On peut très bien ne pas aimer Dune version David Lynch : ce dernier l'a d'ailleurs renié. Quant à la version Denis Villeneuve, on comprendra même aisément qu’on reste à distance de son lissage général. Mais s'en prendre à l’œuvre originale de Frank Herbert, cette impressionnante machine philosophique et politique, est plus audacieux. Un autre géant du XXe siècle s'y est risqué, en la personne de J. R. R. Tolkien...
Le 31/12/2025 à 13:33 par Hocine Bouhadjera
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31/12/2025 à 13:33
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Dans une lettre à son ami John Bush, datée du 12 mars 1966, le Britannique reconnaît avoir lu Dune, et dit le « détester avec une certaine intensité », tout en jugeant plus juste, dans ce cas, de se taire plutôt que de commenter un confrère.
La tentation est immédiate : chercher la raison - morale, religieuse, esthétique -, qui expliquerait la réaction du père du Seigneur des Anneaux. Sauf que Tolkien ne la donne pas. Alors, si l’on veut comprendre ce qui a pu se jouer, il faut comparer non pas deux « univers de fiction », mais deux approches incompatibles.
Cet antagonisme apparaît quand on pose une question simple : dans quel type de récit le pouvoir sauve-t-il le monde ?
Chez Tolkien, le salut passe par le refus de la domination. L’Anneau n’est pas une arme plus puissante, mais une promesse d’efficacité : faire le bien vite, imposer l’ordre. L'auteur montre que cette logique est un piège, car vouloir imposer le bien par la force engendre la tyrannie. Même les meilleurs y succombent.
L’échec de Frodo n’est pas moral mais humain : face à l’Anneau, la contrainte devient insurmontable, et la victoire naît ailleurs - de la compassion, du renoncement, d’une Providence qui dépasse les volontés individuelles. L’héroïsme n’est pas le succès, mais l’endurance dans une tâche juste, au cœur d’une « longue défaite » traversée d’espérance.
Chez Herbert, le pouvoir est le sujet central, et le héros le problème. Dune raconte une ascension messianique, mais pour en révéler le danger. Paul Atréides n’est pas une solution : il incarne le risque des leaders charismatiques, ceux devant lesquels les foules cessent de penser. L'Américain s’intéresse moins aux vertus individuelles qu’aux systèmes - écologiques, politiques, religieux -, qui fabriquent le pouvoir et transforment la croyance en force de domination.
Tolkien pose la question de façon tragique : peut-on faire le bien en s’emparant de l’outil du mal ? Sa réponse narrative est presque toujours négative - c’est même la voie la plus sûre vers la corruption.
Herbert, lui, démonte des mécanismes : comment une société fabrique un messie, comment une prophétie devient un levier de pouvoir, comment une libération se mue en domination, parfois au nom du salut. Dans cette optique, Paul n’est pas un « Frodo du désert », mais un cas d’étude sur l’emballement politico-religieux. D’où une ironie : nombre de lecteurs et d’adaptations l’ont héroïsé, là où la saga s’emploie précisément à en montrer le coût humain et politique.
On peut avancer plusieurs hypothèses solides, non psychologiques, mais proprement littéraires, sur l'incompatibilité entre les deux créateurs de mondes.
D’abord, le soupçon envers l’idée que la fin puisse justifier les moyens. Le Seigneur des Anneaux repose sur une défiance radicale à l’égard de l’efficacité morale : gagner n’est jamais une preuve de justesse. Chez Herbert, au contraire, la politique relève d’un art du moindre mal, d’un calcul permanent dans un monde structuré par des forces écrasantes - ressources, empires, croyances. Cette logique du compromis peut heurter une vision où le bien ne se négocie pas.
Ensuite, chez le Britannique, l’histoire est traversée par une forme d’ordre supérieur - Providence ou grâce -, qui n’abolit pas la liberté humaine mais la déborde. Dune met en scène l’inverse : la prescience, la capacité à voir les futurs possibles et à s’y enfermer. Même lorsque Paul hésite, le récit insiste sur l’enchaînement des causes et des effets, et sur le danger de croire qu’un homme peut piloter l’Histoire.
