Il ne s’agit pas d’un de ces bilans qui accompagnent les fins d’années ni d’une projection sur ce que sera celle à venir. Juste d’un partage de nos petites lectures, hors du boulot et des heures de bureau. Celles qu’on se garde pour soi… jusqu’à ce qu’on les partage finalement avec plaisir.
Cumuler expérimentation livresque et graphique, vertige existentiel et adresse à la jeunesse, voici le tour de force accompli par Johanna Schaible, autrice et illustratrice suisse, à l'occasion de son premier livre. Tout parait naturel, au sens propre du terme, dans le récit déployé par cette épopée, qui se chuchote au fil du court album.
Voyage dans le temps, les paysages, les ères et les existences, l'ouvrage de Schaible ouvre sur une ribambelle de possibles et stimule, ce faisant, l'imagination. Pour autant, ses illustrations, entre dessins, peintures, collages, invitent aussi à la contemplation.
En une poignée de pages, Ce qui sera parvient à susciter l'amusement et l'interrogation des plus jeunes, mais aussi à interpeler, surprendre, bousculer toutes les certitudes des plus âgés. On n'en sort pas indemnes, mais avec la certitude de l'ouvrir encore demain.
Ce qui sera, Johanna Schaible, traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud, Éditions La Partie.
Les papillons ne meurent pas de vieillesse (Matz / Bézian) suit un entomologiste qui pense tenir la piste d’un papillon dont l'espèce est déclarée disparue, et part en Amazonie pour vérifier. L’enquête de terrain ouvre sur un récit tendu, où la découverte scientifique peut avoir des conséquences très concrètes (et dangereuses) sur un territoire et ceux qui l’exploitent.
L’album marque par un propos écologique intégré à l’intrigue, bien au-delà du superficiel. Ce propos est soutenu par une critique indirecte du capitalisme, de ses acteurs et de ses conséquences sur notre environnement. Visuellement, le choix d’un noir et blanc presque total, avec des papillons en couleur, fonctionne très bien : chaque papillon redonne de la vie à sa case et apporte un vrai plus à l'esthétique de l'oeuvre.
Mort il y a un bail, Chester Himes est revenu en pleine lumière, grâce à Quarto, rappelant à quel point son œuvre reste l’une des plus radicales du roman noir au XXᵉ siècle. L'afro-américain, marqué par la prison et l’exil, a fait du polar un outil de démystification violente de l’Amérique.
Dans Retour en Afrique par exemple, comme dans les enquêtes d’Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, l’intrigue policière n’est jamais un simple jeu de piste : elle devient une satire féroce des rapports de classe, du racisme structurel et de l’absurdité sociale. Son génie tient à cette alchimie rare entre une verve burlesque, une brutalité assumée et une lucidité politique sans concession. À Harlem, là où « il pleut des coups durs ». Jouissif.
Chester Himes s'inscrit dans une lignée qui fait du roman noir un genre profondément social, que prolongeront plus tard Jean-Patrick Manchette et le néo-polar français. Tous partagent l’idée que le crime n’est jamais isolé, mais produit par des structures économiques et politiques.
L’essai Politiques du polar de Lucie Amir montre cependant combien cette tradition s’est transformée : les auteurs d’aujourd’hui n'ont souvent plus le même passif, et le genre n’est plus aussi subversif. D'ailleurs, outre Himes, Quarto a fait le même coup avec Manchette et Chandler, si jamais.
S’il ne fallait retenir qu’un livre cette année, pour moi, c'est L’Effondrement d’Édouard Louis. Un texte dur, frontal, qui explore un drame familial ravagé par la pauvreté, la violence et l’alcoolisme.
L’auteur y raconte la chute de son frère, sans jamais le nommer. Un choix qui crée une distance glaçante et renforce la brutalité du récit. Dans une démarche quasi investigative, Édouard Louis rassemble souvenirs et témoignages, interroge les femmes qui ont partagé la vie de son frère, et tente de comprendre l’engrenage qui l’a mené à la destruction.
Dès l’ouverture, la sécheresse du ton frappe. Le récit avance par fragments, comme un dossier à charge : « Je n’ai rien ressenti à la mort de mon frère ; ni tristesse, ni désespoir, ni joie, ni plaisir ». L’alcoolisme apparaît comme une force dévastatrice, nourrissant la violence et l’isolement, jusqu’à l’effondrement final.
Mais le livre est aussi traversé par une culpabilité sourde : celle d’un frère parti pour survivre, qui a choisi la rupture pour ne pas sombrer à son tour. L’Effondrement laisse le lecteur profondément marqué. Un texte nécessaire, qui met des mots sur des existences brisées que l’on préfère souvent ne pas voir.
Alain Le Saux, auteur et illustrateur français de livres pour la jeunesse, signe avec Comment élever son papa un petit album malicieusement inversé sur l’éducation parent-enfant. Ce livre de 68 pages, publié chez Rivages en 2003, propose une trentaine de saynètes où l’enfant, narrateur espiègle, délivre des « conseils » pour « éduquer » un père parfois maladroit et gaffeur.
L’humour tendre et le ton facétieux renversent les rôles traditionnels : par l’absurde, c’est la dynamique familiale qui est explorée, révélant la complicité possible entre l’enfant et l’adulte.

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En devenant papa, évidemment, on apprécie l’ouvrage pour sa drôlerie et sa légèreté : cet album aborde avec délicatesse les petits conflits et les maladresses du quotidien, tout en célébrant l’affection qui sous-tend la relation parent-enfant.
Et pour les retardataires qui n'auront pas fourni leurs lectures favorites à temps... tant pis :)
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par La rédaction
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Paru le 13/09/2007
1365 pages
Editions Gallimard
29,00 €
Paru le 15/03/2006
58 pages
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16,50 €
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Paru le 09/04/2025
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