dessins, j’ai voulu rendre visible ce qui reste d’ordinaire hors champ : la vie des cochons dans les élevages standards. Soutenir L214 aujourd’hui pour porter ce message est une évidence pour moi. »
En choisissant, pour la troisième fois, un événement lié au Prix Landerneau, L214 affirme une stratégie de répétition plus que de coup d’éclat. Il s’agit moins de perturber la cérémonie que d’installer un rappel constant, dans l’espace public et médiatique, du lien entre politique culturelle et responsabilités économiques.
Michel-Édouard Leclerc, fondateur du prix, la présidente du jury Rebecca Dautremer, ainsi que les auteurs et illustrateurs des cinq albums en lice sont attendus lors de la remise. L214 entend ainsi placer son message au plus près des acteurs concernés, et inscrire son action dans la durée.
L214 explique cibler E.Leclerc en raison de son poids déterminant dans la grande distribution. Avec près d’un quart des parts de marché, l’enseigne dispose, selon l’association, d’une capacité réelle à faire évoluer les pratiques d’élevage à grande échelle. Les ajustements ponctuels annoncés après certaines révélations ne sont, à ses yeux, pas suffisants : L214 considère que les changements attendus doivent être intégrés directement à la politique d’approvisionnement du groupe.
Si la mobilisation se concentre actuellement sur la filière porcine, c’est, précise l’association, parce que des améliorations concrètes peuvent y être mises en œuvre rapidement, dans un secteur qui concerne des millions d’animaux. L214 rappelle toutefois que la question de la souffrance animale dépasse largement cette seule filière et concerne l’ensemble des espèces élevées.
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Sollicités par ActuaLitté au sujet des accusations formulées par L214, E.Leclerc a décliné toute prise de parole.
Crédits photo : L214 devant le Prix Landerneau BD au Carmen, à Paris, après une première mobilisation en octobre au Prix des lecteurs.
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
4 Commentaires
maxime lordinair
10/02/2026 à 21:37
quand t"écoute le boss de Leclerc t'as toujours l'impression qu'il te prend pour un demeuré l'eau lui glisse dessus comme une citerne dans un ruisseau c'est magnifique de béatitude un peu comme le gars qui crèche au 55 Rue du Faubourg Saint-Honoré Ripas/5
Rose
11/02/2026 à 09:41
Un grand soutien à L214 contre la souffrance inutile des êtres vivants.
Laure
11/02/2026 à 12:36
Complètement en phase avec L214, Merci et Bravo à eux !
Phil
15/02/2026 à 13:09
Leclerc nous raconte des histoires 😡
Cette enseigne doit s'éloigner des pires pratiques de l'élevage intensif 🤮
Les cochons sont des êtres sensibles tout comme les chats et les chiens