« On ne nous respecte pas, on ne nous écoute pas, donc on n’y va pas. » Ce slogan, devenu mot d’ordre sous le hashtag #NoFIBD2026, résume la colère d’un large front d’auteurices et d'auteurs et d’organisations professionnelles de la bande dessinée.
Le 11/11/2025 à 19:07 par Nicolas Gary
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11/11/2025 à 19:07
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Huit structures — STAA CNT-SO, Me Too BD, La Ligue des Auteurs Professionnels, ABDIL, SNAP-CGT, Future Off, le Collectif des Créatrices de BD contre le sexisme et le Snead-CGT — signent une lettre ouverte adressée aux principaux financeurs publics du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême : la DRAC Nouvelle-Aquitaine, le Centre national du livre, la Région Nouvelle-Aquitaine, le Département de la Charente, la Communauté d’agglomération de GrandAngoulême et la Ville d’Angoulême.
Leur message est clair : la confiance est rompue. Après plusieurs mois de contestation, de communiqués et de tribunes, notamment celle publiée dans L’Humanité le 13 octobre 2025, les signataires dénoncent une opacité persistante dans la gestion du festival et une reconduction jugée illégitime de la société 9eArt+ jusqu’en 2036. « Au terme d’un appel à projets fantoche, où l’égalité des chances et la transparence n’étaient pas de mise. »
Le cœur de la contestation réside dans le maintien de 9eArt+, dirigée par Franck Bondoux, à la tête du festival. Malgré ses déclarations de retrait à l’horizon 2027, l’intéressé demeure actionnaire majoritaire de 9eArt+ et de Partnership Consulting, société associée à la première.
Autrices et auteurs dénoncent également la nomination de sa fille Johanna Bondoux, en 2022, au poste de directrice du développement du festival via sa société Mentalo — une décision qui, pour eux, « pose question ».
La présidente de l’association du FIBD, Delphine Groux, est aussi mise en cause pour son attitude autoritaire et son mépris affiché envers les professionnel·les du secteur.
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« Madame Groux continue d’agir comme si le festival était sa propriété, en dépit de l’argent public investi. » Le texte fustige une direction « enfermée dans sa tour d’ivoire », sourde aux avertissements répétés, tandis que la gestion du festival « trahit les valeurs mêmes de la bande dessinée : pluralité, justice et imagination collective. »
Les financeurs eux-mêmes avaient exprimé leurs inquiétudes, exigeant des garanties claires : transmission des critères de sélection, statut juridique ouvert aux structures associatives, inclusion d’observateurs qualifiés et prise en compte du projet artistique. Aucune de ces demandes, rappellent les signataires, n’a été respectée.
« L’association n’a respecté aucun des points fondamentaux que vous leur aviez énumérés concernant les garanties de transparence et d’impartialité. » Le jury de sélection, composé exclusivement de membres de l’association du FIBD, a exclu toute voix extérieure. Le processus d’appel à projets est ainsi jugé biaisé, voire verrouillé.
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Les signataires parlent désormais d’un système de connivence institutionnelle, dénonçant une tentative de sauver les apparences par un rapprochement artificiel entre 9eArt+ et la Cité de la bande dessinée, tenues de présenter un projet commun d’ici au 20 novembre 2025. « Une manœuvre qui ne trompe personne, une façon de gagner du temps. »
Face à ce qu’ils considèrent comme une mascarade, les organisations appellent à un boycott intégral du festival 2026. Le mot d’ordre : ne pas participer, ne pas cautionner. « Tant que 9eArt+ sera là, nous refuserons de participer au festival. »
Certain·es prévoient d’être présent·es à Angoulême, mais uniquement pour des actions collectives de revendication : refus de dédicaces, d’accréditations, de présence dans les espaces professionnels.
Le mot d’ordre est clair : « Sans nous, pas de livres, pas de festival. »
Cette mobilisation, qui réunit une grande partie des créateur·ices de bande dessinée, se veut un tournant historique pour la profession. Leurs revendications dépassent la simple gouvernance du FIBD : elles touchent à la reconnaissance du travail artistique et à la dignité professionnelle d’un milieu trop souvent relégué au second plan.
Le courrier est à consulter ci-dessous dans son intégralité :
Comme vous le savez, les auteur·ices et professionnel·les de la BD que nos organisations représentent, se sont manifesté·es à plusieurs reprises afin de contester la reconduction de la société 9eArt+ à la gestion du festival d’Angoulême.
Ces raisons, nous les avons déjà largement énumérées par le biais de différents communiqués et à travers la pétition d’appel au boycott, puis par le biais de plusieurs communiqués et enfin la tribune publiée le 14/10/2025 dans le journal L’Humanité.
