À Blois, le réseau Azalys vient d’accueillir deux nouveaux véhicules électriques. Derrière leur silhouette silencieuse, c’est toute une vision qui s’affirme : celle d’un transport public capable de conjuguer innovation, art et transition écologique, pour inviter chacun à repenser sa manière de se déplacer… et, pourquoi pas, à monter dans le bus avec curiosité.
Le 22/11/2025 à 11:57 par Nicolas Gary
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Publié le :
22/11/2025 à 11:57
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Au matin dès poitron-jacquet — c’est-à-dire trop tôt, même pour le soleil — un gros véhicule de type bus de ville débarquait sur la place de la Halle aux grains à Blois. Un bus, facile… sauf qu’il faisait encore nuit, j’avais les yeux fermés parce que je dormais debout. Et rapidement, l’engin fut bâché : toutes les conditions réunies pour que je sois incapable de vous raconter quoi que ce soit.
Seul un cliché attestait de cet étrange objet, incongru en ces lieux, irréel en ces circonstances :


Unique certitude : pas moyen de me faire croire qu’une batmobile serait dévoilée lors du BD Boum. Sûr ?
En réalité, oui : il s’agissait bien d’un transport public, pas d’un engin destiné à traquer les criminels dans Gotham City. En tout cas de l’un des deux nouveaux bus 100 % électriques, qui portent à quatorze le nombre de véhicules à batteries au sein d’une flotte de quarante-quatre, soit près d’un tiers du parc urbain de Blois.
Ils remplaceront d’anciens modèles diesel de 18 ans et seront engagés principalement sur les lignes a, B et F (avant d’essaimer sur tout le réseau). Leur autonomie permet une journée entière d’exploitation, avec recharge nocturne, et leur fonctionnement réduit à la fois les émissions directes de CO₂, les polluants atmosphériques et les nuisances sonores.

Ce virage, volontaire (et non imposé par la réglementation), repose sur des investissements conséquents : l’acquisition atteint plus d’un million d’euros hors taxes, incluant une borne de recharge haute puissance. Agglopolys espère bénéficier d’une prime dédiée aux économies d’énergie pour accompagner cette transition.
L’un des deux bus adopte une livrée spectaculaire, imaginée par l’artiste et scénariste français Stan Manoukian, figure internationale de la scène « post-lowbrow ». Créatures fantastiques, onirisme graphique et clins d’œil à la nature composent un habillage inédit, dévoilé pour le festival bd BOUM, en partenariat avec la Maison de la BD. L’objectif ? Transformer le bus en ambassadeur culturel, presque en musée ambulant.
Sauf que l’idée était bien de dévoiler une monstrueuse fournée, en demandant au dessinateur Stan Manoukian de redessiner la machine. « Oui, c’est un rêve de gosse que de dessiner directement sur un bus », confie-t-il avec le sourire à ActuaLitté. « D’ordinaire, les dessins sont des tags ou des graffitis et ça s’appelle de la dégradation de biens publics. Alors qu’on me demande de les repenser pour les flanquer avec mes petits monstres, oui, j’adore. »

D’autant que… « bon, alors, ne le dites pas trop fort, mais je n’ai pas le permis. Alors pour le poste de chauffeur de bus, même électrique, je n’avais aucune chance ». Question : puisqu’il s’agit de “son” bus, aura-t-il un accès à vie aux transports en commun à Blois ? La municipalité n’a pas encore tranché.
Désormais reconnu à l’international, son travail a donné lieu à de nombreuses expositions ainsi qu’à plusieurs ouvrages publiés aux États-Unis, au Japon, en Australie, mais aussi en France et dans d’autres pays européens. Monstre a peur des monstres constitue son premier livre jeunesse illustré.
Il avait déjà signé l’habillage des contremarches du célèbre escalier Denis-Papin à Blois ; en revanche, jamais encore un bus ne lui avait servi de support artistique. C’est désormais chose faite.
Chaque année, ce véhicule parcourra quelque 50 000 km — autant d’occasions d’interpeller passants et voyageurs, de susciter l’étonnement, et de faire de la mobilité douce un sujet sensible et sensible (au sens propre).

Ce pari artistique dépasse la seule esthétique. En sillonnant l’agglomération, cette œuvre roulante porte un message : la transition écologique est une aventure collective, qui se vit au quotidien. Et si l’on finissait par prendre le bus, non seulement pour se déplacer, mais pour participer à une démarche commune ?
Agglopolys et Keolis Blois voient plus loin encore : via le projet européen « SOH Fleet », ils participent à des travaux visant à optimiser la durée de vie des batteries, aux côtés notamment de la régie des transports de Barcelone. Un signe supplémentaire que la mobilité du futur se construit ici, pas à pas, bus après bus.

L’an dernier, le réseau Azalys et le festival bd BOUM avaient déjà œuvré à mêler transport urbain et création culturelle : l’auteur Florent Pierre avait été invité à imaginer une bande dessinée originale intitulée Comme un lundi, mettant en scène le quotidien d’une conductrice de bus.
INSOLITE - Comme un lundi : le chien à Blois, la caravane passe... les bus aussi
Cette collaboration visait à valoriser la dimension humaine et sociale des transports: loin d’être purement fonctionnel, le bus devenait décor et acteur d’histoires, d’émotions, de rencontres.
Dès lors, l’initiative actuelle — un bus électrique habillé par l’artiste Stan Manoukian comme œuvre mobile — s’inscrit dans une continuité logique. « Elle prolonge l’idée : le véhicule n’est plus seulement un moyen de déplacement, mais un support visuel, un marqueur symbolique. Le chemin parcouru depuis la BD-mobile jusqu’à cet habillage artistique témoigne d’un réseau qui affrète plus que des trajets : il véhicule des idées et chez chacun, potentiellement, la curiosité », explique-t-on sur place.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
DOSSIER - 42e bd BOUM : un festival toujours gratuit et accessible à tous
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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1 Commentaire
OdiRic64
25/11/2025 à 10:00
C'est magnifique ! Quelles belles idée et collaboration ! Bravo à la ville de Blois et à Stan Manoukian. Rien qu'à regarder ce bus, les passants auront le sourire pour la journée.