Du côté de Tolkien, le spirituel est d’abord une source d’espérance, une force de « consolation » au sens fort : ce qui permet de tenir debout dans la défaite. Herbert, lui, regarde la religion comme une technologie sociale, capable de mobiliser, de légitimer et de contrôler.
Le temps de l'auteur du Hobbit est mélancolique et rétrospectif. Le monde est déjà en train de décliner, et l’action juste consiste moins à construire l’avenir qu’à préserver ce qui peut encore l’être. La morale naît de la mémoire : des chants, des récits, d’un passé plus grand que le présent. Chez le second, au contraire, le temps est projeté vers l’avant. La prescience transforme l’avenir en champ stratégique, en suite de trajectoires possibles à optimiser. Là où Tolkien regarde en arrière pour savoir comment agir, Dune regarde trop loin devant - au risque de transformer l’Histoire en plan.
Chez le Britannique, le langage est presque sacré. Nommer, chanter, raconter, c’est maintenir le monde en vie : les langues anciennes, les poèmes et les légendes transmettent, relient, préservent. Chez Herbert, le langage devient un instrument. Prophéties et récits messianiques sont fabriqués, orientés, utilisés pour mobiliser et contrôler. Là où Tolkien voit dans la parole une mémoire, le second en fait une technologie.
Enfin, le mal tolkienien est localisable, même s’il est contagieux. Il a un centre, une origine, une tentation claire : l’Anneau, Sauron, la volonté de dominer. On peut lui résister, le refuser, s’en détourner - au prix d’un immense effort. Dans Dune, le mal est plus diffus. Il ne réside pas dans un individu mais dans l’emballement des systèmes : politiques, religieux, économiques. Il n’y a pas de point net où dire non, seulement des engrenages rationnels qui s’enchaînent. Un mal sans visage.
Finalement, Tolkien pense depuis un imaginaire médiéval - en lecteur de Beowulf et des mythes nordiques -, nourri de limites, de fidélité et d’ordres hérités : le pouvoir doit être retenu, et le bien ne se fabrique pas. Herbert écrit depuis la modernité : il déconstruit, montre comment les systèmes produisent le pouvoir et les illusions qui l’accompagnent.
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Il est aussi légitime de s’interroger sur la manière dont Tolkien et Herbert mobilisent, chacun à leur époque, des figures venues du désert. Les Haradrim du Seigneur des Anneaux, peuples du Sud alliés à Sauron, à la peau sombre, armés d’armes exotiques et montés sur des mûmakil, relèvent d’un imaginaire médiéval occidental où l’altérité reste largement vue de l’extérieur.
Ils apparaissent d’abord comme des silhouettes guerrières, définies par leur provenance, leur apparence et leur fonction d’ennemis, perçues à travers le regard des peuples de l’Ouest. Tolkien introduit toutefois une brèche morale décisive en laissant Sam se demander qui était vraiment l’homme qu’il vient de voir tomber - s’il n’avait pas, lui aussi, une maison, des raisons, une vie que la guerre a rendues invisibles.
Dune, à l’inverse, place au centre un peuple du désert inspiré de cultures arabes et berbères, les Fremen, dotés d’une langue, de rites et d’une intelligence collective valorisées. Mais ce renversement n’est pas une idéalisation naïve : Herbert montre comment cette culture est exploitée, comment sa ferveur religieuse devient un instrument de domination impériale.
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Ce n’est pas seulement la fantasy contre la science-fiction : c’est la limite contre le système. Et ce n’est pas non plus une affaire de temporalité. Le futur peut être pensé de manière idéaliste, lorsque les idées, les croyances et les récits prétendent gouverner le monde.
De même qu’un univers médiéval peut relever d’une lecture résolument matérialiste, où les comportements sont d’abord le produit de rapports de force économiques, de contraintes écologiques et d’organisations politiques. Ce n’est pas le siècle qui change tout, mais ce qui, au fond, fait agir les hommes.
Au moins, Tolkien a eu de la chance sur un point : pour les grandes adaptations de ses oeuvres au cinéma, c’est Peter Jackson qui s'en est occupé...
