Le premier article des Ensablés de cette année 2026 (16 ans d'existence) est consacré à la réédition d’un roman que les lecteurs de moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : « La Billebaude » (1978), du bourguignon Henri Vincenot (1912-1985) dont le passage à Apostrophes (heureux temps !) assura la gloire dès 1976. Une fois de plus, ce sont les éditions Le Passeur qui prennent l’initiative de cette publication, après avoir, l’année dernière, réédité l’admirable Campagne de Raymonde Vincent… Par Hervé BEL.
Le 04/01/2026 à 09:00 par Les ensablés
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04/01/2026 à 09:00
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Vincent, Vincenot, il y a similitude et pas seulement de nom. Tout comme le roman de Raymonde Vincent, La Billebaude est une ode à la campagne et la nature.
La Billebaude. Le dictionnaire de l’Académie française en donne la définition suivante : Confusion, désordre. Il ne s'emploie plus guère qu'en termes de Chasse. Chasser à la billebaude, se dit d'une Partie de chasse où l'on n'a point formé de cordon, ni distribué les places, et où chacun tire à sa fantaisie.
De fait, le roman de Vincenot raconte pour partie l’initiation d’un jeune garçon à la chasse, mais pas seulement. La Billebaude sera pour lui une façon de vivre, une manière d’être libre.
Henri, huit ans, est orphelin. Son père a été tué pendant la guerre 14, et il a été envoyé chez ses grands-parents en Bourgogne. Nous sommes dans les années 20-30, et après lecture, l’on est frappé par une évidence : la vie, là-bas, en ce temps, n’avait pas beaucoup changé depuis le 16ème siècle, de sorte que ce roman n’est pas seulement une histoire, il est devenu pour nous, citadins qu’Henri Vincenot plaignait tellement, un document d’histoire.
En ce temps-là, dans les petits villages de l’Auxois, on croit encore dur comme fer aux pouvoirs des saints et aux recettes de bonnes femmes qui guérissent les maladies les plus graves, par absortion, notamment, d’une eau-de-vie bouillante mêlée à douze morceaux de sucre.
On respecte le carême : « Le ventre creux, la mine battue, car depuis trente-deux jours on se contentait de « graisser » les plats en ajoutant deux gousses d’ail. » On vit de peu, dans un cadre de vie rudimentaire. La neige empêche parfois toute communication avec les villages voisins qui s’ignorent d’ailleurs. Il fait très froid en hiver, un froid que nous autres, des années 2000, n’avons jamais connu. On parle le patois bourguignon, et le français avec un accent à couper au couteau.
Et chez le grand-père Tremblot, la chasse est un apport alimentaire non négligeable, car, au-delà d’avoir été compagnon sellier- bourrelier, Tremblot est un chasseur hors-pair, reconnu de tous, et même par les nobles de la région (le passage où le marquis vient le visiter est délicieux, et corrige quelque peu la vision "seigneur-manant"), qui le traitent avec respect et l’appellent, contre sonnant et trébuchant, pour organiser leur chasse. C’est qu’il connaît tout de la nature « le vieux » et il est bien décidé à léguer son savoir à son petit-fils qu’il adore. La grand-mère, la vieille Nanette veille sur son mari et son petit-fils, et sans en avoir l’air, tout en respectant l’autorité du mari, sait faire régner l’ordre dans la maison.
Jamais Vincenot ne cède pas au misérabilisme. Au contraire, il affirme que ces gens étaient heureux, qu'il l'était lui-même, et que le progrès a détruit ce bonheur, parce qu'il tue progressivement la nature, et abreuve l’homme d’informations continues qui l'inquiètent (on est seulement en 1978…).
