Pinault Collection annonce l’attribution du prix Pierre Daix 2025 à l’historienne de l’art Elvan Zabunyan pour son ouvrage Réunir les bouts du monde. Art, histoire, esclavage en mémoire, publié en octobre 2024 aux éditions B42. Créé en 2015 par François Pinault, le prix récompense chaque année un livre consacré à l’histoire de l’art moderne et contemporain.
Le Prix Pierre Daix rend hommage au journaliste, écrivain et historien de l’art disparu en 2014. Figure intellectuelle du XXe siècle, Pierre Daix a consacré sa carrière à l’étude des mouvements artistiques modernes. En portant la dotation à 15.000 €, François Pinault a souhaité souligner l’importance de cette distinction à l’occasion de son dixième anniversaire.
Dans la lignée de cette ambition, le jury, composé d’une dizaine de personnalités du monde de l’art et de la recherche, a retenu l’ouvrage d’Elvan Zabunyan pour la richesse de son approche critique. Le livre associe littérature, histoire et essai, tout en replaçant les artistes étudiés dans un contexte politique et culturel étendu.
L’ouvrage met notamment en lumière des artistes tels qu’Arthur Jafa ou Frank Bowling, présents dans la Collection Pinault. Il réinscrit ces figures dans un continuum historique souvent ignoré, en résonance avec les expositions programmées par Pinault Collection à Paris en 2025 et à Venise en 2026. Les recherches de l’autrice avaient déjà nourri la réflexion de l’exposition « Corps et âmes » à la Bourse de Commerce.
Réunir les bouts du monde propose une traversée des œuvres étatsuniennes et caribéennes portant la mémoire de l’esclavage transatlantique. Le livre s’intéresse à la manière dont cette histoire se prolonge au-delà des abolitions, à travers les réalités de la ségrégation, du racisme ou des violences sociales et politiques des 20e et 21e siècles. L’autrice analyse la manière dont ces expériences continuent d’influencer la création artistique.
En convoquant artistes, écrivain·es et intellectuel·les ayant pensé les conséquences du commerce triangulaire, Elvan Zabunyan interroge les persistances mémorielles dans l’art contemporain. Les thèmes du dispersément, de la fragmentation et des transmissions traversent l’ensemble de son analyse.
La démarche s’appuie sur des déplacements dans le temps et l’espace, révélant les liens entre un passé structurant et des formes artistiques actuelles. Le livre se présente comme une réflexion sur la survivance des traces de l’esclavage et leur circulation dans les productions contemporaines.
Née à Paris en 1968, Elvan Zabunyan mène depuis le milieu des années 1990 une recherche centrée sur les dimensions historiques, politiques et féministes de l’art des 20e et 21e siècles. Professeure à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle s’est imposée comme spécialiste de l’art africain-américain. Elle est notamment l’autrice de Black is a color (2004) et de la première monographie sur Theresa Hak Kyung Cha (2013).
Ses travaux se déploient aussi bien dans les comités éditoriaux de revues académiques que dans les catalogues d’exposition internationaux. Elle a contribué aux publications consacrées à Lorna Simpson, Adrian Piper, Ellen Gallagher ou LaToya Ruby Frazier. Ses recherches se prolongent dans plusieurs ouvrages collectifs, dont Vaincre le silence paru en juin 2025.
En 2025, elle codirige également Echo Delay Reverb, en lien avec une exposition présentée au Palais de Tokyo. Sa carrière est marquée par un dialogue continu entre recherche, enseignement et collaborations curatoriales.
Dans l’entretien accompagnant l’annonce du prix, Elvan Zabunyan revient sur la construction de son ouvrage. Elle décrit une écriture engagée, nourrie par les œuvres elles-mêmes, les archives et les imaginaires qu’elles convoquent. L’analyse s’étend du 19e siècle aux pratiques contemporaines, en interrogeant les modalités de création face à l’histoire de l’esclavage.
L’autrice insiste sur les correspondances multiples qu’elle tisse entre les œuvres, les silences et les absences de l’histoire. Elle souligne le rôle de la littérature comme source essentielle pour saisir les réalités de l’esclavage, mentionnant notamment Toni Morrison, Octavia E. Butler ou Patrick Chamoiseau.
La composition du livre repose sur un chapitrage inspiré des éléments naturels, eau, terre, feu et air, permettant de structurer les œuvres tout en évitant une approche strictement thématique.
Pour les dix ans du prix, François Pinault a souhaité créer une bourse destinée à soutenir l’écriture de jeunes historiennes et historiens de l’art. Dotée de 5000 €, elle est remise chaque année lors de la cérémonie du prix Pierre Daix. Les candidatures sont proposées par les membres du jury sur la base de travaux remarqués.
Pour cette première édition, la bourse est attribuée à Clara Royer, doctorante à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Spécialiste des liens entre art et télécommunications, elle étudie l’émergence, dans les années 1970 à 1990, d’un réseau d’artistes utilisant les technologies de communication comme matériel expérimental. Le jury a estimé que ce champ de recherche méritait d’être approfondi.
Le parcours de Clara Royer s’appuie sur un master à l’Université Columbia, un contrat doctoral encadré par Pascal Rousseau et plusieurs soutiens institutionnels. Elle est actuellement chercheuse en résidence au Smithsonian American Art Museum. Son travail contribue à une archéologie critique des débuts d’Internet et aux analyses des échanges entre art, technologie et mondialisation.
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Crédits photo : Bourse de commerce
Par Dépêche
Contact : depeche@actualitte.com
Paru le 04/10/2024
351 pages
B42
24,00 €
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