Du film noir classique aux dérives du capitalisme numérique, de la philosophie antique aux figures spirituelles du XXᵉ siècle, la Booksletter de la semaine explore les grandes tensions de notre modernité à la lumière des livres. Au sommaire : Assurance sur la mort, archétype du film noir hollywoodien ; l’« enshittification » d’Internet selon Cory Doctorow ; Diogène, cynique radical ; Edith Stein, philosophe et martyre ; et une plongée dans l’économie criminelle contemporaine.
Le 10/01/2026 à 10:06 par Nicolas Gary
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10/01/2026 à 10:06
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Autant de lectures pour penser le monde, c'est uniquement dans la Booksletter de Books, proposée en partenariat avec ActuaLitté.
Assurance sur la mort est l’œuvre qui a influencé le plus profondément le style du film noir. Pour écrire le scénario, Billy Wilder s’associa avec l’auteur de polars Raymond Chandler, mais leur collaboration fut un enfer. Autre apport essentiel, celui du chef opérateur John F. Seitz, qui a largement contribué à définir l’esthétique du genre. — Par Michel André
From the Moment They Met It Was Murder: Double Indemnity and the Rise of Film Noir (« Le meurtre était là, dès leur première rencontre. Assurance sur la mort et l’essor du film noir »), de Alain Silver et James Ursini, Running Press Adult, 2024.
Assurance sur la mort, de Billy Wilder, n’est pas le premier film noir de l’histoire du cinéma. D’autres classiques des années 1940, par exemple Le Faucon maltais, de John Huston, pourraient revendiquer ce titre. Mais il est l’archétype du genre, celui qui en a sans doute influencé le plus profondément le style. Sa perfection tient tout d’abord à la qualité du scénario, écrit par Wilder et l’auteur de polars Raymond Chandler.
L’histoire de la collaboration féconde, mais mouvementée, des deux hommes a été racontée dans leurs biographies respectives. Celle de la conception et du tournage du film est traitée en quelques pages dans tous les ouvrages sur le cinéaste. En 1992, le critique Richard Schickel a publié un petit livre entier sur le sujet. Spécialistes du film noir, Alain Silver et James Ursini viennent de consacrer à Assurance sur la mort un nouvel ouvrage très documenté. À lire sur Books
Enshittification: Why Everything Suddenly Got Worse and What to Do About It (« Entubage. Pourquoi tout est soudain devenu pire et comment réagir »), de Cory Doctorow, Verso Books, 2025.
Brillant électron libre, ce Cory Doctorow. Auteur prolifique de romans (deux traduits en français), d’essais et de nouvelles, passionné de science-fiction, il s’est fait le chantre des logiciels libres, puis d’une révision drastique des droits d’auteur en ligne, dont il juge qu’ils doivent être strictement réservés… à l’auteur, à condition que celui-ci accepte de livrer gratuitement ses productions au consommateur privé.
Depuis quelque temps, il dirige les feux de son ire sur les plateformes numériques, qu’il accuse d’avoir transformé le « bon vieil Internet » en champ de merde – une vaste industrie d’entubage. Le mot enshittification, qu’il a créé en 2022, a eu l’effet recherché : il a son entrée dans Wikipédia, l’une des rares plateformes conformes aux ambitions de transparence démocratique affirmées par les pionniers du Web, voici quelque trente ans. À lire sur Books
Diogenes: The Rebellious Life and Revolutionary Philosophy of the Original Cynic (« Diogène. La vie rebelle et la philosophie révolutionnaire du premier des Cyniques »), de Inger N. I. Kuin, Basic Books, 2025.
Diogène était un fameux énergumène — un philosophe qui n’a laissé, semble-t-il, aucun écrit ; un provocateur tous azimuts qui ne respectait rien ni personne, ni ses confrères (Platon notamment), ni ses concitoyens, ni les pouvoirs publics, ni même les divinités.
À une femme qui se prosternait dans un temple, il asséna : « Comme les dieux sont partout, comment sais-tu qu’il n’y en a pas un derrière toi ? Alors comment oses-tu lui montrer ton cul ? » À Alexandre le Grand qui s’était dérangé pour le rencontrer, il ordonna : « Ôte-toi de mon soleil » (l’autre en fut si bouleversé qu’il déclara : « Si je n’avais pas été Alexandre, j’aurais aimé être Diogène »). Exilé d’Asie Mineure, il avait élu domicile dans une grande jarre (et non un tonneau), au beau milieu des agoras d’Athènes ou de Corinthe, d’où il évacuait sans gêne ses trop-pleins corporels devant les passants qu’il houspillait. À lire sur Books
Edith Stein. Judía, filósofa, santa (« Edith Stein. Juive, philosophe, sainte »), de Irene Chikiar Bauer, Taurus, 2025.
