Dans l'émission Touche pas à mon poste ! du 8 février 2023, Isabelle Saporta, alors PDG des éditions Fayard — et éditrice du présentateur Cyril Hanouna lui-même — présentait le livre PPDA le Prince Noir, de Romain Verley. Elle évoquait à cette occasion une « enquête incroyable » et revenait sur les accusations d'agressions sexuelles et de viols à l'encontre de l'homme de télévision. Celui-ci l'a assignée en justice, avec Fayard, C8 et le groupe Canal +, pour « atteinte portée à son droit au respect de la présomption d'innocence ».
Le 09/02/2026 à 15:17 par Antoine Oury
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09/02/2026 à 15:17
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« Il avait une espèce de modus operandi [...] où les femmes, il les invitait après le 20 heures, et il les violait dans son bureau qui fermait à clé. Et à chaque fois c'était la même chose : elles venaient, elles étaient admiratives face à ce personnage, et en quelques secondes, il se transformait en prédateur et il les violait. »
Ainsi Isabelle Saporta évoquait-elle, le 8 février 2023 dans l'émission Touche pas à mon poste !, les faits présumés dont est accusé Patrick Poivre d'Arvor. Ce jour-là, les éditions Fayard, dont elle était alors la PDG, publiaient le livre d'enquête PPDA le Prince Noir, de Romain Verley et, dans une belle démonstration de concentration médiatique, le groupe Canal +, propriété de Vincent Bolloré, assurait la promotion du titre porté par une maison d'édition possédée par un certain Bolloré Vincent.
Relancée par le présentateur, l'éditrice évoque largement ce qu'elle présente comme un « système PPDA » et rappelle aussi les liens avec sa fille, Solenn Poivre d'Arvor, qui s'est suicidé le 27 janvier 1995 à l'âge de 19 ans. « Ils avaient une relation fusionnelle. [...] Mais en même temps, ils avaient une relation incroyablement malsaine. [...] Ce qui était très malsain, c'est notamment dans ses ouvrages, quand il raconte la nudité de sa fille, ses seins, est-ce qu'un jour elle sera dans les mains d'un autre homme... Qu'il avait un rapport au moins avec des visées incestueuses sur cet enfant. »
Les propos déroulés par Isabelle Saporta pendant l'émission ont conduit Patrick Poivre d'Arvor à porter plainte pour « atteinte portée à son droit au respect de la présomption d'innocence », d'après une assignation datée du 5 mai 2023 et adressée à la principale intéressée, ainsi qu'aux éditions Fayard, à C8 et au groupe Canal +.
L'ex-présentateur du 20 heures de TF1 reprochait à l'éditrice de lui avoir « publiquement imputé des faits de viol [...] en le présentant comme coupable de ces derniers » et réclamait, en guise de réparation, la publication de communiqués sur son compte Twitter, ainsi que le versement de la somme de 1 € en réparation de l'atteinte portée au droit au respect de sa présomption d'innocence, solidairement avec C8 et le groupe Canal +.
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Signalons que PPDA a été mis en examen en décembre 2023 pour le viol de Florence Porcel, qui aurait été commis en 2009. Dix autres femmes se sont constituées parties civiles, à l'occasion de la procédure engagée par la plaignante, et sont entendues par la justice depuis la fin d'année 2025, comme le révélait Mediapart il y a quelques mois. L'ex-présentateur n'a, à ce jour, pas été jugé pour les faits présumés.
Patrick Poivre d'Arvor a été visé par de nombreuses plaintes, dont la plus ancienne remonte à 2005, classée sans suite à l'époque. En 2021, Florence Porcel porte plainte, ouvrant ainsi la voie aux témoignages d'autres victimes présumées. L'enquête pour viols du parquet de Nanterre est toutefois classée sans suite, en raison de faits prescrits ou d'« insuffisance de preuves ». Au cours de cette année et de la suivante, d'autres plaintes sont déposées contre l'ex-présentateur du 20 heures.
Fin 2022, la cour d'appel de Versailles revient sur le classement sans suite des plaintes en raison de la prescription des faits, en invoquant une possible « sérialité » des agissements présumés, comme l'expliquait alors Franceinfo.
Quelques mois après la plainte de PPDA, en novembre 2023, Isabelle Saporta et les éditions Fayard ont contesté sa validité, en pointant les conditions de la signification de cette même assignation. D'après elles, « le procès-verbal de signification était affecté de plusieurs vices », indiquant que, dans ce contexte, il n'était pas possible « de savoir qui devait se constituer, aussi bien la société Librairie Arthème Fayard que Mme Isabelle Saporta prenant le risque de s'auto-incriminer ».
En avril 2024, le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Nanterre avait écarté le groupe Canal + de la plainte initiale et reconnu que le procès-verbal de signification « était affecté de plusieurs vices de forme ». Cette situation « n'a cependant causé aucun grief », estimait-il dans son ordonnance du 4 avril.
Un mois plus tard, le 3 mai 2024, Isabelle Saporta et Fayard interjettent appel de cette décision, réclamant à nouveau l'annulation de l'assignation. La cour d'appel de Versailles, dans sa propre décision rendue le 13 janvier dernier, n'a pas donné suite à cette demande, puisqu'elle a confirmé l'ordonnance du 4 avril 2024 « en ce qu'elle a rejeté les exceptions de nullité de l'assignation du 5 mai 2023 ».
