Le palmarès 2025 du festival BD Boum témoigne d’une volonté claire de valoriser la diversité des formes de la bande dessinée. Dévoilé au cinéma Les Lobis, ce 22 novembre, il souligne surtout, avec le choix de Kerascoët comme Grand Boum, de la reconnaissance d’un duo graphique confirmé, illustrant que la BD contemporaine n’est pas seulement une affaire de scénaristes mais d’artistes globaux de l’image.
Lors de la remise des prix de la 42ᵉ édition du festival BD Boum à Blois (21-23 novembre 2025), plusieurs distinctions ont été attribuées, à commencer par le Grand Boum décerné au binôme derrière le pseudonyme Kerascoët. Il réunit un duo d’auteurs français de bande dessinée et d’illustration, formé par Marie Pommepuy (née en 1978 à Brest) et Sébastien Cosset (né en 1975 à Paris). Le nom choisi fait référence à un village de Bretagne où Marie Pommepuy a grandi.
Ils se sont rencontrés à l’issue de leurs études à l’école Olivier de Serres à Paris. Marie suit notamment un cursus de graphisme puis d’illustration médicale à l’École Estienne, tandis que Sébastien se tourne vers la bande dessinée après un BTS « Plasticien de l’environnement architectural ».
Leur collaboration débute vers l’an 2000, et depuis, ils couvrent plusieurs champs : l’illustration, la publicité, l’animation, puis la bande dessinée. Parmi leurs premières œuvres remarquées, on relève l’album Miss Pas Touche (scénario : Hubert) publié à partir de 2006, série qui les a consacrés dans le registre du polar noir historique.
Par la suite, leur travail se poursuit dans plusieurs directions : la série Beauté (avec Hubert au scénario) publiée chez Dupuis entre 2011 et 2013, est un bon exemple de ce mélange de graphisme élégant, d’atmosphère feutrée et de thématique forte.
Leur univers graphique se caractérise par une finesse du trait, une palette souvent subtile, une attention particulière à la composition et à l’ambiance, ce qui leur vaut d’être reconnus tant par le grand public que par les professionnels. La remise du « Grand Boum — Ville de Blois 2025 » à ce duo est ainsi une reconnaissance de leur œuvre dans sa dimension globale : tant la qualité graphique que la pertinence narrative, leur capacité à renouveler les formes de la bande dessinée contemporaine.
En choisissant Kerascoët, le jury met en lumière aussi bien la longévité de leur carrière que leur constante quête de singularité.
Marzena Sowa. Née en Pologne en 1979, Marzena Sowa arrive en France en 2001 afin de poursuivre ses études de lettres modernes à l’université Michel de Montaigne à Bordeaux. Elle raconte à son futur complice, le dessinateur Sylvain Savoia, son enfance dans la Pologne communiste des années 1980 ; de là naît la série autobiographique Marzi, publiée à partir de 2004 chez Dupuis.
Le prix salue la capacité à faire de la bande dessinée un espace de mémoire intime et collective, tout en maîtrisant la narration et l’écriture graphique. Le prix Jacques-Lob récompense un tel profil.
Le travail de Marzena Sowa, déjà salué dans plusieurs contextes, s’inscrit dans un mouvement plus large de la BD documentaire/autobiographique. Elle mêle mémoire, enfance et écriture graphique. Marzi comprend plusieurs tomes, retravaillés en deux intégrales en 2019 et 2020.
Liberté, égalité, s’émanciper de Chadia Chaibi‑Loueslati (éditions Marabout, collection Marabulles).
L’album aborde le parcours de l’autrice dans sa jeunesse, lorsqu’elle se trouvait dans un contexte familial où les filles et les garçons ne bénéficiaient pas du même traitement. Elle se rebelle, s’interroge, cherche sa liberté. L’album, en s’appuyant sur une narration personnelle, ouvre la réflexion sur des questions universelles (égalité, liberté, émancipation) tout en conservant une dimension pédagogique accessible.
