Trois jours après l’annonce d’un accord de rachat entre Warner Bros Discovery (WBD) et Netflix, Paramount Skydance a déclenché une offensive spectaculaire : une OPA hostile de 108,4 milliards de dollars, soit l'une des plus importantes propositions jamais formulées dans l’histoire du divertissement. L’opération bouleverse brutalement une négociation que Warner croyait quasiment finalisée et plonge toute l’industrie dans un duel où se mêlent argent, pouvoir, influence géopolitique et pression politique au sommet de l’État américain.
Le 09/12/2025 à 13:48 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
09/12/2025 à 13:48
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Vendredi, Warner Bros Discovery avait choisi Netflix comme acquéreur privilégié après des mois d’enchères. Le géant du streaming proposait 72 milliards de dollars en cash et en actions pour racheter Warner Bros, HBO, HBO Max et ses franchises emblématiques, 10 milliards de dollars de reprise de dette, portant l’ensemble à 82,7 milliards de dollars.
L'offre de Netflix prévoyait notamment de conserver et valoriser les productions cinématographiques, mais cette victoire de Netflix aura duré… quatre jours. Lundi matin, David Ellison, PDG de Paramount Skydance et fils du milliardaire Larry Ellison, cofondateur d’Oracle, a annoncé le dépôt d’une offre hostile de 30 dollars par action, entièrement en numéraire. Une démarche exceptionnelle, qui contourne la direction de Warner pour s’adresser directement à ses actionnaires.
« Nous n’avons jamais eu de réponse », a expliqué Ellison à CNBC, racontant que même leur dernière proposition déposée quelques heures avant l’annonce de Netflix était restée lettre morte.
Selon les documents réglementaires publiés dans la journée, le financement est aussi spectaculaire qu’inédit : 11,8 milliards apportés par la famille Ellison, 24 milliards provenant de trois fonds souverains du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Abou Dhabi), des apports de RedBird Capital, et surtout, la participation du fonds Affinity Partners, dirigé par Jared Kushner, gendre du président Donald Trump.
Une « coalition » internationale dans laquelle les fonds du Golfe et Kushner « s’engagent à renoncer à tout droit de gouvernance », afin d’éviter les critiques sur une éventuelle ingérence, partage Hollywood Reporter. Paramount insiste sur la simplicité de son offre : du cash, tout de suite, sans montage compliqué.
L’arrivée d’Affinity Partners ajoute une nouvelle dimension politique à la bataille. Rappelons que tout accord devra être approuvé par l’administration Trump. Warner possède CNN, chaîne ouvertement attaquée depuis des années par le président américain. Ce dernier n’a d'ailleurs jamais caché son hostilité à une fusion Netflix–Warner. La veille même de l’annonce de Paramount, il déclarait : « Netflix a déjà une très grosse part de marché. Avec Warner Bros, ce serait encore plus. Cela pourrait être un problème. Je serai impliqué dans la décision. »
Le LA Times cite l’analyste Blair Levin : « Les tribunaux et le public ont toujours considéré l’implication présidentielle dans des procédures antitrust comme problématique. » En d’autres termes : si Trump bloque Netflix et facilite Paramount, l’affaire pourrait exploser sur le terrain constitutionnel.
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La situation actuelle rappelle 2018, lorsque l’administration Trump avait tenté, sans succès, d’empêcher AT&T d’acquérir Time Warner - aujourd’hui Warner Bros Discovery. Le procès antitrust avait alors duré près de deux ans. L'ironie est que Paramount a engagé Makan Delrahim, l’ancien responsable antitrust… de Donald Trump. Celui-là même qui avait tenté de bloquer AT&T.
De son côté, La Writers Guild of America (WGA) a clairement exprimé son opposition à la fusion entre Netflix et Warner Bros. Discovery, appelant les autorités à bloquer le projet. Selon le syndicat, « la plus grande plateforme de streaming du monde avalant l’un de ses plus grands concurrents » constitue exactement le type de situation que les lois antitrust sont censées empêcher. Ils mettent en garde : le rachat risquerait de supprimer des emplois, de faire baisser les salaires, d’aggraver les conditions de travail pour les professionnels du secteur, d’augmenter les prix pour les consommateurs et de réduire la diversité des contenus disponibles.
En Europe, l’organisation représentant les exploitants de salles, UNIC, a également dénoncé le projet. Dans un communiqué publié peu après l’annonce, elle estime que l’opération « échoue en tous points » à protéger le secteur de l’exploitation cinématographique. Selon elle, si un studio comme Warner disparaît, les cinémas auront mécaniquement moins de films à programmer, ce qui met en péril non seulement les revenus des salles mais aussi de nombreux emplois. UNIC souligne que le modèle de Netflix, historiquement peu favorable aux sorties en salles et aux fenêtres d’exploitation classiques, menace la pérennité du cinéma en salle, des multiplexes aux petits cinémas indépendants.
Aux États-Unis, les exploitants de salles ne sont pas en reste. Plusieurs associations évoquent « une menace sans précédent » face à ce que pourrait devenir un Hollywood monopolisé. Pour eux, la fusion ne signerait pas simplement un changement de propriétaire, mais une remise en cause profonde du modèle d’exploitation cinématographique traditionnel, fondé sur la diversité des studios, des films et des fenêtres de diffusion.
