Elle s’ouvre sur une réflexion historique autour de la vie privée, dont l’évolution – de la valorisation à l’effacement progressif – est analysée au prisme du livre de Tiffany Jenkins.
Naissance, vie et mort de la vie privée
On s’inquiète des atteintes à la vie privée, mais jamais celle-ci ne s’est autant affichée. Une historienne explore les métamorphoses d’une notion dont la valeur a considérablement varié selon les époques. « Si le prince Harry veut qu’on respecte sa vie privée, qu’il se taise. » Ce propos d’un journaliste spécialisé dans l’information sur la famille royale britannique résume bien, en les simplifiant quelque peu, les paradoxes et les contradictions qui affectent la question de la vie privée dans les sociétés occidentales contemporaines.
D’un côté, une inquiétude de plus en plus vive se manifeste au sujet de l’invasion de la vie privée par la presse, les médias et davantage encore par les géants du secteur de l’informatique, les banques, les assurances, les institutions publiques et les gouvernements, qui collectent et exploitent des données sur les individus à des fins commerciales ou de contrôle. Jamais d’autre part les membres des familles titrées, les vedettes artistiques ou sportives, les célébrités de toutes sortes, les responsables politiques, mais aussi de plus en plus de personnes ordinaires, n’ont livré aussi spontanément et à une échelle aussi vaste des informations aussi précises sur leur vie privée, qu’ils exposent avec candeur et enthousiasme. Lire l’article
Les habits neufs du capitalisme
Pas facile de s’y reconnaître dans l’évolution du monde actuel. L’économiste serbo-américain Branko Milanovic propose une grille de lecture axée sur quelques idées-forces : 1) La globalisation néolibérale a cédé la place à un libéralisme de marché « national » – pour ne pas dire nationaliste ; 2) Le moteur principal de cette évolution est la Chine, dont l’économie est désormais trop grosse pour être intégrée dans l’ordre économique international créé par les États-Unis et leurs alliés ;
3) En appliquant des mesures commerciales coercitives qui contribuent à signer l’acte de décès de la globalisation, les États-Unis tentent de contrecarrer la croissance de leur rival ; 4) La montée des économies asiatiques, y compris le Vietnam et l’Indonésie, a créé dans cette région du monde une classe moyenne dont le poids est désormais décisif. Lire l’article
L’acte de décès du féminisme russe
Pour les femmes russes, 1917 a été l’année de la révolution dans la révolution. Les bolcheviques n’étaient en effet pas féministes à la façon classique : ils considéraient que le genre humain était un, qu’il n’y avait ni de différence ni a fortiori de lutte entre les sexes, juste une lutte des classes. Et les ouvrières – presque aussi nombreuses que les hommes dans les usines mais pas du tout payées comme eux – avaient joué par leur grèves et manifestations un rôle majeur dans la chute du régime tsariste.
Lénine, qu’une femme, Fanny Kaplan, avait pourtant presque réussi à assassiner, avait promu l’égalité intersexes et donné de larges responsabilités à certaines de ses proches (parfois très proches comme Nadejda Kroupskaïa ou Inessa Armand). Il avait surtout nommé dans son gouvernement la fameuse Alexandra Kollontaï, première femme ministre de l’Histoire, afin qu’elle mette en œuvre toute une série d’initiatives foncièrement novatrices, depuis la libéralisation du divorce et l’équilibre des droits dans le mariage jusqu’aux congés de maternité – mais sans toutefois jusqu’à la laisser promouvoir l’amour libre dont elle était une grande adepte. Lire l’article
Voir ou ne pas voir, telle est la question
Gabi est un enfant de Murcie (sud-est de l’Espagne). Sa vie bascule après un meurtre commis au sein de sa propre famille. Il souffre de prosopagnosie, un trouble neurologique qui l’empêche de reconnaître les visages, condition que partage l’auteure et qui hante son récit. « J’aimais l’idée que, face à un meurtre, le héros voie le visage de l’assassin, sache qu’il fait partie de sa famille, mais ne puisse dire qui c’est », confie Inma Pelegrín à Infobae.
Gabi est aussi atteint d’une maladie qui couvre ses mains de verrues, le privant du toucher, une obsession très présente dans le roman, où seule Sombra, sa chienne, lui offre une présence inconditionnelle. Plus intellectuel que ses frères, plus fragile, il dérange. Dans une Espagne rurale, où la médecine est un luxe et où les rôles sont figés, il est l’étranger. Sa différence le condamne à un isolement adouci seulement par sa mère et sa voisine Marcela. Lire l’article
Êtes-vous steppique ?
L’origine des langues indo-européennes reste controversée. Nous avons rendu compte en mai dernier du livre de Laura Spinney, Proto. Une belle démonstration de journalisme scientifique : elle expose clairement et dans un style accessible l’historique d’une question qui oppose les spécialistes depuis près de deux siècles. La théorie longtemps en vigueur fut celle d’une origine « steppique » : les premiers locuteurs d’un proto-indo-européen étaient des nomades vivant au nord de la mer Noire environ 4 000 ans avant notre ère. Leur avantage était d’avoir domestiqué le cheval.
De là ils ont propagé au loin, tant vers l’est que vers l’ouest, une langue qui s’est subdivisée en une grande famille dont la moitié des humains actuels sont les locuteurs. La théorie a été mise à mal dans les années 1980 par l’anthropologue Colin Renfrew, qui lui a substitué l’idée d’une progression lente des agriculteurs du Croissant fertile, au sud du Caucase à partir du Néolithique, 8 000 ans avant notre ère. Lire l’article
Books est mort, vive Books ! En attendant peut-être un jour le magazine lui-même, voici la Booksletter qui renaît de ses cendres grâce à l’Association Les Amis de Books. Pour adhérer à l’association, écrivez-leur à lesamisbooks@gmail.com. Pour faire un don ou pour en savoir plus sur leur projet, rendez-vous sur page HelloAsso.
Crédits photo : geralt CC 0
1 Commentaire
Edco
23/11/2025 à 14:55
Oui , excellente asso ...👏