Crédits photo : Astronimation (CC BY 3.0)
Par Hocine Bouhadjera
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20 Commentaires
Kuroki Tomoko
01/01/2026 à 02:19
marrant en discutant avec des IA j'ai eu comme recommandation de Film non politique "Dune" jusque par que c'est "enrobé dans du spectacle".
bref
par contre s'arrêter juste la première partie de "Dune" est aussi une erreur, déjà les Fremen sont aussi des colons et ensuite la galaxie va souffrir des choix de Paul Atréides et du L'Empereur-Dieu de Dune pendant très très longtemps pas juste le "jihad", Leto va littéralement infecter jusqu'à l'âme réelle d'Arrakis (le "Dieu Fractionné"), "la contamination" est quand même bien pire.
LotR a au moins la chance de pas avoir de suite pour voir le déclin de son monde.
Tony
01/01/2026 à 06:28
Excellente analyse comparative, j'aimerais pouvoir faire une décomposition aussi précise , a la fois complexe mais accessible.
Je ne vois plus tout a fait les deux oeuvres de la même façon et j'apprécie.
Dehel
01/01/2026 à 09:40
La supposée détestation de Dune par J. R. R. Tolkien mérite sans doute une lecture moins anecdotique et moins psychologisante.
Plutôt que d’y voir un simple rejet esthétique ou un « lissage général », on peut y lire l’affrontement de deux visions du monde radicalement opposées.
Tolkien écrit en regardant en arrière : il reconstruit une mythologie enracinée dans les langues anciennes, le sacré, la tradition, le cycle et la mémoire. Son œuvre est une archéologie du sens, une tentative de réenchantement du passé.
À l’inverse, Frank Herbert, avec Dune, regarde résolument vers l’avant : il interroge le futur de l’humanité, les systèmes politiques, l’écologie, le pouvoir, la manipulation des masses et les dérives messianiques. Dune n’est pas un mythe fondateur, c’est une mise en garde.
Dans cette perspective, on pourrait même avancer une hypothèse paradoxale :
Tolkien aurait aimé écrire Dune — non pas dans sa forme, mais dans son ambition.
Car Herbert fait avec la science-fiction ce que Tolkien a fait avec la fantasy : il crée un monde total, cohérent, traversé par des forces symboliques profondes, mais orienté vers les dangers du futur plutôt que vers la nostalgie du passé.
Réduire cette opposition à une question de goût personnel ou conclure lourdement sur le fait que Tolkien a « eu de la chance » avec Peter Jackson relève davantage du clin d’œil journalistique que de l’analyse littéraire.
Ce qui s’oppose ici, ce ne sont pas deux auteurs, mais deux temporalités, deux manières de penser le destin humain.
DL
Hocine Bouhadjera - ActuaLitté
01/01/2026 à 16:33
Bonjour
Avez-vous bien lu l’article que vous commentez ?
Parce que ce que vous présentez comme une lecture plus « profonde » ou moins « anecdotique » repose en réalité sur les mêmes axes que ceux développés dans le texte, tout en lui reprochant précisément ce qu’il ne fait pas.
Dès l’introduction, il est explicitement indiqué que Tolkien ne donne aucune raison à son rejet de Dune, et que l’analyse ne peut donc être ni psychologique ni fondée sur un simple goût personnel.
Votre opposition entre un Tolkien tourné vers la mémoire, le sacré et la tradition, et un Herbert orienté vers le futur, les systèmes, l’écologie et les dérives messianiques, correspond exactement au cœur de l’article - notamment sous l’intertitre « Le Moyen-Âge face au futur » -, puis dans les développements sur le temps, la prescience et le pouvoir.
En revanche, deux contresens sont frappants.
D’abord, vous dénoncez une prétendue « psychologisation », avant de proposer vous-même l’hypothèse, purement spéculative, selon laquelle « Tolkien aurait aimé écrire Dune ». Cette projection n’est étayée ni par les lettres de Tolkien, ni par ses essais, et contredit même explicitement sa méfiance envers toute pensée où le calcul des fins légitimerait l’usage du pouvoir.
Ensuite, vous évoquez le « lissage général » comme s’il s’agissait d’un argument central de l’analyse, alors qu’il s’agit d’un simple clin d’œil introductif aux adaptations cinématographiques contemporaines, en l’occurrence à une certaine réception des films de Denis Villeneuve. Ce passage n’a strictement aucun lien avec l’argumentation littéraire qui suit, laquelle porte exclusivement sur les œuvres, leurs structures morales et leurs visions du monde.
