Le compte à rebours file, pour les députés : l'Assemblée nationale a jusqu'à ce dimanche 23 novembre, minuit, pour boucler l'examen du projet de loi de finances pour 2026. Les rapporteurs de la commission des affaires culturelles et de l'éducation ont rendu leurs avis sur le budget du ministère de la Culture, exprimant souvent des inquiétudes vis-à-vis du financement des missions.
Le 20/11/2025 à 12:25 par Antoine Oury
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20/11/2025 à 12:25
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Si le projet de loi de finances 2026 risque fort d'être transmis au Sénat sans vote de l'Assemblée nationale — le délai d'examen expire ce dimanche 23 novembre à minuit —, les députés n'ont pas chômé pour autant. Au sein des commissions, les propositions du gouvernement ont ainsi été attentivement examinées.
Du côté du ministère de la Culture, l'heure est bel et bien à l'austérité, avec de sévères coupes dans le budget alloué. La rue de Valois disposerait ainsi de 3,7 milliards € (3.736.487.969 € exactement) d'autorisations d'engagement (AE), pour 3,7 milliards € (3.747.857.177 €) de crédits de paiement (CP), contre, respectivement, 4 milliards € en AE (4.028.739.645 €) et 3,9 milliards € en CP (3.918.028.319) dans la loi de finances 2025.
Dans le détail, le programme Patrimoines passe de 1,2 milliard € en AE en 2025 à 1,04 milliard € en 2026, et celui dédié à la Transmission des savoirs et démocratisation de la culture de 810 millions € à 737 millions €.
À l'inverse, le Soutien aux politiques du ministère de la Culture gagne quelques millions, avec 871 millions € en AE en 2026, contre 865 millions € l'année précédente, et le programme Création passe de 1,07 milliard € à 1,08 milliard € en 2026.
Au sein de la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale, les rapporteurs pour avis, chargés d'examiner le budget du ministère de la Culture, ne cachent pas leur circonspection face à une austérité qui n'avance plus vraiment masquée.
Erwan Balanant, député Les Démocrates du Finistère, dans son rapport consacré aux programmes « Création », « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture » et « Soutien aux politiques du ministère de la Culture », relève « une baisse regrettable de 2,2 % (60 millions d’euros) en autorisations d’engagement (AE) et de 2,4 % (64 millions d’euros) en crédits de paiement (CP) » sur ces trois axes, en particulier « sur les crédits dévolus à la démocratie, à l’éducation et à la recherche culturelles ».
S'il se félicite de la hausse d'un milliard € du budget global du ministère de la Culture depuis 2017, le rapporteur pour avis « se montre très réservé au regard de la baisse notable des crédits proposée par le PLF pour 2026 ». Erwan Balanant insiste, dans son rapport : « [L]es efforts supportés par la mission Culture ne doivent être ni supérieurs ni disproportionnés par rapport aux autres postes de dépenses de l’État au regard de la contribution du secteur culturel à l’économie et au rayonnement français ».
La baisse des crédits du ministère s'accompagne par ailleurs d'« une certaine tiédeur de la part des collectivités territoriales dans leur soutien à la culture » — à laquelle la politique fiscale du gouvernement, en les privant de certaines recettes, n'est pas étrangère —, ainsi que d'une prévision d'inflation à 1,3 % en 2026, deux phénomènes qui pèseront sur les finances de structures culturelles déjà fragiles.
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Philippe Ballard, député du Rassemblement national de l'Oise, qui s'est penché dans son rapport sur la mission « Médias, livre et industries culturelles », est tout aussi inquiet, même s'il estime que les acteurs « soutenus par les crédits de la mission Médias, livre et industries culturelles devront prendre leur part à l’effort [de redressement des finances publiques] ».
Il indique dans son rapport que la « prudence [est] néanmoins de mise », évoquant la « fragilisation » des entreprises des secteurs de la presse écrite, des médias, du livre et des industries culturelles face aux « grandes plateformes numériques et [...] réseaux sociaux ».
La ministre de la Culture Rachida Dati met régulièrement en avant sa volonté de démocratisation de la culture et de levée des obstacles pour y accéder. Pourtant, relève Erwan Balanant, « les crédits dévolus à la démocratie culturelle et à l’éducation artistique et culturelle sont les plus durement touchés » au sein du PLF 2026, avec une baisse de 13 % des crédits.
La direction générale de la démocratie culturelle, des enseignements et de la recherche (DGDCER) du ministère de la Culture a elle-même indiqué au rapporteur pour avis « que les crédits déconcentrés de l’action ont subi une baisse de 15 % en 2025 qui a eu pour effet de supprimer des parcours artistiques dans les écoles, d’annuler des résidences d’artistes, de diminuer les heures d’intervention dans les établissements scolaires et de contraindre des structures associatives déjà sous tension ».
Les zones rurales et quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), que Dati se fait encore une fois fort de défendre, ont ainsi connu une baisse des projets culturels, tandis que des collectivités se sont retirées des contractualisations culturelles, « ce qui met alors en péril la poursuite des projets et l’emploi artistique local », souligne le député.
