Les prix littérature et bande dessinée du Palais de la Porte Dorée, consacrés aux récits d’exil, de migration et d’identités plurielles, ont connu en 2025 une évolution majeure. Désormais décernés en novembre et non plus au printemps, ils s’inscrivent plus étroitement dans le calendrier éditorial en distinguant des ouvrages parus dans l’année. Cette reconfiguration s'accompagne d’un élargissement des thématiques, en particulier pour le prix dédié à la bande dessinée.
Le 25/11/2025 à 20:30 par Hocine Bouhadjera
408 Partages
Publié le :
25/11/2025 à 20:30
408
Partages
Pour cette première édition de novembre, deux ouvrages ont été distingués.
En littérature, le prix revient à Au Grand Jamais de Jakuta Alikavazovic, publié chez Gallimard.
Ce roman explore les non-dits familiaux et les histoires qui façonnent une vie. La disparition de la mère de la narratrice, poétesse bosniaque installée en France, devient le point de départ d’une quête intime menée par sa fille, désormais mère à son tour. L’enquête progresse comme une excavation des silences, à la recherche de ce qui fut refoulé.
Née en 1979 à Paris dans une famille originaire d’ex-Yougoslavie, Jakuta Alikavazovic est lauréate du prix Goncourt du premier roman et du prix Médicis essai. Ancienne élève de l’ENS Cachan, traductrice et chroniqueuse à Libération, elle a publié plusieurs romans remarqués, dont Corps volatils, La Blonde et le Bunker et L’Avancée de la nuit. Pensionnaire de la Villa Médicis puis titulaire de la chaire d’écrivain à Sciences Po, elle poursuit également une importante activité de traduction.
Du côté de la bande dessinée, le jury a récompensé Moheeb sur le parking de Clara Lodewick, paru chez Dupuis.
Moheeb, adolescent afghan réfugié, vit sur un banc d’un parking près de Bruxelles. Son quotidien précaire est rythmé par les matchs de foot avec son ami Hugo, les discussions avec Qaïs — un migrant tombé amoureux d’une jeune Belge — et le soutien de Souad, membre d’une association. Entre les démarches administratives qui n’aboutissent pas, les agressions et la pression policière, l’été semble pourtant offrir à Moheeb quelques instants de répit. Mais un trouble intérieur, peut-être un « feu secret », le consume silencieusement.
Clara Lodewick explore ici la santé mentale et la vulnérabilité des mineurs réfugiés isolés, après son roman graphique Merel. Née en 1996 à Bruxelles et formée notamment à la Haute École Saint-Luc, l’autrice s’intéresse aux relations humaines, aux inégalités sociales et au rapport à la nature.
Ces deux œuvres rejoignent la liste des titres mis à l’honneur par l’institution pour leur sensibilité aux récits d’exil, de migrations et aux identités plurielles. Les lauréats ont été célébrés ce 25 novembre, lors d’une soirée mêlant littérature, bande dessinée, culture et festivités.
Créés en 2010 pour le prix littéraire et en 2022 pour celui de la bande dessinée, les deux prix récompensent chaque année une œuvre qui interroge les parcours migratoires, les identités multiples et les récits d’exil. Au fil des éditions, ils ont distingué des auteurs désormais bien établis, comme Alice Zeniter, Mohamed Mbougar Sarr, Sylvain Prudhomme, ou encore les artistes Kei Lam et Charles Berberian. Chacun des prix est doté de 4000 euros.
En 2025, le prix bande dessinée évolue. Tout en conservant son ancrage autour des migrations et des identités plurielles, il s’ouvre désormais à des thématiques environnementales en lien avec l’autre entité du site : l’Aquarium tropical. Sauvegarde de la biodiversité, protection des écosystèmes ou encore sensibilisation à l’impact humain sur la nature pourront désormais nourrir les sélections, élargissant ainsi le spectre des récits mis en lumière.
Les ouvrages lauréats sont choisis par des jurys constitués de personnalités du monde littéraire, artistique et intellectuel, renouvelées à chaque édition.
Pour 2025, le prix littéraire est présidé par la romancière et journaliste Olivia Elkaïm. Elle est entourée d’un jury composé de la romancière Hemley Boum, du journaliste et producteur radio Sylvain Bourmeau, du sociologue et écrivain Elgas, de la metteuse en scène Laëtitia Guédon, ainsi que de Caroline Hinault, lauréate d’une précédente édition. Des lycéens des académies de Paris, Créteil et Versailles participent également aux délibérations, apportant un regard jeune et engagé sur les œuvres sélectionnées.
Le prix bande dessinée est présidé cette année par l’auteur Fabien Toulmé, dont l’œuvre se distingue par son engagement social. Le jury réunit également l’éditrice Sonia Déchamps, la libraire Lise Kennel, l’artiste Kamel Khélif, ancien lauréat du prix, et l’écrivain-réalisateur Karim Miské. Un membre du Book Club du Pass Culture complète le jury, introduisant dans les discussions la voix d’un lectorat jeune et connecté aux pratiques contemporaines de lecture.
À LIRE - Constance Rivière reconduite à la direction du Palais de la porte Dorée
En mai, les Prix de la Porte Dorée 2025 avaient été décernés, côté littérature, à Caroline Hinault pour son roman Traverser les forêts, publié aux éditions du Rouergue, tandis que le Prix BD est revenu à Kamel Khélif pour Dans le cœur des autres, paru aux éditions Le Tripode.
Retrouver la liste des prix littéraires français et francophones
Crédits photo : Jakuta Alikavazovic et Clara Lodewick (Cyril Zannettacci)
DOSSIER - Les livres BD et romans sélectionnés pour le Prix de la Porte Dorée 2025
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 21/08/2025
256 pages
Editions Gallimard
20,50 €
Paru le 21/03/2025
206 pages
Editions Dupuis
31,00 €
Commenter cet article