Enfin, la phrase de conclusion sur Peter Jackson est assumée pour ce qu’elle est : une chute journalistique, pas une thèse. La confondre avec l’analyse revient à reprocher à un article d’avoir une dernière phrase.
En résumé : votre commentaire ne réfute pas l’article, il en reprend les arguments principaux, tout en lui attribuant des intentions qu’il écarte explicitement dès le départ. Critiquer est légitime, encore faut-il ne pas discuter un texte que l’on a, bon soupçon, lu en diagonale.
Paul over
02/01/2026 à 11:37
Quel article de 1ere de seconde L, ça part dans tous les sens, aucune source ni exemple juste des idées tirées par les cheveux sortie du chapeau de l'auteur. Cette question a déjà été moultement débattu et répondu, cet article ne répond juste à rien. Triste
Hocine Bouhadjera - ActuaLitté
02/01/2026 à 11:55
Si vous cherchez un travail universitaire, vous vous trompez d’endroit, il s’agit ici d’un article grand public, assumé comme tel. Si vous souhaitez répondre à des points précis, n'hésitez pas. L'insulte de lycéen de « 1ère de seconde L » (1ère ou seconde, ce n’est pas la même chose ?), vaut ce qu’elle vaut.
Dadoomars
01/01/2026 à 11:38
Dommage que vous ayez discrédité, pour partie, votre propre article avec un titre de chapitre aussi "putaclick" que "Des biais racistes ". Surtout pour y défendre ensuite à peu près le contraire.
Dommage aussi que vous n'ayez à aucun moment compris que là où Dune fait l'éloge de la laideur à tous les niveaux, LOTR lui utilise le fort contraste entre le beau et le laid, la grâce et le disgrcieux.
Le résultat est sans appel : Tolkien nous fait pleurer à de nombreuses reprises, il nous raconte des histoires, nous lit des poèmes, nous partage des chansons. Il ne suffit pas de raconter "une culture riche" pour nous convaincre, Tolkien l'a écrite et nous la livre. C'est immense.
A côté, F. Herbert nous livre une vision qui tout simplement manque de charisme. On n'est ému par aucune de ses morts multiples et on passe à autre chose.
Là où Herbert nous présente un monde adulte, Tolkien nous présente plutôt un monde adolescent. Mais c'est ainsi que Tolkien l'a voulu, n'oublions pas de "Bilbo le Hobbit" a été publié dans une collection pour enfants.
Donc tout les oppose, et pas mal de choses nous opposent aussi, Tolkien c'est l'apologie de l'innocence et ça... ça vous ne l'avez pas vu.
Bonne journée. DD.
rez
13/01/2026 à 16:26
voilà le problème des comparaisons... d'un coté c'est bien que quelqu'un ose parler du fond philo spirituel de tolkien, mais le faire en mettant hebert en parallèle.... car on peut aimer Brahms et on peut aimer claude françois, mais on ne va pas comparer leur démarches non?
sam
13/01/2026 à 17:09
chut jeune demoiselle fais pas trop d'effort
Fédé
01/01/2026 à 21:58
Bof bof, comparer de la fantasy avec de la sci-fi, je ne suis pas convaincu. Sinon l'œuvre de Tolkien a un côté manichéen totalement absent de celle d'Herbert, très politique et beaucoup plus proche de notre société contemporaine.
