Il y a des histoires qui semblent tout droit sorties d’un roman d’espionnage ou d’un scénario méticuleusement ficelé. Mais cette fois-ci, la réalité dépasse la fiction. Après dix-sept années d’errance silencieuse, vingt-trois livres rares — dérobés en 2008 dans la prestigieuse Durning-Lawrence Library de la Senate House Library à l’Université de Londres — ont été retrouvés dans une librairie de Barcelone en 2025.
Le 25/12/2025 à 17:55 par Nicolas Gary
1 Réactions | 987 Partages
Publié le :
25/12/2025 à 17:55
1
Commentaires
987
Partages
Le vol fut discret et resta longtemps inexpliqué. La collection Durning-Lawrence, riche d’environ 5 750 ouvrages imprimés entre le XVe et le XXe siècle, comportait des éditions rares de textes littéraires et historiques, des sources shakespeariennes précieuses, des livres emblématiques et des ouvrages anciens d’érudition.
Parmi eux figuraient notamment des éditions de Francis Bacon, dont Sylva Sylvarum, ainsi que des exemplaires rares de premières éditions ou de textes pionniers qui fascinent historiens et amateurs de livres anciens, rappelle l’University of London.
La découverte des pertes en 2008 fut un choc pour les conservateurs. Contrairement à des vols spectaculaires, ces disparitions étaient subtiles, presque invisibles : les volumes s’évaporaient sans bruit, parfois sans laisser de trace évidente d’effraction. Ils finirent sur le marché de l’antiquariat, débarrassés de leurs marques d’appartenance et vendus, au fil des années, à des collectionneurs ou intermédiaires peu méfiants.
L’une des clefs de cette affaire réside dans la coopération entre bibliothécaires, libraires, associations de marchands de livres anciens et autorités policières. Deux lecteurs britanniques avaient, par hasard, acquis des ouvrages provenant de cette collection avant de s’apercevoir de leur origine illégitime, puis de les restituer volontairement.
Grâce à ce geste désintéressé — et à l’aide de la maison de ventes Maggs Brothers —, les enquêteurs traquèrent le reste des volumes jusqu’à un libraire à Barcelone.
Les livres, saisis légalement après que la police espagnole eut levé l’embargo qui les protégeait, furent finalement restitués à leur bibliothèque d’origine. Plusieurs d’entre eux portent encore les blessures de leur long exil : étiquettes arrachées, coins de pages découpés, annotations effacées. Mais aujourd’hui, ils retrouvent leur place légitime sur les rayonnages qui les attendaient depuis près de deux décennies.
Pour l’univers du livre ancien, ce genre de restitution est exceptionnel. Selon la Missing Books Register — une base de données internationale gérée par l’International League of Antiquarian Booksellers (ILAB) pour recenser les livres volés ou disparus — la majorité des œuvres volées ne réapparaît jamais, absorbée dans des collections privées ou des circuits opaques où la traçabilité est impossible.
Cela explique pourquoi le retour des volumes de la Senate House Library provoque une telle émotion : rarement un « happy ending » aussi franc et tangible vient couronner une enquête patrimoniale. Une conservatrice confiait à l’époque que « l’effet de voir revenir des ouvrages qui avaient disparu est un véritable moment de réjouissance, car la restitution de livres volés n’est pas un acquis ».
Ce récit suscite aussi des réflexions plus larges sur la relation entre les livres, leur valeur symbolique et leur place dans la culture populaire. Après tout, les œuvres patrimoniales ne sont pas que des reliques : elles inspirent des générations de lecteurs, d’auteurs, mais aussi de créateurs d’images.
À LIRE - Dix vols spectaculaires et ratés de manuscrits anciens, en bibliothèque
Nombre de textes anciens, tout comme des découvertes d’archives littéraires, ont donné naissance à des adaptations cinématographiques ou télévisuelles qui prolongent leur vie voire leur légende. Ainsi, des récits historiques ou philosophiques trouvent un nouvel écho à l’écran, et ce même lorsqu’ils ont traversé des siècles — et parfois des épreuves plus matérielles.
Une belle image ? Ces volumes, effacés puis retrouvés, racontent a posteriori une histoire de disparition et de renaissance qui ferait frémir n’importe quel scénariste. Une saga littéraire vraie — et peut-être un jour adaptée — où la passion des livres, la patience des chercheurs et la coopération internationale ont triomphé là où l’oubli semblait l’emporter.
Crédits photo : milpek75 CC 0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
1 Commentaire
Lydie Dupont
26/12/2025 à 20:47
Une fantastique saga, ce serait pure merveille si chaque disparition se résolvait ainsi