Sous la neige parisienne, Soli Deo Gloria a trouvé la gloire d’un public nombreux et conquis. La bande dessinée de Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour a reçu le Prix BD Fnac France Inter 2026, annoncé en direct sur France Inter, le matin même. Un sacre salué lors d’une soirée chaleureuse à la Maison de la radio, marquée par un plaidoyer pour la fiction et l’imagination. Retour sur une remise de prix où la musique, la création et la bande dessinée ont fait cause commune.
Le 08/01/2026 à 16:36 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
08/01/2026 à 16:36
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Le titre a été choisi par une commission finale de journalistes et de libraires Fnac parmi cinq finalistes, au terme d’un processus démarré avec vingt albums coups de cœur soumis à un jury grand public, avant la décision finale. La distinction s’accompagne d’une mise en avant en magasin et à l’antenne au mois de janvier.
La cérémonie s’est tenue au Bar Le Belair, au deuxième étage de la Maison de la radio. Adèle Van Reeth, directrice de France Inter, a planté le décor : un soir où tout semblait inviter à rester chez soi, et où, précisément, le public a déjoué les pronostics. « Ce matin, on était très contents qu’il y ait de la neige. Puis on s’est dit : mais personne ne viendra ce soir. On ne peut pas se déplacer, les bus sont annulés, les métros sont retardés… Et quand on marche, on tombe. Donc personne ne viendra ce soir… et vous êtes là si nombreux, vraiment ça nous réchauffe le cœur. »
« Cette année, le jury souhaitait mettre à l’honneur la fiction et l’imagination », a rappelé de son côté la marraine du prix, Rebecca Manzoni. « Le choix s’est porté sur un récit pleinement fictionnel, qui, comme les grandes fictions, dit beaucoup de la réalité : ici la place de l’art dans une existence, mais aussi le rapport à l’argent. »
Et de confier : « Ce livre m’a épatée par sa rigueur, sa fantaisie et sa générosité. Il laisse aux lecteurs la liberté de saisir, ou non, les références, et, dans tous les cas, on se laisse embarquer par le récit. »
Auprès d’ActuaLitté, l'animatrice de Totemic et du Masque et la Plume complète : « C’était vraiment important que France Inter consacre une journée entière à la bande dessinée, qui est un art majeur. » Passionnée de musique autant que de bande dessinée, elle ne peut que se réjouir du choix du jury. « J’ai commencé dans cette station en parlant de bande dessinée, donc le fait que cela associe deux disciplines était particulièrement joyeux », rappelle-t-elle.
« À titre tout à fait personnel, j’ai adoré lire cet ouvrage », partage de son côté la directrice de France Inter. « Je dis “ouvrage”, c’est 1,6 kg, paraît-il. Suivre le parcours de Hans et Helma de ville en ville, c’est un itinéraire plein de surprises et de rebondissements. Cette façon de représenter la musique, je l’ai rarement vue en bande dessinée. Comment inventer un trait qui parvienne à signifier ce que fait la musique ? C’est un tour de force remarquable. »
Le directeur général du Groupe Fnac, Enrique Martinez, également présent lors de cette cérémonie, a replacé le prix dans une stratégie de long terme : des espaces dédiés, des équipes « expertes », et une invitation à circuler en magasin pour rencontrer cette médiation. « La Fnac a fait, il y a déjà longtemps, le choix d’un engagement fort en faveur de la bande dessinée. Des espaces dédiés ont été développés en magasin, et un investissement durable a été engagé autour de ces prix. »
À cette occasion, il affirme aussi une position sans ambiguïté dans un contexte où la question traverse le monde du livre. « Je ne serais pas partant pour lire un livre créé par l’IA. J’attends la folie, la création. »
Au sujet de l'oeuvre lauréate, il s'adresse directement aux deux lauréats : « Vous avez été très malins d’avoir choisi la musique comme fil conducteur. Il y a une trame que l’on découvre à la fin, et qui donne envie de relire l’ouvrage. »
Sur scène, le scénariste Jean-Christophe Deveney a tenu à revenir sur la place du jury grand public, et sur ce que représente, concrètement, l’engagement de lecteurs et lectrices appelés à lire, comparer et débattre. « C’est un jury mixte, avec des professionnels, mais aussi des lecteurs et des lectrices. Je trouve ça extrêmement touchant d’imaginer des gens qui prennent le temps d’écrire pour candidater, de lire toutes ces bandes dessinées et d’en débattre. »
L’auteur a également salué l’ensemble des albums en lice. « La création n’est pas une compétition. Tous les albums sélectionnés auraient pu être à notre place, ce sont des questions de subjectivité. » Les remerciements se sont ensuite étendus à leur éditrice Camille Grenier, aux équipes de Dupuis, et à son compère Édouard Cour : « Pendant quatre ans, il n’y a pas eu un seul jour où je n’ai pas pris plaisir à découvrir tes pages, ton dessin, ta mise en scène. »