Ted Sarandos, Directeur général de Netflix, pour répondre aux inquiétudes, déclarait lundi : « Nous continuerons de distribuer les films Warner Bros en salles. » Mais beaucoup notent qu’il ne s’agit pas d’un engagement juridiquement contraignant.
Selon Paramount, une fusion avec Warner permettrait de remettre plus de trente films par an sur les écrans, de relancer le système des studios et de renforcer la concurrence face à Disney. « Nous croyons que notre offre créera un Hollywood plus fort », affirme David Ellison. « Plus de création, plus de production, plus de films en salles. » Le groupe avance également des synergies estimées à six milliards de dollars, essentiellement dans les services administratifs et technologiques, tout en assurant que les équipes créatives ne seraient pas touchées.
Le PDG de Warner, David Zaslav, pourrait toucher plusieurs centaines de millions de dollars si l’un des accords se concrétise, mais son rôle reste incertain. Pour l’heure, le conseil d’administration réaffirme publiquement son soutien à l’offre de Netflix, rappelant qu’il examinera la proposition de Paramount Skydance conformément aux clauses qui les lient et recommandant aux actionnaires de ne prendre aucune décision immédiate.
L’OPA hostile déposée par Paramount court jusqu’au 8 janvier 2026, laissant aux actionnaires un délai pour trancher entre l’offre en numéraire de David Ellison, l’accord conclu avec Netflix ou l’attente d’une éventuelle surenchère. L’avenir de Warner Bros, héritier de Casablanca, Harry Potter, Barbie ou Batman, se retrouve ainsi placé au cœur d’un affrontement susceptible de remodeler l’ensemble du paysage du cinéma, du streaming et des médias mondiaux.
La perspective d’un rachat par Netflix ou par Paramount Skydance ne se résume pas à un combat financier - elle s’inscrit aussi dans une guerre culturelle de grande ampleur. Warner, pilier historique d’Hollywood, est souvent perçu comme incarnant une sensibilité majoritairement libérale. Ses chaînes comme CNN sont régulièrement visées par les critiques conservatrices, et sa programmation tant cinématographique que télévisuelle s’est historiquement inscrite dans un univers progressiste, où les sujets sociétaux, la diversité et la liberté d’expression occupent une large place.
Dans ce cadre, un rachat par Netflix - lui-même identifié à des valeurs plutôt progressistes voire « woke » - serait vu comme la consolidation d’un bastion culturel libéral.
À l’inverse, Paramount Skydance - via l’implication de David Ellison, de Affinity Partners, et des soutiens financiers proches de l’administration Trump - est souvent associé à des orientations plus conservatrices. Certains observateurs estiment que cette prise de contrôle représente une tentative d’influencer l’opinion publique, par le biais des médias, vers des valeurs plus traditionnelles ou alignées avec la droite américaine. Ce duel risque de redessiner non seulement la structure industrielle du divertissement, mais aussi les lignes de fractures culturelles et politiques dans le monde médiatique.
Crédits photo : Coolcaesar (CC BY-SA 4.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
1 Commentaire
Kuroki Tomoko
11/12/2025 à 06:16
Franchement avec Netflix on risque une position beaucoup trop dominante et le risque de la disparition des sorties en salles et en éditions physiques (avec tous les "dangers" de ne pas posséder "ses" Films = French Connection) mais idéologiquement parlant ils sont quand même mieux.
De l'autre nous avons une alliance 🤮 entre extrême droite (y compris Sionistes d'extrême droite) et islamo-droitisme 🤪. Difficile de dire ce que pourrait faire un David Ellison et qui aurait le pouvoir lui ou son père Larry Ellison. Pour la partie « Plus de création, plus de production, plus de films en salles. » c'est déjà un mensonge Taylor Sheridan a déjà quitté Paramount+ alors qu'il en était LA STAR à cause des restrictions budgétaires à cause de la précédente acquisition (Paramount par Skydance) alors avec 108 milliards de moins dans le circuit 🤔. En plus la base MAGA se fout complètement du Cinéma et et des Séries (on a pu voir le "soutient" inconditionnel des MAGA avec les "succès" de Sydney Sweeney et Sylvester Stallone et Mel Gibson dernièrement (je vais en canceled aucun moi par contre mais je sélectionne par contre ; pas intéressé par "The Resurrection of the Christ: Part Two" ni les derniers Films de Stallone en DTV je regarde la S3 de "Tulsa King" et je suis intéressé par " L'Homme de Rio (2026)" ou "La Femme de ménage" ou "Christy" et "Barbarella (2026)" et si il sort "Lethal Weapon 5"). Donc pas sur que Skydance Paramount se mettent à faire de la propagande du GOP/MAGA* (sont pas dingue non plus de miser sur ce cheval légèrement boiteux en France Bolloré le fait pas par exemple), et grosse incertitude sur la capacité financière de la possible nouvelle entité "Warner Paramount Skydance" (HBO Max et Paramount+ sont très minoritaire).
*😡 les MAGA rachetant "Warner" qui est le studio qui a quitté l'Allemagne nazi durant la 2eme guerre mondiale👊
Bref, "The dark side clouds everything"