Le 27 novembre au soir, plus de 250 personnes se sont rassemblées place de la République, à Paris, pour dénoncer la multiplication d’attaques, d’intimidations et de campagnes de harcèlement visant des librairies indépendantes.
Le 28/11/2025 à 14:21 par Auteur invité
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28/11/2025 à 14:21
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À l’initiative d’un collectif informel de salarié·es de librairie, rejoint par la CGT Commerce et Services et par SUD Métiers du Livre, la mobilisation entendait répondre à une violence croissante exercée par des groupuscules d’extrême droite et « des réseaux sionistes radicaux », mais aussi aux relais politiques et médiatiques « qui banalisent ou amplifient ces agressions ».
Autour de la statue de la République, derrière une banderole « Face aux attaques de librairie – Riposte antifasciste », les prises de parole se sont succédé. Une syndicaliste de la CGT Librairie a rappelé la nécessité pour les employé·es de s’organiser, quitte à assumer des choix antifascistes que les directions refusent — comme celui de ne pas vendre certains titres. Une représentante de SUD Métiers du Livre a évoqué les agressions de libraires à Lyon en 2020 et présenté un tract d’autodéfense judiciaire.
Des représentantes de la librairie associative La Libre Pensée et de la maison d’édition La Fabrique ont témoigné des attaques répétées contre leurs structures, dans un climat où les voix dissidentes sont régulièrement ciblées. Le patron de Petite Égypte, récemment vandalisée, est également intervenu, tout comme Omar Alsoumi (Urgence Palestine), rappelant la situation à Gaza et la place essentielle des librairies comme espaces de pensée critique. Un collectif de traducteur·ices a enfin pris la parole.
Le rassemblement, rythmé par des slogans antifascistes et en soutien au peuple palestinien, s’est dispersé vers 21h30 après des appels à rejoindre les prochaines mobilisations : la manifestation du 29 novembre à République, le rassemblement contre les Nuits du Bien Commun le 4 décembre, et la grève du 18 décembre « Une journée sans nous », en soutien aux collectifs de sans-papiers.
À LIRE - Face aux agressions, des libraires appellent à une riposte antifasciste
Nous publions ci-dessous, en tribune, la retranscription complète de l’intervention du collectif organisateur. Cette tribune reflète, bien sûr, la position de ses auteur·es, et constitue un document d’intérêt pour le débat public au sein du monde du livre.
Bonjour à tous et à toutes, merci à vous d'être présents et présentes,
Ce rassemblement a été organisé par un collectif informel d'employé.es de librairies qui se rassemble depuis quelques semaines pour échanger au sujet d'une recrudescence d'intimidations, d'attaques et de harcèlements fascistes et sionistes, et pour réfléchir collectivement à une riposte. Depuis le 7 octobre 2023 et le tournant génocidaire de l'État d'Israël qui s'en est suivi, ainsi que depuis les succès électoraux sans précédent du RN à l'été 2024, les tensions politiques qui pouvaient déjà auparavant se cristalliser dans les librairies se sont transformées, comme dans le reste de la société, en un torrent de haine décomplexé.
Ces actes d'agressions viennent pour l'essentiel de groupuscules et de réseaux d'extrêmes droites et/ou sionistes tels que Tous Résistants ou Nous Vivrons, mais repris opportunément par des acteurs politiques supposément plus modérés ou républicains, bien que visiblement tout aussi violents, racistes et autoritaires. Ces actes ont lieu en ligne, sur les réseaux sociaux, ou dans les librairies même, selon diverses modalités.
Citons Petite Egypte, dans le centre de Paris, il y a dix jours, vandalisée à l'acide par un slogan du reste putophobe et sexiste à l'égard de la rapporteuse spéciale de l'ONU sur les territoires palestiniens, Francesca Albanese, que la librairie recevait.
Mais aussi, en juin dernier, la serrure remplie de colle et la vitrine taguée de la librairie Les Jours Heureux, à Rosny-sous-Bois, en réaction à la tenue d'un évènement autour d'un livre des éditions Libertalia sur les refuzniks de l'armée israélienne.
Mais aussi la librairie Transit à Marseille, où, le 12 novembre dernier, un évènement en présence du collectif juif décolonial Tsedek a été interrompu par un groupe de manifestants faisant partie de Nous Vivrons, et s'est poursuivi par une campagne de harcèlement et de diffamation en ligne.
Citons, enfin, le cas le plus médiatisé et le plus grave contre la librairie Violette and Co, toute proche d'ici, dont les employées ont vécu toute la panoplie possible d'actes violents constatés dans d'autres lieux, et tout cela pour la mise en vitrine d'un livre de coloriage soutenant la lutte du peuple Palestinien.
Intimidations sur place par un groupe de cinq personnes, vitrine taguée à l'acide, cyberharcèlement, appels téléphoniques insultants, menaces de mort, le tout aidé par les médias de Vincent Bolloré, qui se sont fait le relai de cette campagne de harcèlement massif, dans une illustration typique des mécanismes médiatiques cyniques de la fachosphère.
