Dans une scène qui aurait ravi le plus grinçant des dramaturges, le prisonnier Jair Bolsonaro — ancien président du Brésil et figure emblématique de l’extrême droite — se tourne vers la lecture… Non pour se divertir, mais comme stratagème pour alléger sa peine de prison.
Le 19/01/2026 à 10:20 par Nicolas Gary
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Publié le :
19/01/2026 à 10:20
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Condamné à 27 ans et trois mois d’incarcération pour tentative de coup d’État, Bolsonaro se trouve devant une jurisprudence aussi étrange qu’historique. Plutôt que d’organiser des mémoires politiques ou des autobiographies vindicatives à la sortie de prison (pour peu qu’il sorte un jour), il a demandé au Tribunal suprême fédéral (Supremo Tribunal Federal) l’autorisation de participer à un programme de réduction de peine basé… sur la lecture de livres reconnus par l’administration pénitentiaire.
Derrière ce qui pourrait sembler une bizarrerie — imaginez un ex-chef d’État plongé dans des romans classiques ou des traités philosophiques pour gratter quelques jours de détention — se cache un objectif social affirmé depuis des années par les autorités pénitentiaires : promouvoir l’alphabétisation, la réflexion personnelle et la réinsertion sociale des personnes incarcérées.
De fait, le droit pénitentiaire brésilien — avec une pointe d’ironie institutionnelle — a ouvert ce mécanisme depuis plus d’une décennie : intégré aux politiques nationales d’exécution pénale, il s’applique désormais dans de nombreux établissements du pays. Et ce, afin de favoriser l’accès à la culture et à l’éducation en détention, comme le rappelle l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie.
Baptisé remição pela leitura (“rémission par la lecture”), le dispositif découle d’une série de mesures législatives et réglementaires consolidées depuis 2012. Inscrit dans la Loi brésilienne d’exécution pénale et encadré par une résolution du Conselho Nacional de Justiça (CNJ), il permet à tout détenu participant à un programme formel d’éducation et de lecture de réduire sa peine de quatre jours par ouvrage lu et commenté.
Le CNJ souligne que cette mesure s’inscrit dans une politique éducative globale visant à développer la formation intellectuelle des détenus et à réduire la récidive. Le programme exige non seulement la lecture, mais aussi la rédaction de résumés ou d’analyses, soumis à une commission de validation. L’UNESCO rappelle que ce dispositif contribue à « renforcer les compétences de base et l’estime de soi des détenus », en les accompagnant vers un retour progressif dans la société.
Bien entendu, le bénéfice est soumis à de strictes contraintes : jusqu’à 12 livres par an, soit un maximum de 48 jours de réduction annuelle. Une règle qui, dans le cas de Bolsonaro, fait sourire certains observateurs politiques : même s’il lisait à un rythme effréné, il n’effacera jamais l’intégralité de sa peine avec ce seul mécanisme.
Les spécialistes du droit brésilien rappellent d’ailleurs que la remise de peine par la lecture s’ajoute à d’autres activités éducatives ou professionnelles prévues par la loi.
La défense de l’ex-président n’a pas manqué de préciser que Bolsonaro s’engage « à réaliser des lectures périodiques et à remettre des rapports écrits de sa main », conformément aux exigences administratives — une posture qui, selon les avocats, démontrerait « une volonté d’engagement éducatif et critique », indique CNN Brazil. Un argumentaire presque littéraire, qui suscite autant d’incrédulité que de sarcasmes dans l’opinion publique.
Imaginer Bolsonaro, jadis homme politique tonitruant, plongé dans des œuvres de Machiavel, Orwell ou Machado de Assis — des auteurs jetés en exemple dans la presse brésilienne — devient cocasse. Au fond, l’ironie serait complète si l’on oubliait que cette mesure n’est pas un passe-droit à la carte, mais une solution pour toutes les personnes privées de liberté au Brésil, depuis plus de dix ans.
Et qu’elle s’inscrit dans une logique de réhabilitation sociale, plus que de tentative d'échapper à la justice après avoir tenté de renverser une démocratie.
Crédits photo : Associated Press
Par Nicolas Gary
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5 Commentaires
Edco
19/01/2026 à 11:05
On dirait une blague .....
Quelle preuve a t-on que c est bien lui qui lit.... ? Ses avocats pourraient faire des fiches par IA et lui faire passer ....
Du coup je comprends pourquoi certains......ont lu ...le comte de Monte Cristo....et la biographie de Jésus.....et sont sortis au bout de 28 jours ...!!!! 🫣🤭🤭🤭🤭
Marie
20/01/2026 à 08:22
L'allègement de sa peine- si tant est qu'elle soit prévue par leurs lois!-devrait comporter une preuve de la lecture; par exemple un rapport, fût-il bref, sur chaque ouvrage "lu"...
Marie
20/01/2026 à 09:09
..."le droit pénitentiaire a OUVERT..." et non ouverte; de plus il s'agirait plus de "sortir" que de " s'en sortir", non? Quant aux rapports écrits, encore faudrait-il que l'administration pénitentiaire ait lu, auparavant.
Nicolas Gary - ActuaLitté
20/01/2026 à 09:11
Bonjour et merci
En effet, la coquille est corrigée.
Mais pour ce qui est de sortir ou s'en sortir, justement il s'agit au départ d'un processus pour s'en sortir, puisque reposant sur un mécanisme pédagogique.
Et pas d'une solution pour sortir de prison, façon carte de monopoly
Aurélien Terrassier
20/01/2026 à 09:26
Jair Bolsonaro est une personnalité notoire raciste, sexiste, homophobe et complotiste. Cet ancien président où plutôt dictateur brésilien voudrait faire oublier sa tentative de coup d'Etat ce pourquoi il a été condamné qui a fait malheureusement quelques dizaines de blessés dont certains gravement par la lecture? C'est juste une vaste blague.