L’essai Réduire au silence de la juriste Sophie Lemaître s’est vu décerner le prix Renaud Van Ruymbeke, organisé par Transparency International France (TI) en partenariat avec Le Nouvel Obs. Une distinction créée en hommage au magistrat emblématique des grandes affaires politico-financières, reconnu pour son engagement en faveur de l’intégrité publique.
Le 08/12/2025 à 18:15 par Hocine Bouhadjera
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08/12/2025 à 18:15
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Ce prix entend récompenser des ouvrages – enquêtes ou fictions – capables de rendre accessibles au grand public les mécanismes complexes qui fragilisent nos démocraties : corruption, manipulation du droit, menaces sur la liberté d’informer ou pressions exercées sur la société civile.
Dans Réduire au silence, publié aux éditions Rue de l’Échiquier, Sophie Lemaître analyse les stratégies par lesquelles le droit peut être détourné pour intimider, censurer ou neutraliser journalistes, lanceurs d’alerte et ONG.
L’autrice montre comment différentes dispositions – diffamation, secret des affaires, lois antiterroristes, règlementation anti-blanchiment, enregistrement des « agents de l’étranger » – peuvent être instrumentalisées pour faire taire celles et ceux qui surveillent les puissants.
S’appuyant sur des affaires récentes en France et à l’international, l’essai avertit d’une dynamique globale : celle d’un lawfare de plus en plus agressif, où le droit devient une arme contre la société civile. Sophie Lemaître propose également une « boîte à outils » citoyenne, afin de permettre au public de mieux comprendre ces attaques et d’y résister.
Pour Caroline Michel-Aguirre, journaliste au Nouvel Obs et présidente du jury, ce livre se révèle indispensable : « À titre personnel, en tant que journaliste, je me suis sentie moins seule en lisant ces expériences partagées par d’autres. » Transparency International France partage ce constat : « Cet essai implacable démontre comment le droit peut être instrumentalisé pour intimider ou faire taire ceux qui veillent au bon fonctionnement de nos démocraties. »
L’ONG souligne combien les analyses de Sophie Lemaître rejoignent ce qu’elle observe sur le terrain. Partout en Europe et au-delà, la restriction de l’espace civique s’intensifie : en Hongrie, le chapitre local de TI a subi des tentatives d’intimidation après une enquête gênante pour le pouvoir ; en Géorgie, les membres de l’organisation risquent l’exil, comme leurs homologues russes ou vénézuéliens ; en France, si la situation n’est pas comparable, TI se voit de plus en plus souvent mise en cause lorsqu’elle saisit la HATVP ou la CNCCFP. Le président de TI France, Patrick Lefas, rappelait récemment dans Le Monde : « La stigmatisation des ONG est devenue systémique. »
Docteure en droit, spécialiste des flux financiers illicites, de la criminalité environnementale, de la corruption et de la protection de la société civile, Sophie Lemaître a travaillé pour la FAO (ONU), l’association Sherpa, l'U4 Anti-Corruption Resource Centre (Norvège). Récompensée par plusieurs prix universitaires, elle est aujourd’hui membre de l’IODE (Université Rennes 1), membre de l’UNCAC Coalition, créatrice du premier podcast francophone consacré à la lutte contre la corruption, Sophie au pays des possibles.
Créé cette année, le prix rend hommage à Renaud Van Ruymbeke, magistrat engagé, fut au cœur de nombreuses affaires politico-financières (Urba, Clearstream, Karachi…). Le prix porte sa marque : rigueur, indépendance et défense de l’État de droit. L’objectif : encourager la production d’ouvrages qui éclairent les mécanismes de corruption, d’accaparement des ressources, de détournement de pouvoir, et qui nourrissent la réflexion publique.
Avant de distinguer Réduire au silence, le jury avait retenu une sélection composée de :
Narcocratie, Vincent Monnier (Albin Michel) – enquête sur les cartels de la drogue et leurs ramifications corruptives.
Sauver l’information de l’emprise des milliardaires, Olivier Legrain & Vincent Edin (Payot) – plaidoyer pour une presse réellement indépendante.
Un pouvoir malhonnête, Frédéric Monier (Champ Vallon) – analyse historique de la corruption publique en France.
Ce que l’empire Nestlé vous cache, Bernard Nicolas & Yasmine Motarjemi (Robert Laffont) – le combat d’une lanceuse d’alerte contre le géant agroalimentaire.
Personne morale, Justine Augier (Actes Sud) – récit haletant autour de l’affaire Lafarge en Syrie.
Chasseurs d’État, Benjamin Lemoine (La Découverte) – plongée dans les pratiques des « fonds vautours ».
Les nouveaux oligarques, Thomas Snégaroff & Philippe Corbé (Les Arènes) – enquête sur les magnats de la tech américaine.
Les Ogres, Victor Castanet (Flammarion) – investigation sur les dérives du secteur de la petite enfance.
La pieuvre de Téhéran, Emmanuel Razavi & Jean-Marie Montali (Cerf) – enquête sur les réseaux d’influence iraniens.
Réduire au silence, Sophie Lemaître (Rue de l’Échiquier) – finalement couronné par le prix.
Retrouver la liste des prix littéraires français et francophones
Crédits photo : Rue de l’Échiquier
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 02/09/2025
224 pages
Rue de l'échiquier
21,00 €
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