Tijo
02/01/2026 à 03:08
A mon sens comparer ces oeuvres dans le but de désigner laquelle a la vision la plus juste de l'opposition au pouvoir et a ces dérive est aussi vain que comparer la musique à la peinture. Étant fan des deux univers aussi différents soit il je n'y vois pas uniquement des vision différentes. Les deux on leurs vérités qui peuvent même parfois se compléter, un peu comme le darwinisme et le lamarkisme. Chez Tolkien les juste s'oppose sans ambiguïté a utiliser les moyens de l'ennemi (hormis ceux dont la volonté n'est pas absolu) mais cet univers est très manichéen, une lutte contre un ennemi absolument maléfique et cherchant pouvoir et contrôle comme fin en soit et but absolu. Face a une telle menace aucun doute n'est possible car ses arme feront de ses adversaires un reflet de lui même. Chez Herbert en revanche les enjeux des antagonistes son avant tout plus politique et économique. Bien sûr on trouve toujours les atreides contre de brutal ennemis. Mais ces enjeux moins moral et plus pragmatique nous rapproche davantage de la réalité de notre monde qui est un "mélange de gris plus ou moin clair/foncé" ou parfois l'adversité nous pousse vers des choix moralement discutable ou décider passe par la question : le remède est il pire que le mal. Jusqu'a quel point est il acceptable. Toute notre histoire regorge de ces levier pour le contrôle. Paul a du respect pour les fremen, des scrupules a les tromper. Mais leurs ennemis sont puissants. Comment, étant un étranger, rassembler un peuple fier et replié sur lui même. Est il le pion destiné à être placé la par des marionnettistes depuis longtemps ou utilise il ce courant pour nager plus loin. Gardera il le contrôle ou sombrera il. Quel seront les conséquences. Ces oeuvres sont aussi opposées que complémentaires. Face a une action que nous qualifions de "mal" nous jugeons par instinct avec notre morale d'abord, puis faisons le pour et le contre avec tout les éléments. Tolkien sonde le cœur et l'intégrité, Herbert oppose le pragmatisme et la nécessité aux dérives et conséquences qu'elles engendres. Et les deux visions son indispensables pour être fort et faire face sans finir par ressembler a ce contre quoi on se dresse.
A oui aussi: Si Tolkien a détesté, c'est parce qu'il n'a pas aimé. Faut il forcément avoir une raison d'aimer ou non quelque chose
rez
13/01/2026 à 16:29
attention... les orques étaient des elfes transformés à force de tortures. A la fin, les héros ayant touché l'anneau doivent partir car la graine de la corruption est aussi forte.
Tolkien a fait un boulot énorme, avec ou sans prétention. Il a vendu plus que la bible pendant très longtemps et cela au XXeme siècle en angleterre était une folie.
soyons prudents à l'heure de vouloir résumer son boulot.
Remdeb
02/01/2026 à 10:16
Je n'ai jamais réussi à lire en entier le Seigneur des Anneaux tandis que j'ai lu plusieurs fois les 6 tomes du cycle de Dune. Je ne pourrai donc pas faire de critique comparatif entre entre les 2 oeuvres toutefois je peux vous faire part de la morale que j'ai cru entendre dans Dune.
L'oeuvre de Franck Hebert est très imprégnée de Darwinisme.
Ce que j'ai aimé dans Dune, c'est l'idée d'une humanité matérialiste, cynique envers les religions et les hommes de foi et vaniteuse car elle est persuadée qu'elle peut se prendre en charge en planifiant sa future gouvernance qui s'incarnera dans un Kwisatz Haderach. Mais voilà, un petit grain de sable s'insère dans la belle machinerie politique construite depuis des millénaires par les élites. L'amour d'une femme, Dame Jessica, pour son homme, le Duc Leto chamboule tout. Le Bene Geserit pensait faire la selection génétique elle-même guidée par la seule raison désormais ce seront les principes de vie, reproduction, dissémination, adaptation, amélioration, qui se chargeront de cela grâce aux grands tumultes engendrés par Paul et ses hordes de Fremen puis par son fils Leto suivi de la grande dispersion.
Avant Dune, l'humanité avait appris qu'il ne fallait pas faire de machine qui contrefasse l'esprit humain. Dans Dune, elle apprend aussi qu'il est dangereux de faire le travail de la vie à sa place. On ne joue pas impunément à dieu. La vie reprend ses droits tôt au tard.
Nakisa
02/01/2026 à 19:09
Assez d'accord avec cette analyse comparative. Cependant il serait bon de souligner plus longuement les visions du monde de deux anglo-saxons : les mondes -fabuleux au sens propre du terme -créés par eux s’appuient sur leur culture médiévale pour Tolkien, plus "moderne" pour Herbert, mais ave
Belial
02/01/2026 à 19:19
Ha ha ! Belle analyse, personnellement je suis clairement dans la team Herbert-Dune. Quand on voit le monde actuel et les utilisations de l'outil religieux, les réflexions d'Herbert sont plus que jamais d'actualité, loin des délires mystico bigot (et dangereux) de Tolkien. Salutations également à Villeneuve. Là où Jakson a su tranformer la prose grandiloquente, ennuyeuse et indigeste de Tolkien en quelque chose de regardable et appréciable, Villeneuve a su tranformer le chef d'oeuvre littéraire d'Herbert en choc narratif, artistique et visuel qui ne sublime l'oeuvre.