La cour d'appel s'est également prononcée sur la prescription des faits — soit trois mois révolus à compter du jour de l'acte de publicité —, que faisaient valoir Isabelle Saporta et les éditions Fayard afin d'obtenir une fin de non-recevoir vis-à-vis de la plainte de PPDA. Sur ce point, la cour a estimé que les conclusions ont bien été signifiées à Isabelle Saporta dans les délais impartis, mais pas aux éditions Fayard. L'action est donc désormais prescrite à l'égard de ces dernières.
Pour Isabelle Saporta, donc, il n'est plus possible d'échapper au procès. Contacté par ActuaLitté, son avocat, Me Christophe Bigot, nous confirme : « La procédure au fond se poursuit devant le tribunal de Nanterre et ne devrait pas être plaidée avant l’été. »
Commentant la décision rendue par la cour d'appel de Versailles le 13 janvier dernier, il rappelle qu'Isabelle Saporta « a toujours été dans cette procédure. Il y avait une sorte d'ambiguïté au départ, qui faisait que l'on ne savait pas si celle-ci était dirigée contre elle, à titre personnel, ou contre les éditions Fayard. »
« Si Patrick Poivre d'Arvor voulait un débat de fond », ajoute-t-il, « il fallait attaquer le livre, ce qu'il n'a pas fait. Je pense que le recours à une procédure pour atteinte à la présomption d’innocence permet d'éviter ce débat et d'utiliser ce qui peut passer pour un raccourci, dans le cadre d’une émission en direct. » L'avocat d'Isabelle Saporta termine en soulignant que « les accusations sont précises, concordantes, elles sont dans le livre. Je ne crois pas qu’il veuille vraiment ce type de débat. »
Nous avons tenté de joindre Me Jacqueline Laffont-Haïk et Me Asma Mze, avocates de Patrick Poivre d'Arvor, sans succès.
Rappelons que la parution de l'ouvrage PPDA le Prince Noir avait été précédée d'une inhabituelle polémique, puisqu'un certain nombre de victimes présumées de PPDA, interrogées par Romain Verley, avaient ensuite accusé l'auteur de n'avoir pas respecté leur « consentement » en publiant leurs témoignages.
Le 5 février 2023, dix femmes faisaient ainsi parvenir un mail aux éditions Fayard et à Romain Verley, comme le racontaient Le Parisien et France Inter, pour contester ses méthodes et la parution du livre. « Pourquoi anoblir un prédateur ? Vous n'exploitez pas seulement nos malheurs. Vous exploitez aussi notre travail pour dissimuler votre échec. Ainsi, par exemple, la page 241 est une recopie du livre d'Hélène Devynck, Impunité [paru en septembre 2022 aux éditions du Seuil]. »
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« Il y a des témoignages qui sont présentés comme si le journaliste avait rencontré les personnes en question, alors qu'il ne les a pas rencontrées », ajoutait encore la journaliste Cécile Delarue, qui a porté plainte contre PPDA. Romain Verley, pour sa part s'était défendu, assurant : « Je n'ai jamais forcé de témoignages, je suis quelqu'un de correct. »
Une des victimes présumées de PPDA avait finalement saisi la justice, en référé, la veille de la parution du livre, pour « atteinte à l'intimité de sa vie privée », afin de demander « la suppression des extraits qui la concerne, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ». La justice avait finalement autorisé la publication du livre sans modifications, mais la maison d'édition et l'auteur avaient précisé que les réimpressions anonymiseraient le témoignage en question.
Selon Edistat, le titre, depuis sa parution, s'est écoulé à 13.612 exemplaires.
Photographie : Isabelle Saporta dans l'émission Touche pas à mon poste !, sur C8, le 8 février 2023 (Capture d'écran Dailymotion)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
6 Commentaires
Dave
09/02/2026 à 18:36
Il n'a honte de rien ce ppda, il devrait faire profil bas, mais ces gens-là ne savent le faire, ils se croient intouchables.
Abdul
10/02/2026 à 07:38
"celui-ci l'a assigné en justice" : ne faut-il pas écrire plutôt "l'a assignéE", puisque c'est une Isabelle ? Et ce Romain qui est tantôt Verley et tantôt Verlet ? Malédiction des vices de forme, qui s'étendent à cet article !
Gehenne
10/02/2026 à 12:10
La forme orthographique est sans conteste moins importante que le fond, à savoir les agissements de ce prédateur cynique...
Aurélien Terrassier
10/02/2026 à 11:09
PPDA ne manque pas de culot. J'apporte tout mon soutien Soutien à Isabelle Saporta. Je pense qu'elle sera relaxée. En tout cas, ça donne envie de lire le livre-enquête de Romain Verley.
Florence Mothe
10/02/2026 à 13:07
J'ai travaillé au magazine A nous deux d'Antenne 2 avec Patrick Poivre d'Arvor. Durant les années où j'ai fait partie de cette rédaction, personne de l'équipe ne s'est jamais plaint de ses assiduités. Je ne l'ai jamais vu avoir un geste ou une réflexion déplacé; En revanche, je peux témoigner que nombreuses étaient ses admiratrices qui venaient le relancer au bureau, parfois lui faire des scènes, et gêner notre travail. Il est vrai que son bureau fermait à clé et que sa secrétaire, Fanny Schwartzfeld gardait ka clé, mais quel intérêt puisque le soir, il n'y avait plus personne à la rédaction ?
roger sosie de lino ventura (viens pas me chercher)
10/02/2026 à 21:21
le keum né avant la honte te fait un procès au lieu d'aller se cacher au fond d'une foret bien enfouie dans la glaise comme un gros chonco son avocat doit être bien droit dans ses sandales également on imagine ce monde est un paradis pour les forceurs bordel