« Chaque fois que tu marches dans les villes, hein ! disait-il, tu marches sur du goudron, sur du bitume, sur du ciment, jamais sur la terre, tu entends ? Jamais sur la terre ! Jamais sur l’herbe ! Alors plus rien ne passe entre la terre et toi. Tu ne reçois plus rien d’elle, tu dépéris, t’attrapes toutes les malandres qui passent car sans elle, c’est fini ! »
Alors, dans ce milieu difficile mais aimant, commence pour le petit garçon une vie nouvelle. Dès la première page, on est happé : « Dans ce temps-là, la nuit pénétrait dans les maisons et ne restait pas à la porte, car on ne la rejetait pas durement dehors comme maintenant. On n’avait à lui opposer que la clarté dansante des flammes du foyer et celle de la lampe Pigeon que l’on appelait, chez nous, une lusote. »
Pas mal comme introduction, non ? et tout est comme ça dans ce livre superbement écrit, qui mêle langue classique et, parfois, langue locale. Avec le petit Henri, le lecteur est conduit à découvrir tout un univers dont, misérable urbains, nous ignorons tout, et d’abord celui de la forêt et de la chasse, celle des sangliers en particulier qui, chaque année, dévastent les champs. C’est tout un art de les tuer. Il ne s’agit pas simplement de sortir son arme et de tirer. Il faut savoir où ils sont, monter une stratégie, prévoir des emplacements où se cacher... Bref, c’est tout un art de la guerre qui respecte aussi l’animal, qu’on ne tuera que dans certaines circonstances.
Avec Henri, nous marchons par les chemins creux, guettons parfois des heures, avons froid avec lui, et l’on apprend une multitude d’expressions anciennes, désormais inusitées (du moins pour les gens comme moi). Les éditions du Passeur ont eu la bonne idée de fournir un glossaire en fin de volume qui me ravit comme le dictionnaire de Furetière.
Il n’y a pas de « grande » histoire dans ce « Bildungsroman » où l’on voit, les années passant, Henri devenir jeune homme et adopter une philosophie à laquelle il ne renoncera jamais, car il s’agit de celle de l’auteur lui-même !
Car, quoiqu’ayant réussi HEC, tout comme son héros, Vincenot finira sa vie à la campagne, reconstruisant un village déserté et perdu dans la forêt, pour réparer ainsi, tardivement, ce qu’il avait considéré comme une erreur fatale : « Le sort en était jeté : je serai étudiant à Paris. Le monde basculait, je faisais le faux pas fatal, je passais dans le camp des Burgondes, des Francs, des Mossieu, je désertais celui des Gaulois, des Bagaudes, des Jacques, voués depuis si longtemps à la terre, au feu de bois, au bétail, à la forêt, aux paturages, et à la chasse à la billebaude. »
Il y a une grande part d’autobiographie dans ce roman, mais pas totalement. Le petit Henri rencontrera l’amour dans une ferme ; dans la vie de Vincenot, ce sera à l’école de commerce. Peu importe, ce sera le même indéfectible amour.
... Tout cela me donne bien envie d’aller en Bourgogne...
Hervé BEL.
On se référera, pour la biographie de Vincenot à celle établie par le Musée de Hiéron (ici).
Autre précision : je n’avais pas lu La Billebaude à sa parution. Je l’avais considérée du haut de mes dix-sept ans avec la condescendance insupportable attachée à cet âge, de la même condescendance d’ailleurs, avec laquelle je traitais Genevoix (autre chantre de la nature).
Plus tard, de Vincenot, pour des raisons attachées à mon intérêt pour Compostelle, j’ai lu Le chemin des étoiles que je recommande également.
Par Les ensablés
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Avec Oratorio, Cécile Wajsbrot revient sur les parcours de celles et ceux qui quittent leur pays par nécessité, traversent la Méditerranée ou empruntent les routes migratoires. À partir de données recueillies sur plusieurs décennies, la romancière compose un texte entre chœur, dialogue et récit, qui interroge notre rapport à l’exil et aux frontières.
12/09/2026, 07:00
Avec Été 1914, Victor Lepointe revient sur les premières semaines de la Première Guerre mondiale à travers deux jeunes hommes que tout semble opposer. Un récit en bande dessinée qui suit le basculement d’une génération, de l’enthousiasme patriotique d’août 1914 à la brutalité d’une guerre nouvelle.
12/09/2026, 06:30
Après Beauté fatale, Mona Chollet revient sur les normes esthétiques imposées aux femmes avec Soigner sa peau. Exploration d’une obsession. Sérums, K-Beauty, Botox ou chirurgie : l’autrice examine la place prise par la peau dans les pratiques contemporaines de beauté et les mécanismes d’une industrie qui transforme l’insatisfaction en moteur de consommation.