Déjà auteure de biographies de Virginia Woolf et Victoria Ocampo, l’Argentine Irene Chikiar Bauer consacre son dernier livre à l’une des figures féminines les plus complexes et fascinantes du XXe siècle, l’Allemande Edith Stein. Juive croyante devenue athée, philosophe du calibre de son maître Edmund Husserl, militante féministe, elle s’est convertie à un catholicisme de plus en plus exalté.
Entrée au Carmel, elle a été rattrapée par ses origines juives et est morte à Auschwitz. Edith Stein a laissé une œuvre écrite considérable, rassemblée en cinq volumes comprenant ses travaux philosophiques, anthropologiques, pédagogiques et théologiques. Pendant la Grande Guerre, après s’être engagée dans la Croix-Rouge, Stein a obtenu summa cum laude son doctorat de philosophie pour une thèse sur l’empathie. À lire sur Books
Homo Criminalis: How Crime Organises the World (« Comment le crime organise le monde »), de Mark Galeotti, Ebury, 2025.
Si vous lisez le texte qui suit, vous serez tenté d’y voir l’exposé caricatural d’un excitée de LFI : « Nos banques sont remplies d’argent sale, notre politique étrangère dépend de transactions avec des kleptocrates, nos chaînes d’approvisionnement sont bourrées de contrefaçons, nos villes scintillantes sont bâties sur du sable volé et des spéculations frauduleuses, nos biens de consommation et les matières premières sont produits par du travail forcé. »
Eh bien, vous vous tromperiez, écrit Tim Judah dans le Financial Times. C’est la pure réalité, décrite avec talent par le journaliste Mark Galeotti, auteur notamment des Guerres de Poutine (Gremese, 2023). Tim Judah en profite pour évoquer son expérience personnelle. La dernière fois qu’il a écrit quelque chose de « vaguement gênant » pour un chef de guerre albanais, un cabinet d’avocats londonien, bien introduit à Westminster, l’a inondé de lettres le priant de se taire. À lire sur Books
Books est mort, vive Books ! En attendant peut-être un jour le magazine lui-même, voici la Booksletter qui renaît de ses cendres grâce à l’Association Les Amis de Books. Pour adhérer à l’association, écrivez-nous à lesamisbooks@gmail.com. Pour faire un don ou pour en savoir plus sur notre projet, rendez-vous sur notre page HelloAsso .
Par Nicolas Gary
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Pour démarrer 2026, La Femme de ménage ne se contente pas de dominer : elle écrase tout sur son passage. Ou plutôt, elle balaie le classement (du 29 décembre au 4 janvier). Les trois marches du podium sont occupées par une seule et même autrice, infatigable depuis plus d’un an : Freida McFadden.
09/01/2026, 12:25
Il suffit parfois de quelques mots, répétés comme un mantra fragile, pour faire vaciller toutes les certitudes. J’t’aime encore part de là. D’un aveu simple, presque banal, mais chargé d’un vertige immense. Dès l’ouverture, le lecteur est happé par cette voix qui s’adresse à un « vous » complice, embarqué dans une traversée intime du couple, du temps qui passe et des rêves qu’on réaménage plutôt qu’on n’abandonne. À paraître le 6 février.
09/01/2026, 10:47
Avec Le gogol, roman à paraître le 19 février aux éditions Verticales, Nicole Caligaris met en scène la rencontre improbable entre un homme débordant de paroles et une femme silencieuse, dans un bar parisien où un manteau devient le réceptacle d’histoires entremêlées et de temporalités disloquées, dessinant le portrait de deux existences suspendues au bord du présent.
09/01/2026, 08:43
Avec Les Nouveaux Territoires, roman de Grace Ly publié aux éditions HarperCollins et paru le 11 février, l’autrice plonge le lecteur dans un Hong Kong en ébullition, théâtre d’un parcours intime et politique, où une jeune femme en rupture cherche à se réapproprier son histoire, son identité et sa liberté.
09/01/2026, 07:00
Matthias Zschokke aime les personnages qui trainent derrière eux une vie banale faite de tâches ingrates et répétitives dans une administration quelconque, des personnages qui semblent ne pas exister, ne pas avoir d’emprise avec le réel. Et pourtant, dans les insignifiantes vies de ces personnages-là, existent une multitude de détails, de petits incidents qui en disent long sur un univers lunaire, poétique, à la limite de l’imaginaire. Une traduction de Isabelle Rüf. Parution le 16 janvier aux éditions Seuil.
08/01/2026, 12:02
Dès l’ouverture, Toussaint Noël frappe sans ménagement. Pas de montée progressive, pas de décor aimablement planté : une adolescente morte, une cabane sordide, un flic à bout. « Debout au-dessus du cadavre sans tête de la petite Tsvetana, treize ans… la nausée m’a submergé ». Tout est là : la violence du monde, l’usure morale, et cette ligne de fracture à partir de laquelle plus rien ne sera réparable. À paraître le 18 février.
08/01/2026, 10:20
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