La dyslexie complique l’apprentissage de la lecture, mais des solutions existent pour accompagner les enfants comme les adultes. Sandra Todorovic, fondatrice de la maison d’édition ZTL-ZéTooLu, travaille depuis des années sur des ouvrages pensés pour faciliter la lecture. Elle évoque les différentes formes de dyslexie et l’apport de typographies adaptées. Dans cet entretien, elle raconte comment son parcours personnel nourrit son travail éditorial.
La dyslexie n’est pas une maladie, mais un trouble cognitif. Il se manifeste principalement pendant l’enfance lors des apprentissages de la lecture. L’enfant a du mal à associer des sons à des lettres, d’où une confusion à l’écrit pour l’orthographe et des difficultés à la lecture. Le cerveau analyse les sons des mots que nous entendons, chez le dyslexique, ces sons ne sont pas forcément assimilés à des lettres, puis à des mots, ce qui entraine des difficultés de compréhension de texte ou de restitution par écrit.
Cela peut se traduire par :
Une gêne dans d’identification des lettres (entre le « f » et le « t », le « n » et « r », le « p » et « q », le « b » et « d » ainsi que le « a » et le « e » dans certaines polices de caractères).
Des difficultés auditives entre le « p » et le « b », le « t » et le « d », le « s » et le « z ».
Des omissions auditives (ex. : « tabe » au lieu de « table », « pote » pour « porte »).
Des confusions des syllabes ou des mots présentant des similitudes (par exemple entre « fâche » et « tache »).
Des inversions de lettres fréquentes (par exemple : « por » au lieu de « pro », « bla » pour « bal », « fitre » pour « frite »), voire des inversions ou fusions de mots.
Des ajouts de lettres ( par exemple : « escapade » devient « cascapade »).
Ces troubles engendrent un manque de concentration et de mémorisation chez certaines personnes. Les spécialistes font une distinction entre la dyslexie orale et celle écrite nommée dysorthographie (fautes d’orthographe) et dysgraphie (difficultés à écrire). Ces troubles n’altèrnent en aucun cas les facultés intellectuelles de l’individu, mais occasionnent des lenteurs dans l’assimilation des informations. Ainsi, un dyslexique adulte rencontrera des difficultés pour comprendre des consignes écrites dans le cadre de son travail ou pour un élève, l’intitulé d’un exercice.
Il n’y a pas de traitement médicamenteux : un orthophoniste, un ergothérapeute ou un ORL peuvent aider et accompagner le dyslexique, parfois, ce sera un neurologue ou dans certains cas, un psychologue.
Des chercheurs associent l’idée que la dyslexie peut être génétique, 40 % à 60 % des enfants ayant un parent dyslexique pouvant hériter de ce trouble, mais ce constat n’est pas encore avéré. Il peut résulter également d’un environnement social ou familial peu enclin à la lecture ou d’un manque significatif d’accès à la culture, cela peut venir aussi de parents rencontrant des difficultés de langage ou/et illettrés. Dans tous ces cas, il faut créer un entourage stimulant et aider émotionnellement pour ne pas décourager l’enfant.
Pour venir en aide à la lecture, des maisons d’édition, spécialisées dans la jeunesse, ont mis en place une police de caractère particulière pour contourner la difficulté. Elle se distingue entre autres par des lettres inclinées et une ouverture plus grande pour distinguer les lettres « jumelles », des majuscules et la ponctuation en gras, des lettres de différentes hauteurs, des lettres plus hautes que larges. Les mots sont également plus espacés pour éviter la confusion entre les mots et les lettres.
Depuis 2017, ZTl-ZéTooLu continue à évoluer et innover pour toujours se renouveler et offrir un éventail de lecture pour les dyslexiques, mais pas seulement. Les livres s’adressent à un large public, petit ou grand. Et Sandra Todorovic (qui se surnomme « éDYStrice ZéTooLienne ») n’a pas encore dévoilé toutes ses idées…
ActuaLitté : Comment détecte-t-on les différentes formes de dyslexie ?
Sandra Todorovic : En observant son enfant. Les parents sentent qu’il y a quelque chose de différent. Les enseignants bien souvent confirmeront que l’apprentissage est laborieux. L’orthophoniste diagnostiquera les dyslexies. Nous avons souvent plusieurs dyslexies associées, ou associées à un autre trouble.
Comment est née l’idée de créer une maison d’édition pour les personnes dyslexiques ?
