Après les auteurs qui entrent dans le domaine public en France en 2026, un autre calendrier mérite l’attention, cette fois du côté des États-Unis. Chaque 1er janvier, le Center for the Study of the Public Domain, de la Duke University School of Law, publie son Public Domain Day, qui recense les œuvres devenues librement réutilisables outre-Atlantique. En 2026, la grande vague concerne surtout les créations de 1930.
Le 02/01/2026 à 17:51 par Hocine Bouhadjera
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02/01/2026 à 17:51
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Le mécanisme américain repose sur une logique strictement calendaire : pour une large part des œuvres publiées en 1930, le délai légal de 95 ans après publication arrive à échéance, ce qui les fait basculer dans le domaine public au 1ᵉʳ janvier 2026. Une règle, fondée sur l’année de publication et non sur la mort de l’auteur.
L’Union européenne, à l’inverse, fonctionne selon une logique personnelle : la protection court jusqu’à 70 ans après le décès de l’auteur. Résultat : une œuvre libre de droits aux États-Unis peut rester protégée en France, et réciproquement.
Dans la sélection mise en avant par Duke surgit tout un pan fondateur de la littérature populaire et moderne, avec un trio de figures qui ont irrigué l’imaginaire du XXᵉ siècle : William Faulkner, Agatha Christie et Dashiell Hammett. Autour d’eux, des romans, des récits policiers et des textes appelés à être cités, adaptés, réédités ou retraduits, une fois libérés du cadre juridique américain.
Du côté de Faulkner, As I Lay Dying entre ainsi dans le domaine public aux États-Unis en 2026. Pour les lecteurs français, le roman est connu sous le titre Tandis que j’agonise. Concrètement, cela signifie qu’outre-Atlantique, des éditeurs peuvent désormais proposer de nouvelles éditions du texte original, des versions annotées, des audiobooks, des adaptations ou des usages pédagogiques sans solliciter d’autorisation ni négocier des droits parfois devenus opaques après près d’un siècle.
En France, William Faulkner étant mort en 1962, ses œuvres restent protégées jusqu’au 1ᵉʳ janvier 2033.
Même bascule américaine pour Agatha Christie avec The Murder at the Vicarage, publié en 1930, qui marque l’une des premières grandes apparitions de Miss Marple. Le roman est connu en français sous le titre L’Affaire Protheroe. Même logique pour le plus célèbre roman de Dashiell Hammett : The Maltese Falcon dans sa version de 1930 bascule dans le domaine public aux États-Unis en 2026. Pour le public français, l’œuvre est indissociable de l’imaginaire du film noir.
Duke met également en avant les premiers Nancy Drew, à commencer par The Secret of the Old Clock (1930). En France, la série a été profondément adaptée et rebaptisée : Nancy Drew est devenue « Alice Roy », avec un premier volume publié sous le titre Alice détective. Écrit par Caroline Quine, l’un des pseudonymes maison de l’éditeur Stratemeyer Syndicate, l'autrice est en réalité Mildred Wirt Benson.
Agatha Christie, morte en 1976, reste protégée en France jusqu’au 1ᵉʳ janvier 2047, Dashiell Hammett, décédé en 1961, jusqu’au 1ᵉʳ janvier 2032, et Mildred Wirt Benson, morte en 2002, jusqu’au 1ᵉʳ janvier 2073...
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Parmi les figures désormais libres figurent par ailleurs une certaine Betty Boop, apparue pour la première fois dans le court métrage d’animation Dizzy Dishes (1930), et qui rejoint des créations comme Pluto (alors nommé Rover) ou Blondie et Dagwood issus des comic strips de Chic Young.
Ces personnages, tels qu’ils apparaissent dans leurs toutes premières incarnations, peuvent désormais être réutilisés, illustrés, réinventés ou intégrés à de nouvelles histoires sans autorisation ni licence aux États-Unis, du moins pour les éléments visuels et narratifs contenus dans ces versions 1930. Le Pluto « chien de Mickey » tel qu’on le connaît ensuite reste ainsi en partie protégé par copyright et trademark.
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Cependant, Duke rappelle que le domaine public ne se réduit pas à la seule absence de copyright. Pour les personnages, une règle clé distingue ce qui est libre de droits de ce qui peut encore l’être : on peut réutiliser un personnage tel qu’il apparaît dans une œuvre désormais libre, mais les ajouts ultérieurs - apparences modifiées, éléments de développement, usages médiatiques récents - peuvent rester protégés ou être soumis à des marques déposées.
Le Public Domain Day 2026 concerne aussi le cinéma, la musique et les arts visuels, mais avec des règles plus complexes. Les films de 1930 entrent dans le domaine public américain, souvent au titre d’œuvres collectives, ce qui complique leur exploitation hors des États-Unis.
Pour la musique, seules les compositions et paroles de 1930 basculent, tandis que les enregistrements obéissent à un autre calendrier, centré sur 1925, en vertu de la Music Modernization Act. Les illustrations et couvertures de livres posent également des problèmes spécifiques, car textes et images peuvent relever de durées de protection différentes.
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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