Une forte part de la baisse des crédits est liée au Pass culture, suite à la réforme du dispositif. Il devrait bénéficier de 127,5 millions € en AE et en CP en 2026, une très forte baisse par rapport à la loi de finances 2025 (170 millions €). Néanmoins, le rapporteur craint une sous-budgétisation : le Pass devrait ainsi coûter 180 millions € aux finances publiques en 2025. Celle-ci « peut être considérée comme une forme d’insincérité budgétaire [et] crée une impasse structurelle », dénonce Erwan Balanant, puisque le redéploiement des crédits pour régler la facture se fait alors au détriment d'autres politiques du ministère de la Culture...
Les crédits engagés en faveur de l'Éducation artistique et culturelle, eux, devraient être reconduits à hauteur de 85,5 millions € en AE et en CP, précise le rapporteur pour avis, qui « désapprouve ce maintien, qui acte la diminution progressive et pérenne des crédits en faveur de l’EAC : ceux-ci s’élevaient à 128 millions d’euros en 2023 et 107 millions d’euros en 2024, soit une diminution de 33 % en trois ans ».
Même punition pour la reconduction des crédits pour les dispositifs en lien avec la démocratie culturelle, « qui seraient dotés de 65,9 millions € en AE et 60,5 millions € en CP ». Conserver le même niveau qu'en 2025 — année où le montant avait été réduit — « porte un coup à la politique d’égalité et de démocratie culturelle conduite par le ministère ».
Dans son rapport consacré à la mission « Médias, livre et industries culturelles », le député RN Philippe Ballard rappelle, au sujet du programme 334 (« Livre et industries culturelles »), qu'un budget « de 338,3 millions d’euros en AE (– 10,8 millions d’euros par rapport à 2025) et 321,8 millions d’euros en CP (– 1,4 million d’euros par rapport à 2025) » serait consacré à la politique publique du livre et de la lecture en 2026.
Le député se félicite des hausses de fréquentation enregistrées en 2025 par la Bibliothèque nationale de France (BnF), la Bibliothèque publique d'information (Bpi), mais aussi les bibliothèques municipales dans leur ensemble. Pour autant, hors budget de la Bpi, « les crédits de la sous-action Développement de la lecture et des collections s’établiraient pour 2026 à 5,4 millions d’euros en CP, soit une diminution de 6,5 millions d’euros par rapport à la loi de finances pour 2025 ».
Par ailleurs, la BnF, le plus important des établissements culturels en termes de crédits budgétaires, connait un recul de son financement de 1,6 million €, signale le député RN. Du côté de la Bpi, l'État « apporterait à l’opérateur un financement de 12,8 millions d’euros en 2026 », soit une subvention pour charges de service public inchangée, à 7,7 millions €, et une subvention pour charges d’investissement, pour 5,1 millions €, dont 4,31 millions € pour le règlement des loyers, dans le cadre du relogement provisoire.
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Comme l'avait déjà indiqué ActuaLitté dans un précédent article, Philippe Ballard s'inquiète aussi de la forte diminution du budget du Centre national du livre, puisqu'en 2026, sa subvention pour charges de service public « passerait de 26,7 millions d’euros en AE et en CP à 22,4 millions d’euros, soit une diminution de 4,3 millions d’euros ». Si cette baisse doit être compensée par le fonds de roulement de l'établissement public, cette diminution n'en est pas moins exceptionnelle.
Elle intervient par ailleurs dans un contexte de remise en cause de l'existence du CNL, en raison d'un « partage des compétences » qui « demeure flou » entre le Centre et la direction générale des médias et des industries culturelles, au sein de la rue de Valois, pointait un rapport sénatorial publié en juillet dernier et consacré à l'« agencification » de l'État.
« Dans un contexte budgétaire extrêmement contraint, le rapporteur pour avis comprend que les crédits du CNL ne soient pas revalorisés en 2026. Néanmoins, il aurait souhaité, alors que l’effondrement de la lecture chez les plus jeunes se poursuit, une stabilisation des moyens de cet opérateur », insiste le député d'extrême droite. Évoquant les données pointant un recul des pratiques de lecture au sein de la population française, il souligne : « L’action et les moyens du CNL doivent donc être résolument soutenus par les pouvoirs publics. »
Le rapport d'Erwan Balanant, consacré aux programmes « Création », « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture » et « Soutien aux politiques du ministère de la Culture », est accessible à cette adresse.
Le rapport de Philippe Ballard, consacré à la mission « Médias, livre et industries culturelles », est accessible à cette adresse.
Photographie : L'Assemblée nationale (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
2 Commentaires
Rose
21/11/2025 à 08:36
Moins 15% de budget culturel ? Et que viennent faire les commentaires du RN fasciste et hypocrite sur la culture qu'il veut détruire ?
Depuis les législatives 2024, c'est la cacophonie dans ces gouvernements illégitimes qui tombent comme des mouches ; le budget 2026 est une catastrophe dans tous les domaines sauf évidemment pour les voleurs et les tricheurs. En regardant l'Espagne, sans budget depuis 3 ans et avec un taux de croissance de 3.9% contre 0.9% pour la France, on se pose des questions...
Marie
21/11/2025 à 08:44
"L'austérité"? Cela m'évoque la considération que vouait la directrice- d'un établissement privé- à l'éducation musicale et artistique : des "foutaises"!...