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Italie : le piratage de livres aura coûté 722 millions € en 2025

La copie illégale continue de ronger l’industrie du livre en Italie. En 2025, les pertes liées au piratage de livres atteignent 722 millions €, contre 687 millions en 2023, selon la quatrième enquête Ipsos Doxa commandée par l’Associazione Italiana Editori (AIE). 

Le 05/02/2026 à 12:11 par Nicolas Gary

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05/02/2026 à 12:11

Nicolas Gary

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L’étude intègre pour la première fois un volet consacré à l’intelligence artificielle et à son rôle dans la circulation non autorisée des œuvres protégées. Les résultats seront présentés le 11 février à Rome lors d’une rencontre organisée par Gli Editori, initiative commune de l’AIE et de la Federazione Italiana Editori di Giornali (FIEG).

L’augmentation reste nette et confirme une tendance lourde déjà observée dans les précédentes éditions de l’étude. Le phénomène frappe l’ensemble de la chaîne de valeur, de la création à la commercialisation. Auteurs, éditeurs, diffuseurs et libraires encaissent le choc. L’économie publique encaisse aussi la perte via des recettes fiscales amputées.

Le trou noir économique du livre

Les segments les plus exposés restent l’édition grand public, l’édition universitaire et l’édition professionnelle. Le piratage de livres agit comme un siphon discret mais constant. Il détourne les usages, banalise l’accès gratuit aux contenus protégés et fragilise des équilibres économiques déjà sous tension.

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L’étude met aussi en lumière une mutation technique. L’intelligence artificielle simplifie la reproduction, la transformation et la redistribution de contenus éditoriaux. La frontière entre usage légitime et diffusion illégale devient plus floue. Les outils automatisés accélèrent les volumes et compliquent les actions de contrôle.

Rome, laboratoire de la riposte

La présentation officielle se tiendra au ministère italien de la Culture, dans la Sala Spadolini. Le rendez-vous rassemblera décideurs publics, représentants du secteur et spécialistes de la régulation. L’objectif consistera à mesurer le phénomène et définir des réponses opérationnelles.

Nando Pagnoncelli, président d’Ipsos Doxa, présentera l’étude. Le débat réunira notamment Massimiliano Capitanio pour l’Autorité italienne des communications, le général Crescenzo Sciaraffa pour la Guardia di Finanza, l’universitaire Maria Letizia Bixio et Mauro Tosca pour l’antipiratage de l’AIE. La romancière Felicia Kingsley interviendra ensuite, avant une conclusion de Federico Mollicone, président de la Commission Culture de la Chambre des députés. La discussion sera modérée par Luigi Contu, directeur de l’ANSA.

Une bataille culturelle et industrielle

Le secteur appelle à une réaction coordonnée. Sensibilisation du public, adaptation juridique et coopération entre institutions figurent parmi les axes jugés prioritaires. La défense du droit d’auteur devient aussi une bataille culturelle, à l’heure où la technologie accélère la circulation des contenus.

On s’interroge tout de même sur les volumes que communique l’AIE : l’étude de 2023 faisait état de 705 millions € de chiffre d’affaires, soit près de 28 % du marché total du livre si l’on exclut le secteur éducatif et les exportations. Autrement dit, plus d’un quart des revenus potentiels disparaît à cause des circuits illégaux. 

Mieux : Durant la pandémie, le piratage de livres imprimés, de livres numériques et de livres audio a augmenté en Italie : en 2021, 322.000 actes de piratage étaient commis chaque jour, soit une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente.

« Le piratage prive chaque année le secteur de l’édition de 771 millions € de recettes, ce qui représente 31 % du marché total (hors secteur de l’éducation et exportations). Le manque à gagner pour le pays s’élève à 1,88 milliard €, dont 322 millions € pour les contribuables », assurait l’AIE.

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Et de poursuivre : « Ces chiffres se traduisent par la perte de 5400 emplois dans la chaîne d’approvisionnement et de 13.100 dans les secteurs connexes. Ce phénomène touche plus d’un Italien sur trois âgé de plus de 15 ans (35 %), 56 % des professions libérales (avocats, notaires, experts-comptables, ingénieurs, architectes, etc.) et 81 % des étudiants. »

L’enjeu dépasse la seule économie du livre, assure l’AIE. Il touche à la valeur accordée à la création intellectuelle et au financement futur de la production éditoriale. Dans ce contexte, la rencontre du 11 février marquera une étape stratégique dans la construction d’une réponse collective face au piratage de livres à l’ère algorithmique.

Nous avons tout de même demandé quelques précisions sur ces chiffres...

Crédits photo : Hasselqvist CC 0

 
 
 
 
 
 

 

Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com

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