Cette BD s’inscrit parfaitement dans le thème « BD à portée citoyenne » : elle interroge les inégalités de genre, l’émancipation, l’éducation, l’héritage culturel et familial. Elle s’adresse particulièrement aux lycéens et lycéennes, en lien avec les enjeux du civisme et de la société.
Lina et le secret de la passerelle (scénario : Julien Frey — dessin : Mathilde Domecq, éditions de la Gouttière)
La BD met en scène Lina, dix ans, qui vit entre deux maisons : l’une chez sa mère, l’autre chez son père. Ce qui paraît déjà un statut fréquent est doublé d’un élément fantastique : l’une des maisons se situe de nos jours, l’autre en 1910. Une passerelle « cachée en plein cœur de Paris » permet à Lina de passer d’une époque à l’autre. Elle fait face à des imprudences, des malfrats, des mystères liés à une librairie et à la grande crue de la Seine.
Le mariage entre le temps présent et le passé (1910) permet une dimension transgénérationnelle intéressante, et la forme graphique (Mathilde Domecq) est adaptée au jeune lectorat tout en conservant de l’ambition narrative.
Le prix, destiné à la qualité d’une bande dessinée pour le jeune public (6-10 ans), souligne ici un album qui combine aventure, jeu de temps, récit d’appartenance familiale et dimension historique. Le propos est ludique, accessible, et ouvre aussi un regard sur les générations, l’Histoire et la transmission.
L’île de Minuit – Le réveil de l’automate, de Lylian et Nicolas Grebil (éd. Dupuis)
Quatre adolescents — Elena, Maya, Hector et Elijah — se réveillent sur une île perdue, sans mémoire. Ils découvrent un pensionnat abandonné et un automate mystérieux qui, chaque nuit à minuit, se réveille pour leur délivrer une mission. S’ils échouent, ils sont punis. L’intrigue s’installe dans un climat de mystère, de survie et de suspense adolescents. Le prix, destiné à une bande dessinée de qualité pour la tranche d’âge 11-14 ans, récompense un album plein de rebondissements, accessible et stimulant, qui invite à la réflexion tout en offrant de l’aventure.
Les Gorilles du Général, de Julien Telo (dessin) et Xavier Dorison (scénario) (éd. Casterman)
Installée dans l’année 1959, l’histoire s’intéresse aux quatre hommes surnommés « les gorilles » du président Charles de Gaulle — ses gardes du corps rapprochés — dans le contexte de la guerre d’Algérie et des tensions intérieures de la France de la Ve République. Le récit mêle intime et Histoire, montrant ces personnages à l’ombre d’un grand homme, mais au cœur de décisions lourdes. Le prix récompense un auteur de la région ou dans la zone de diffusion de ce quotidien ; cette œuvre a su marquer par son ambition historique, son traitement visuel soigné et sa narration contemporaine.
Miki et les colonels, de Iason Saïtas
Cette bourse d’aide à la création est attribuée à un·e bédéiste en voie de professionnalisation — l’œuvre est en développement. Elle vise à encourager une future ou nouvelle voix dans le domaine de la BD. Valoriser un nouveau talent, soutenir la création et anticiper la prochaine génération de bande dessinée.
Sont également distingués : Zoo le mag, Espace Rosa‑Parks, Mélanie Couturier, Anne‑Lise Pauchet dite Pauchette. Ce sont des mentions honorifiques valorisant des acteurs culturels, des lieux ou des personnes qui œuvrent dans la bande dessinée, mais hors compétition classique.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
DOSSIER - 42e bd BOUM : un festival toujours gratuit et accessible à tous
Par Cécile Mazin
Contact : cm@actualitte.com
Paru le 19/02/2025
144 pages
Marabout
23,95 €
Paru le 03/05/2006
48 pages
Dargaud
15,50 €
Paru le 06/05/2011
48 pages
Editions Dupuis
16,50 €
Paru le 18/10/2019
224 pages
Editions Dupuis
38,00 €
Paru le 24/01/2025
78 pages
Editions de la Gouttière
14,70 €
Paru le 28/05/2025
96 pages
Casterman
21,95 €
Paru le 17/01/2025
72 pages
Editions Dupuis
12,95 €
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