De son côté, le dessinateur Édouard Cour rappelle un basculement : du travail solitaire à la vie publique du livre. « On travaille longtemps sur un projet, et puis, soudain, il rencontre ses lecteurs. À partir de là, le livre ne nous appartient plus vraiment : c’est chez vous qu’il vit, et c’est sans doute ce qu’il y a de plus beau. »
En conclusion, Camille Grenier a rappelé le plus important : « Sans les lecteurs, nous ne sommes rien. Ni les maisons d’édition, ni les auteurs ne peuvent exister sans vous. »
Deux membres du jury interrogés évoquent une expérience à la fois enthousiasmante et exigeante. Malo, designer actuellement à la recherche d’un emploi, explique avoir profité de cette période pour s’engager pleinement dans la sélection, tout en soulignant : « Ça m’a pris beaucoup de temps et j’ai parfois été frustré de devoir lire certaines œuvres aussi vite. Mais cela m’a surtout permis de découvrir des bandes dessinées que je n’aurais jamais lues autrement. »
Il évoque également un aspect très concret : « La BD, ça coûte cher, on est obligé de sélectionner. J’achète beaucoup d’occasion, donc ça m’a permis de lire des choses que je n’aurais jamais achetées en priorité. » Son regard sur l’album lauréat se veut nuancé : « Ce n’est pas forcément la bande dessinée que j’ai préférée, mais en termes de dessin, je me suis pris une claque monumentale. »
De son côté, Virginie, ingénieure de 52 ans, lectrice de bande dessinée de longue date et grande auditrice de France Inter, évoque des semaines de lectures intensives, parfois menées au cœur de la nuit, et une sélection qu’elle juge particulièrement éclectique. « Nous avions vingt bandes dessinées à lire en un temps très court. J’ai enchaîné les nocturnes jusqu’à quatre ou cinq heures du matin, mais la diversité de la sélection en valait la peine. »
Elle dresse un classement personnel en cinq titres, plaçant Ancolie de Salomé Lahoche en tête, suivi de Beneath the Trees Where Nobody Sees, de Patrick Horvath, Les Grandes Oubliées d'Aurore Chapon, La Nuit retrouvée de Nicolas Antona et Nina Jacqmin, et Silent Jenny de Mathieu Bablet, un ensemble qu’elle juge représentatif de la richesse et de l’éclectisme de la sélection.
Après la remise, les lauréats ont pris le temps de revenir sur le sens profond de Soli Deo Gloria. Édouard Cour nous explique : « Je ne le présente plus comme un livre sur la musique, mais comme un conte pour adultes sur la création, avec toutes les questions que cela soulève. »
Jean-Christophe Deveney insiste, lui, sur un autre noyau du récit : la gémellité, et la façon dont des trajectoires presque identiques finissent par diverger. « C’est aussi l’histoire d’un frère et d’une sœur, que l’on suit de leur naissance jusqu’à la trentaine. Qu’est-ce qui se passe quand on part du même endroit, quand on est presque les mêmes, mais que la vie nous entraîne sur des chemins différents ? »
Les deux auteurs se projettent à présent au-delà du prix, en rappelant que cette reconnaissance ne marque pas un aboutissement, mais une étape. « Rien n’est jamais gagné. On repart sur le prochain livre, c’est toujours un recommencement », souligne le scénariste.
Le duo va retravailler ensemble : « Si vous aimez la science-fiction, si vous aimez Philip K. Dick, cela devrait aller dans cette direction. » De quoi susciter, d’ores et déjà, une certaine impatience...
Le prix s’inscrit dans le Mois de la BD organisé par La Fnac en janvier, avec une visibilité renforcée pour l’album lauréat en magasin et sur l’antenne. Des rencontres avec les lecteurs sont annoncées, notamment à la Fnac La Défense le 20 janvier, puis dans d’autres Fnac en région en février, mars et avril.
Sur France Inter, une campagne de soutien à la bande dessinée accompagne la distinction. L’an dernier, le lauréat était Will McPhail pour Au-dedans (404 éditions, trad. Basile Béguerie).
Retrouver la liste des prix littéraires français et francophones
Crédits photo : une partie du jury Prix BD Fnac France Inter 2026, accompagnée des deux lauréats et de la marraine du prix. ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)
DOSSIER - Le Prix BD Fnac France Inter
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 03/10/2025
280 pages
Editions Dupuis
30,00 €
2 Commentaires
nico
09/01/2026 à 17:24
A l'occasion de la journée spéciale "Initials BD" sur France Inter, la Terre au Carré s'intéresse aux liens que l'écologie entretient avec le 9ème art.
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mercredi-07-janvier-2026-8018732
rom1
11/01/2026 à 09:49
11 janvier et déjà une immense fatigue... l'année risque d'être méga longue