Au cœur de Tarragone, en Catalogne, se niche une initiative bien différente des rayonnages classiques : la « bibliothèque » où l’on n’emprunte pas de livres, mais… des robots de cuisine, des muletas, des outils de bricolage ou encore des vélos. Ce concept, à la fois ludique et solidaire, répond à une logique de partage et d’économie circulaire — et il mérite qu’on s’y arrête, d’un œil curieux.
Le 17/11/2025 à 11:03 par Clément Solym
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Publié le :
17/11/2025 à 11:03
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Implantée par la coopérative El Far Cooperatiu à Tarragone, cette structure fonctionne comme une « bibliothèque des objets ». Dans ses rayons : des robots culinaires, des robots pâtissiers, des transportines pour animaux, des fauteuils roulants, des béquilles pour ceux qui en ont besoin pendant quelques jours. « Nous avons des objets dont les gens n’ont pas besoin chaque jour, mais seulement ponctuellement », explique Amanda Pérez, responsable du lieu à l’agence EFE.
Elle poursuit : « Parce que quelqu’un veut restaurer un meuble et a besoin d’une ponceuse, ou bien a subi une intervention et doit marcher avec des béquilles quelques jours. » En d’autres termes : pourquoi acheter un gros appareil qu’on utilise deux fois par an, ou conserver un outil qu’on sort rarement ?
Ce concept s’inscrit dans un courant plus large, celui des bibliothèques d’objets, déjà présent dans d’autres villes catalanes. Comme l’indique un article d’El Diario à propos de Barcelone : « Pourquoi acheter une perceuse si vous l’utilisez à peine ? Empruntez-la ! »
L’idée est simple, mais puissante : les objets qu’on utilise très peu occupent de la place et mobilisent ressources, énergie, budget… alors qu’ils pourraient circuler. En prêtant plutôt qu’en achetant individuellement, on réduit les déchets, on développe l’entraide locale, on sensibilise à une consommation plus responsable.
Dans le cas tarragonais, c’est précisément cette logique qui opère. La coopérative collecte dons ou achats, met à disposition les objets, et les prête à qui en a besoin — sans pour autant crouler sous une collection interminable.
Cette démarche fait écho à une mutation symbolique : la bibliothèque ne se limite plus aux livres, mais devient un espace de ressources, de partage, d’usages multiples. Cela interroge l’idée même d’objet culturel ou utilitaire.
Pourquoi ne pas emprunter aussi du matériel lorsqu’on ne l’utilise qu’occasionnellement ?
Cela bouscule la notion traditionnelle de prêt (livres, DVD…), mais la prolonge en l’étendant à l’utile ponctuel. On passe du livre qu’on lit au robot de cuisine qu’on utilise deux fois, mais qui autrement dormirait au fond d’un placard.
Bien sûr, tout n’est pas réglé : logistique (catalogage des objets, maintenance), financement (tarif modeste ou gratuit ?), sensibilisation (le public sait-il que cela existe ?). Dans un article, on souligne que ces bibliothèques d’objets commencent à se développer : « Rien qu’en Catalogne, on compte déjà plus d’une demi-douzaine d’initiatives de ce type », rapporte El Diario.
Il faut aussi veiller à ce que l’usage soit équitable — tous les publics doivent pouvoir en bénéficier — ce qui rejoint l’un des principes de l’IFLA sur les services de bibliothèque : « les services doivent être disponibles à tous et ne pas être dirigés vers un seul groupe de la communauté ».
Finalement, cette « bibliothèque sans livres » de Tarragone fait figure de petit laboratoire d’idées pour le monde culturel. Elle rappelle que le prêt, l’échange, le partage ne sont pas confinés aux rayonnages ; qu’un objet utile peut être emprunté tout comme un livre, et que l’accès à l’usage vaut parfois autant que l’accès à la lecture.
Dans un monde où l’édition est traversée par la numérisation, l’économie du partage et la réflexion sur l’objet culturel, cette initiative singulière nous invite à élargir notre horizon. Peut-être verra-t-on demain des bibliothèques hybrides « livres + objets », ou des espaces multimédias intégrant aussi matériel de cuisine et outils de bricolage. Après tout, la culture — et l’utilité — peuvent parfaitement avancer de concert.
Par Clément Solym
Contact : cs@actualitte.com
1 Commentaire
Edco
17/11/2025 à 18:31
De même qu'il y a l ' artothèque, la cinémathèque.....on pourrait l ' appeler :
L' objethèque ou la trucothèque, la prêthèque, la bricothèque, la réparathèque, la dépannothèque, la curiothèque, la coopératithèque, l ' utilithèque, la
communauthèque, la ressourcethèque, la partagethèque, ....etc ....bref .....
pas la pastèque.....😭 ni l ' australopithèque......😭. ...🤭🫣