Stanh
02/01/2026 à 22:15
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JOSE
05/01/2026 à 13:04
Analyse intéressante. Sujet très ambitieux. Je n'avais jamais pensé à faire une telle comparaison et votre analyse me pousse à comparer quelques souvenirs de ces deux œuvres.
- Je me rappelle d'un point commun entre les deux : la puissance de la Voix de l'être (humain ou pas) respecté. C'est à partir du porteur de la Voix respecté que se divise les mondes de Dune et du Seigneur des anneaux, ce qui va définir les forces en présence avant le conflit.
- Puissance mystique du Seigneur des Anneaux (une puissance sans Dieu) versus puissance technologique de Dune (une puissance sans Dieu) ? OUI et NON. Le mysticisme repose sur la croyance de son existence et la puissance est attribuée à ceux, qui sont censés être des mystiques, ce qui fait d'eux des leaders, des Voix. Dans Dune, la Voix vient de l'enseignement transgressif d'une mère à son fils. Dans SdA la Voix est maîtrisée par l'ordre des Magiciens et des Elfes. La Voix des hommes est sans force, la Voix des nains est presque morte. Les Hobbits n'ont pas de Voix, mais ils marchent.
- Dans le SdA, le conflit amène la disparition des êtres mystiques aussi bien ceux du bien, que ceux du mal. Il n'y a plus de porteurs de Voix. C'est l'âge de l'être humain, qui ouvre les yeux sur les temps modernes (fin de la magie). Dans Dune, rien ne change vraiment après le conflit, car la technologie soutient la société. Nous sommes dans les temps modernes : un conflit suit un autre. Tout n'est qu'ambition individuelle, survie et conquête.
- Dans le SdA, le récit est structuré par des valeurs morales puissantes, qui permettent d'identifier les partisans en présence dans le conflit. Ces valeurs sont redécouvertes par les êtres humains à la fin du conflit, ce qui leur permet de créer leur âge. Dans Dune, il n'y a qu'une valeur sous-jacente : utiliser les forces en présence en manipulant les différents partis grâce à leurs valeurs pour mettre la main sur l'EPICE, (produit chimique, qui altère les fonctions cognitives), qui est un déchet de vers géant.
Sans doute pourrais-je poursuivre encore cette comparaison. Je pense pouvoir conclure à ce stade, qu'en effet ces deux œuvres s'opposent frontalement par leurs visions de la civilisation des êtres humains, où se manifeste tout au long de l'Histoire ce conflit entre ces deux approches aussi bien au niveau individuel que collectif.
Bonne journée à tous
Stefan
07/01/2026 à 03:09
Analyse très intéressante mais qui n'explique pas vraiment pourquoi Tolkien n’a pas aimé Dune. On peut aimer un roman sans adhérer à la philosophie de son auteur et inversement. Ce qui à mon sens explique l'impact de Dune est le renoncement à des technologies avancées au profit de para sciences voire carrément de magie. Frank Herbert rejoint ainsi Tolkien dans le refus de se contenter de dépeindre un monde lisse et rationnel, mais avec une aspiration à aider le lecteur à s’en évader un instant. Le nouveau roman et une certaine littérature se complaît dans la description du quotidien de monsieur Toutlemonde. Merci mais Arrakis ou la Terre du Milieu font davantage rêver que le Super U du coin ou la sempiternelle brasserie parisienne dont nos auteurs usent et abusent depuis trop longtemps.
Manu le malin
11/01/2026 à 09:02
Excellente analyse très bien vulgarisée, bravo !
J’ajouterais que cette opposition entre un monde du passé et de la tradition et un monde de l’avenir et de la déconstruction rejoint les réflexions du philosophe et historien Marcel Gauchet sur le passage de l’hétéronomie à l’autonomie. Je conseille notamment la lecture du 4e et dernier tome de L’Avènement de la démocratie.
rez
13/01/2026 à 16:24
Tolkien était plus profond, c'est tout.
On ne compare pas Krishnamurti avec Jodorowsky non plus non?