Au regard de la situation chaotique concernant le prochain FIBD de janvier 2026 et sans un changement rapide et radical de gouvernance, l'ACBD ne remettra pas son Grand Prix de la Critique lors de la prochaine édition du Festival, apprend-on d'un communiqué.
« L’ACBD est extrêmement attentive à la condition des autrices et des auteurs, mais également à l’ensemble du tissu économique, social et culturel qui doit bénéficier au rayonnement de la bande dessinée. Dès lors, la remise de notre prix dans le cadre d’un événement qui ne place pas l’intérêt de la Bande Dessinée au-dessus de toute autre considération est à ce jour impossible », assure l'association.
Et de poursuivre : « L’ACBD, qui a récemment fêté ses 40 années d’existence, s’est constituée autour d’un élément fondateur précisé dans ses statuts, celui de promouvoir l’information sur la bande dessinée dans les médias. De ce fait, il appartient à chaque journaliste adhérent de l’association de déterminer, notamment avec le media auquel il est rattaché, sa participation ou non au prochain FIBD, pour y mener les reportages immanents. »
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Prévu du 29 janvier au 1er février 2026, le 53e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (FIBD) reste officiellement maintenu : le site du festival comme celui de l’office de tourisme confirment les dates et l’ouverture prochaine de la billetterie. Pourtant, à quelques mois de l’échéance, son déroulement effectif demeure très incertain.
Depuis l’édition 2025, le FIBD est plongé dans une crise de gouvernance. Le projet de fusion entre l’association historique propriétaire du festival et 9eArt+, société délégataire, a suscité de vives critiques : opacité de la gestion, soupçons de népotisme, management toxique et gestion contestée d’une plainte pour viol visant un ancien cadre. Une enquête de la presse nationale a documenté cette défiance croissante au sein des auteurs, des éditeurs et des collectivités partenaires.
Au printemps 2025, près de 400 auteurs et autrices ont lancé un appel au boycott de l’édition 2026 si l’association ne rompait pas avec 9eArt+ et ne relançait pas un appel à projets pour l’organisation du festival. Cet ultimatum, soutenu par plusieurs anciens Grands Prix et des collectifs comme le STAA et #MetooBD, a marqué un tournant dans la contestation.
Sous la pression combinée des professionnels et des financeurs publics, l’association FIBD a finalement annulé l’appel d’offres initial. Mi-novembre 2025, elle a rendu caducs ses propres choix, annoncé que 9eArt+ ne serait pas reconduit au-delà de 2027 et acté le retrait immédiat de son dirigeant Franck Bondoux.
Parallèlement, l’hypothèse d’une organisation future « à deux têtes » associant 9eArt+ et la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, un temps évoquée pour l’après-2027, a été largement contestée.
Ces concessions n’ont toutefois pas suffi à rétablir la confiance. Les syndicats d’auteurs maintiennent leur appel au boycott, plusieurs grands éditeurs — réunis au sein du groupe BD du Syndicat national de l’édition — jugent l’édition 2026 compromise, et certains groupes, comme Delcourt, ont annoncé publiquement qu’ils ne viendraient pas.
TRIBUNE - FIBD : “Tant que 9e Art+ sera là, nous refuserons de participer au festival”
De nombreux observateurs évoquent désormais un festival « en danger de mort », alors que vingt Grands Prix et plusieurs tribunes publiques alertent sur l’avenir même de la manifestation. À ce stade, une seule chose paraît acquise : même si le FIBD 2026 se tient aux dates prévues, il risque d’apparaître comme une édition amputée et fragilisée, reflet d’une transition précipitée et d’une bataille de légitimité loin d’être tranchée.
En fin de semaine s’est tenue une réunion pour trouver une sortie de crise. Le Syndicat national de l’édition défend l’idée d’un retour à une gestion pleinement publique du festival, non pas en confiant les rênes à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, mais plutôt à la municipalité d’Angoulême, sur le modèle des manifestations gérées directement par les villes de Brive ou de Nancy.
Parallèlement, certains éditeurs — dont la situation économique demeure fragile — militent pour une « année blanche ». Officiellement présentée comme une pause destinée à refonder le festival, cette proposition répond surtout à des impératifs de trésorerie.
Or une telle interruption ferait planer un risque majeur : si le festival venait à s’interrompre un an, rien ne garantit qu’il serait relancé, d’autant que le maire, Xavier Bonnefond, une fois réélu, pourrait être tenté de renoncer à un dossier devenu lourd et conflictuel.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Clément Solym
Contact : cs@actualitte.com
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