12/09/2026, 06:00
Oklahoma, 1935. L’Amérique mord la poussière : une ville s’enfonce dans le Dust Bowl tandis qu’un tueur profite du chaos. Avec Dust to Dust, Phil Bram et J.G. Jones construisent un polar historique lent, suffocant et visuellement saisissant, dont la résolution convainc moins que l’atmosphère. Delcourt publie en français ce récit complet, traduit par Laurent Queyssi.
11/09/2026, 12:16
Le casse du siècle, de Sarah Knafo, entre directement à la première place des ventes de livres en France avec 60.584 exemplaires écoulés du 31 août au 6 septembre 2026. Et en ferait oublier que la semaine passée encore, Freida McFadden culminait en tête des meilleures ventes. De quoi faire regretter l'Américaine, sa femme de ménage et toute la clique...
11/09/2026, 11:50
Le gentleman cambrioleur revient dans une nouvelle adaptation en bande dessinée de l’un des grands classiques de Maurice Leblanc. Dans Arsène Lupin – Le Bouchon de cristal, Jérôme Félix et Alain Janolle revisitent cette célèbre aventure sur fond de corruption politique, de scandale et de secret d’État.
11/09/2026, 06:00
Avec Retour à Grey Gardens, Claire Béchec revient sur le destin hors norme de Little Edie Beale, figure méconnue en France mais devenue un véritable mythe aux États-Unis. Son récit retrace l’histoire d’une femme et d’une demeure devenues indissociables, entre aristocratie déchue, isolement et liberté de ton.
11/09/2026, 06:00
Au jour le jour : écrire le quotidien des classes populaires en France (XIXe-XXIe siècle) entend regarder l'histoire par un autre bout de la lorgnette : celui de la vie ordinaire. Sous la direction d'Anaïs Albert, Fanny Gallot, Anne Jusseaume, Eve Meuret-Campfort, Clyde Plumauzille et Mathilde Rossigneux-Méheust, cet ouvrage collectif plonge dans le quotidien des femmes et des hommes des classes populaires, du XIXe au XXIe siècle.
11/09/2026, 06:00
La rentrée littéraire c'est aussi la rentrée des classes avec, au programme, cette leçon d'Histoires sur la guerre d'indépendance des États-Unis et la toute première expédition du très jeune La Fayette outre-Atlantique.
10/09/2026, 09:00
Avec Déclaration de perte, Catherine Benhamou poursuit son travail autour des récits de femmes et de leurs trajectoires intimes. Publié aux éditions des femmes-Antoinette Fouque, ce nouveau texte fait dialoguer deux destins marqués par la perte d’un enfant et par un silence difficile à briser.
10/09/2026, 06:00
Avec L’Enclos des esclaves, Najwa Bin Shatwan revient sur une réalité historique largement méconnue : celle de milliers d’Africains subsahariens réduits en esclavage en Libye sous la domination ottomane. Traduit de l’arabe par Souad Labbize, ce roman propose une fresque de la société libyenne à travers le destin d’une femme en quête de ses origines.
10/09/2026, 06:00
Destiné aux lecteurs à partir de 9 ans, Ensemble contre l’antisémitisme propose 50 questions-réponses pour mieux comprendre l’histoire et les mécanismes de l’antisémitisme, en France comme dans le monde. L’ouvrage paraîtra le 8 octobre 2026 aux éditions Privat.
10/09/2026, 06:00
Et si le monde était régi par un code informatique que seuls quelques-uns pouvaient lire ? Avec La Marche du Monde, Lou Lubie signe une nouvelle série de fantasy destinée aux lecteurs de 14 ans et plus. Dans ce premier tome, intitulé Nord, une adolescente mise à l’écart découvre que ses mystérieuses syncopes lui permettent en réalité de lire le code qui régit le monde.
10/09/2026, 06:00
Que reste-t-il de nos « au revoir » ? Dans son nouvel ouvrage, Gilles Marchand s’intéresse à ces mots familiers qui accompagnent les départs, les ruptures, les deuils, mais aussi l’espoir de se retrouver. Un texte intime et universel, à paraître aux éditions Rivages le 7 octobre.