Sandra Todorovic : Tout naturellement. En échangeant avec des enfants concernés aujourd’hui, je me suis rendu compte qu’ils rencontraient les mêmes difficultés que moi il y a 45 ans. Que nombre de parents et enseignants cherchaient des solutions autres que celles déjà proposées. Donc j’ai mis en place dans nos livres ce qui m’aide depuis toujours. ZTl-ZéTooLu avec sa méthode de Lecture Confortable est pour tous les lecteurs. L’objectif est justement de ne plus mettre d’étiquette, de n’être qu’un lecteur parmi d’autres. C’est une vraie volonté.
Pouvez nous expliquer en quoi la typographie peut aider à la compréhension d’un texte ? En existe-t-il plusieurs ?
Sandra Todorovic : Chaque dyslexique est différent. Donc, même si sous ce terme on pense y trouver les mêmes problématiques, c’est faux. Il existe plusieurs polices d’écriture qui vont convenir à différents dyslexiques, mais pas forcément à tous.
Je m’explique : Opendys, ou police de Boer, est une police dite « lestée » pour que les lettres ne « tournent pas ». Ce serait la formule magique, à en écouter certains, pour que chaque dyslexique ait accès à la lecture.
En fait, non ! Pour moi, par exemple, qui suis multi dyslexique depuis 50 ans cette police me fatigue, elle me demande plus de concentration. Bref, plus il y aura de propositions, plus les dyslexiques auront la chance de trouver leur solution d’aide.
Quelles sont les principales difficultés de lecture ?
Sandra Todorovic : Le non-décryptage ou la non-compréhension de sens de la phrase, mais aussi, pour beaucoup, la police d’écriture, qui peut également être un problème, la taille, la pagination, le format du livre.
Comment remédier à la dyslexie ?
Sandra Todorovic : On ne soigne pas la dyslexie, ce n’est pas une maladie. Nous sommes les meilleurs magiciens au monde, car nous compensons et fournissons moult efforts pour être à niveau… Mais c’est fatigant !
Les associations APEDYS, la Fédération Française des DYS- (FFDys), etc., sont de très bonnes sources pour trouver l’aide et les conseils nécessaires pour accompagner une personne dyslexique dans son parcours d’apprentissages, quotidiens, scolaires et autres.
Qui vient vous voir sur les stands : parents ou enfants ?
Sandra Todorovic : Les deux, parents et enfants. Ces derniers trouvent du confort et de l’aide dans nos publications et y reviennent. Les enseignants très souvent également. Ils cherchent une proposition douce, confortable pour se rabibocher avec la lecture. Des orthophonistes qui, sur constat d’enfants ou d’adultes, viennent prendre nos livres pour leur patientèle.
Votre lectorat s’élargit aujourd’hui avec des romans fantasy pour adolescents, de la romance et prochainement, un policier. Vous proposez désormais une collection tournée vers l’Histoire, quelle en est la motivation ?
Sandra Todorovic : En effet, une collection est orientée sur les deux Guerres, à travers différents regards. La motivation est de ne pas oublier ! Les livres sont des passeurs d’histoires, la grande Histoire en fait partie.
Qui peut encore témoigner de la Première Guerre mondiale aujourd’hui ? Les livres ! Nous avons un devoir de mémoire pour les générations futures… Même si hier est déjà revenu. Il faut vraiment conserver ce droit à la culture, ce droit de lire, de savoir, sinon cela recommence.
Votre politique est de travailler avec des auteurs et des illustrateurs de votre secteur.
Sandra Todorovic : En priorité, oui. Mais pas que. 80 % des artistes sont à moins d’une heure de route de la maison d'édition. C’est plus agréable de travailler autour d’un chocolat chaud et de petits gâteaux que derrière un ordinateur ou par téléphone.
Depuis 2017 et la création de ZéTooLu, votre maison d’édition s'est bien implantée, sans faire appel à un distributeur. Diriez-vous que le modèle est viable ?
Sandra Todorovic : Ne pas faire appel à un distributeur, c’était le cas jusqu’à janvier 2025. En effet pour des raisons écologiques et économiques je faisais tout, toute seule. Depuis mars 2025, nous sommes trois collègues et Liza, mon associée, met la diffusion et la distribution en place, de façon raisonnée avec Myosiris. Pour ce qui est de la viabilité de notre modèle, il est compliqué, mais en bonne dys, l’effort, ça me connaît !
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Prise à temps, la dyslexie peut être atténuée, et les éditeurs et éditrices, grâce à des polices de caractères, proposent des solutions à la lecture pour les plus jeunes.
Crédit photo : ZTL-ZéTooLu
Par Christian Dorsan
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 01/11/2022
38 pages
Editions ZTL
8,00 €
Paru le 01/11/2022
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Paru le 01/11/2022
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