Et ce n'est pas fini, car il y a une semaine exactement, au Conseil de Paris, l'opposition de droite qui s'était aussi faite le relai des accusations infondées d'antisémitisme contre nos consoeurs, a réussi à bloquer une subvention exceptionnelle de la mairie de Paris à 40 librairies parisiennes, tout cela pour punir spécifiquement la librairie Violette and Co.

Gardez bien en tête que malgré leur côté spectaculaire, ces quelques cas cités ne sont que la partie émergée de l'iceberg. En effet, nous pouvons recenser des dizaines de cas depuis quelques mois. Beaucoup n'ont même pas été médiatisés, a fortiori dans certaines librairies où les patrons, rompant toute solidarité avec leurs employé.es, ont décidé de céder aux intimidations des harceleurs.
Il est important de rappeler que ces intimidations s'inscrivent par ailleurs dans un contexte de stigmatisation, de répression et de criminalisation démesurée du mouvement de soutien à la lutte palestinienne, issue d'un spectre allant de ces groupuscules violents à l'Etat lui-même, qui soutient la politique coloniale et génocidaire d'Israël.
Il est également important de noter qu'à ces attaques « extérieures » s'ajoute une offensive réactionnaire insidieuse par les livres eux-même, c'est-à-dire par la radicalisation droitière de certains catalogues éditoriaux. Si la bollorisation du groupe Hachette en est le symptôme le plus apparent, ces dynamiques se remarquent également dans le catalogue d'autres maisons d'édition. Le cynisme de ces démarches est tel que le caractère réactionnaire de ces livres est caché à leurs propres représentants commerciaux, qui sont donc incapable d'expliquer la teneur politique réelle des livres qu'ils vendent à leur client, c'est-à-dire nous, libraires.
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Dans de nombreux cas, nous découvrons à la date de sortie des livres, une fois que nous les avons achetés et en mains, qu'ils sont contraire à la ligne éditoriale progressiste et antifasciste que l'on souhaite pour nos librairies.
Contre toutes ces tentatives d'influence et d'ingérence réactionnaire sur nos lieux de travail et sur les lignes éditoriales que nous choisissons pour nos librairies, nous répondons que nous ne cèderons pas d'un pouce. Nous ne pratiquons pas ce métier car nous aurions une supposée fibre commerçante, mais parce que nous croyons dans le pouvoir des livres pour développer l'esprit critique et rétablir des vérités dans un paysage médiatique et politique dominé par les infox venant de la droite de l'échiquier politique.
Nous réaffirmons donc notre indignation, notre colère et notre volonté contre ces tentatives d'intimidations. Nous réaffirmons aussi notre volonté de contrer les stratégies trompeuses de maisons d'édition de plus en plus fascisantes.
Nous rappelons également que ce message ne s'adresse pas seulement aux groupes fascistes et sionistes qui nous attaquent, ainsi qu'aux idiots utiles des droites institutionnelles et médiatiques qui les soutiennent, mais également à certains de nos patrons. Lorsque ceux-ci décident de ne pas soutenir leurs employé.es qui sont pourtant en première ligne contre ces agressions, lorsque ceux-ci décident de céder aux intimidations des harceleurs, voire d'accuser à leur tour leurs propres employé.es dans des tons politiquement confus et parfois délirants, ils trahissent leur responsabilité « d'assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » tel que prévu par le code du Travail, et ils trahissent notre propre travail au quotidien.
À eux nous disons aussi : nous ne transigerons ni sur notre sécurité physique et mentale, ni sur notre volonté de faire notre métier avec des considérations éthiques et politiques, ni sur notre soutien à la résistance palestinienne et aux mobilisations de solidarité dont elle fait l'objet partout dans le monde. Nous leur disons aussi : ne pas céder à ces intimidations et ne pas se faire le relai de la propagande d'un État génocidaire n'est pas une affaire de courage, mais de rectitude morale.
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Nous appelons à une riposte collective des employé.es de librairies pour faire valoir cette ligne avec les exigences particulières que nos positions de salarié.es impliquent. Si certains et certaines d'entre elles et eux sont là ce soir et ont envie de nous rejoindre, qu'elles et ils se manifestent auprès de nous. Nous appelons également, enfin, au soutien du reste du monde du livre, et au-delà, de la société civile, pour que cesse ces intimidations et pour que nous puissions pratiquer nos métiers dans des conditions normales.
Merci à tous
Crédits photo : Collectif Riposte Antifasciste
Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com
3 Commentaires
Laure
29/11/2025 à 16:52
Bravo à vous et Merci, vous avez tout mon soutien.
nico
29/11/2025 à 18:49
merci et bravo pour votre action, tout mon soutien.
Aurélien Terrassier
01/12/2025 à 09:00
Je soutiens ces libraires indépendants dont certain.e.s syndicalistes face aux menaces violentes et autres cyber-harcelement de la part de groupuscules d'extrême droite. L'extrême droite divise les gens bien plus qu'elle ne comprend et cela devient en ces temps ou des faux clowns comme Jean-Marie Bigard ou Cyril Hanouna ou des opionistes réactionnaires tout aussi insupportables ont malheureusement pris le devant sur les journalistes et universitaires qui se font traités de "wokistes". Triste réalité...