09/09/2026, 07:30
Avec Sous la neige des sentinelles, Mip Ruberto Sanquer entraîne les lecteurs de 14 ans et plus dans une uchronie steampunk située en Haute-Savoie, en décembre 1901. Entre complot, enquête, capacités augmentées et animaux doués de parole, le roman mêle aventure et fantastique dans le décor d’un Noël en haute montagne.
09/09/2026, 06:00
Prière de retirer ses chaussures avant d’entrer dans les sujets sérieux. Cécile Crassous, elle, garde les chaussettes. Et c’est là que son roman trouve son équilibre : dans ce mélange de pudeur et d’impudeur, de farce et de chagrin, où la féminité cesse d’être un concept pour redevenir une affaire de chair, de désir, de rides, de sang, de deuil et, parfois, de très mauvaises idées. Rendez-vous le 24 septembre.
08/09/2026, 10:44
Il y a des livres qui installent leur menace à coups de portes qui grincent. Marie Pavlenko choisit plus sournois : une mouillette, une bouffée de chaleur, un corps qui change, une mouche écrasée. Puis quelque chose remue sous la peau du réel. Et nue, je suis entrée dans l’eau rassemble trois nouvelles reliées par une même question : que se passe-t-il lorsque la proie cesse d’accepter la place qu’on lui a assignée ? La réponse n’a rien d’un manifeste abstrait. Elle aura des dents, des sucs, des larves et parfois un goût de sang, ce 16 septembre.
08/09/2026, 10:42
Dans S’envoler, Thierry Clech suit un homme aisé, vieillissant et inquiet face au temps qui passe, qui décide de partir pour un tour du monde organisé. De New York à Kyoto, de l’île de Pâques à Bénarès, les kilomètres défilent, mais le voyage ne suffit pas à combler le vide qui le ronge.
08/09/2026, 10:16
Avec Isaiah dans les eaux du temps, Aurélie Wellenstein entraîne les lecteurs, de 15 ans et plus, dans une fantasy sombre où les courants temporels peuvent faire disparaître les vivants et où le temps lui-même devient une ressource à pêcher. Un récit de survie aux enjeux aussi fantastiques que profondément humains, à paraître le 8 octobre 2026 chez Scrineo.
08/09/2026, 08:00
Comment le VTT, découvert à l’adolescence, est devenu pour Kilian Bron à la fois un espace de liberté, une discipline et un moyen de s’extraire d’un environnement familial difficile. Le vététiste revient sur son parcours, son goût du risque et sa relation à la montagne dans ce récit personnel, préfacé par Martin Fourcade et publié en poche chez Flammarion.
08/09/2026, 07:00
Alors que l’intelligence artificielle et la culture de l’immédiateté semblent gagner chaque pan de nos vies, Raphaëlle Le Baud invite à regarder du côté des ateliers. Dans Petit éloge des métiers d’art, l’entrepreneuse engagée dans le secteur célèbre celles et ceux qui font de la matière, du geste et de la transmission une autre manière d’habiter le monde.
08/09/2026, 06:00
Avec Au nom du peuple français, François Molins revient sur quarante-six années passées au sein de l’institution judiciaire. De la lutte antiterroriste aux grandes affaires politico-financières, l’ancien magistrat raconte les dossiers qui ont marqué sa carrière, mais aussi sa conception de la justice et de sa nécessaire compréhension par les citoyens. Ses Mémoires paraissent en poche chez Flammarion, dans la collection Au Grand jour.
08/09/2026, 06:00
Virginia met un peu de couleur dans le gris du quotidien, elle fait équipe avec le narrateur, un jeune homme, factotum, qu’elle a pris sous son aile immédiatement, comme une mère poule. Une relation fusionnelle s’installe entre eux avec une idée obsessionnelle pour Virginia : préparer une fête pour égayer cet univers clos.
07/09/2026, 13:45
1 Commentaire
MG
05/01/2026 à 10:25
Le Maître des abeilles, Le Pape des escargots, Les Étoiles de Compostelle, La Billebaude...
Il faut relire Vincenot !