Notre-Dame-des-Démolies

Olivier Vonlanthen

À Montpellier, en 1968, Marthe assassine violemment sa patronne, puis la prépare pour une veillée funèbre avant d’appeler la police et se dénoncer pour ce crime. L’enquête conclut à un acte de démence. Marthe est au service des autres depuis son enfance en Suisse à Ueberstorf, elle reproduit le schéma maternel avec dévotion et trime dur pour survivre.

Une vie passée à obéir et à servir sans jamais rechigner ni se plaindre, toujours à s’excuser si une tâche semble bâclée. Fruste, indigente, une foi presque sauvage, brute, Marthe construit une vie nomade dans les différentes familles qui l’emploient et si elle ressent une certaine fierté du travail accompli, sa santé mentale décline dans une forme sombre de combat contre un monstre qui menace à tout instant les autres et qui la terrifie.

Notre Dame des Démolies ne propose pas un récit linéaire, c’est une narration fragmentée qui remonte le cours du temps afin de comprendre l’origine de cette foi tapie dans un gouffre noir. Une révélation quasi mystique du mal prend naissance dans une souffrance vécue à l’école et dans le foyer. Marthe, victime de brimades, peut-être même de violences sexuelles, a de la peine à s’exprimer, et peu à peu, c’est un langage d’angoisse qui prend possession de sa raison.

On se perd dans la tête de Marthe comme on se perd dans les phrases étirées, alambiquées de l’auteur qui trahissent une pensée confuse, dans laquelle l’héroïne mélange parfois réalité et frayeurs. Une autre Marthe dans le passage de l’évangéliste Luc résume à elle seule l’itinéraire de la meurtrière : alors qu’elle s’affaire à bien recevoir Jésus, sa sœur Marie écoute les paroles du Christ. Elle s’en plaint auprès du prophète qui lui répond que « Marie a choisi la bonne part ».

C’est la « mauvaise part » qu’a choisie Marthe, celle de se laisser humilier, mépriser, rejeter, à force d’être au service des autres. Naît alors une forme d’angoisse qui prend des allures de délires et qui aboutit à des envies de se libérer en tuant la bête qui sommeille en chaque âme.

Olivier Vonlanthen donne de sa voix pour mieux nous faire comprendre une trajectoire d’exploitée, prenant ainsi le parti d’une explication sociale plus que psychiatrique : la misère n’est pas seulement matérielle, elle est une solitude infinie qui engendre des maux incurables. Marthe n’est pas démente, c’est une handicapée sociale qui a trouvé dans une piété dévorante, un refuge et un remède pour se sauver de la morgue des autres.

Une michronique de
Christian Dorsan

Publiée le
15/12/2025 à 10:19

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3 Commentaires

 

laetitia pacareau

18/12/2025 à 20:15

"Frustre*" n'existe pas, il faut écrire/dire "fruste".

laetitia pacareau

18/12/2025 à 20:16

La forme correcte est : "celle de se laisser humilier, méprise, rejeter". Dans un magazine littéraire c'est grave. Offrez-vous Antidote™.

laetitia.pacareau@orange.fr

18/12/2025 à 20:17

la formulation correcte est : "une forme d’angoisse qui prend des allures de délires et qui aboutit**"

Notre-Dame-des-Démolies

Olivier Vonlanthen

Paru le 09/12/2025

130 pages

La Veilleuse Editions

19,00 €