Monsieur Bondoux a beau avoir affirmé se mettre en retrait de l’organisation de l’événement après 2027, il reste l’actionnaire très largement majoritaire de 9eArt+, ainsi que de la société Partnership Consulting qui lui est associée.

Il ne nous semblerait pas plus légitime que sa fille Johanna Bondoux hérite de sa position, dont la nomination au poste de Directrice du développement du festival en 2022 à travers sa société Mentalo pose question. Les organisations d’auteur·ices maintiennent leur appel au boycott et sont solidaires du Grand Prix 2025, Anouk Ricard, et de son engagement courageux.
Nous contestons fermement l’attitude autoritaire de Madame Groux, présidente de l’association du FIBD, et dénonçons le manque de transparence dans la procédure d’appel à projets lancée par cette association.
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Madame Groux continue d’agir comme si le festival était sa propriété et qu’elle pouvait le gérer comme bon lui semble, en dépit de l’argent public investi et des appels réitérés des auteur·ices, qui restent la cheville ouvrière de cet événement.
Dans un courrier du mois de juin dernier adressé à la présidente de l’association du FIBD, et signé par l’ensemble des financeurs publics, vous l’aviez, vous aussi, interpellée pour demander des garanties quant au projet de mise en concurrence.
Vous déploriez :
• Le fait que l’association du FIBD rejette les demandes de transmission des grilles d’analyse et de critères prévalant au choix des futurs candidats. Un positionnement qui nuit à la transparence, à l’objectivité et à la sécurité juridique du processus, ainsi qu’à son principe d’équité ;
• Le fait que l’association du FIBD impose, malgré vos recommandations, le statut juridique des candidats, excluant le statut associatif ou la possibilité de créer un groupement ad hoc ;
• Le fait que l’association du FIBD refuse la présentation à l’ensemble des financeurs publics du classement et des arguments prévalant au choix opéré à la suite de l’audition des candidats ;
• Le fait que le projet artistique et culturel ne soit pas plus mis en avant dans l’expression du cahier des charges.
Vous exigiez surtout la présence, lors des auditions des candidats, de deux personnalités qualifiées ayant une voix consultative, afin de permettre la transparence souhaitée dans le choix des candidats.
Lors des réunions de l’ADBD, cette exigence a été réduite à une seule personnalité qualifiée pour finalement être abandonnée définitivement lors d’une réunion le 9 octobre, comme l’a précisé Madame Groux dans un communiqué publié par l’association le 15 octobre.
Par ailleurs, vous regrettiez que l’association du FIBD ne souhaite plus s’appuyer sur l’ADBD et son rôle consultatif. De notre côté, nous déplorons que les auteur·ices n’aient pas été représenté·es dans cette instance par des représentant·es élu·es au terme d’élections professionnelles.
L’association n’a respecté aucun des points fondamentaux que vous leur aviez énumérés concernant les garanties de transparence et d’impartialité de cet appel à projets.
Or, dans ce même courrier, vous menaçiez collectivement de remettre en question totalement ou partiellement l’attribution des financements publics affectés à l’organisation du FIBD à compter de son édition 2028, si ces conditions n’étaient pas prises en compte.
Sans personnalités qualifiées ni aucune grille de critères quant à l’examen des candidatures de cet appel à projets, confié au seul soin d’un jury composé exclusivement de membres de l’association du FIBD, il est désormais impossible de prouver que le choix du nouveau prestataire s’est fait en toute impartialité — et du reste, qui pourrait le croire ?
Comme nous l’avions prédit depuis plusieurs mois, la société 9eArt+ a bien été reconduite comme prestataire du festival, et ce, pour neuf ans, jusqu’en 2036, au terme d’un appel à projets fantoche, où l’égalité des chances entre les candidat·es et la transparence n’étaient pas de mise.
L’exigence d’un rapprochement entre la société 9eArt+ et la Cité de la bande dessinée nous semble être une tentative désespérée de maintenir 9eArt+ à son poste, en imposant à une institution une collaboration injuste et contre-nature. Pour nous, acteur·ices principaux de ce festival, il est clair que nos revendications ont été balayées par l’équipe FIBD/9eArt+ avec le mépris habituel.
Les financeurs publics n’ont guère été plus écoutés et cela soulève une question grave : dans ce contexte, allez-vous remettre en cause le choix du vainqueur désigné par l’association du FIBD ou valider les conditions de cette mise en concurrence ? Existe-t-il un consensus sur ces questions au sein de vos différentes institutions ?
Pour nous, auteur·ices de bande dessinée et autres acteur·ices qui faisons vivre cet événement, notre position est claire : tant que 9eArt+ sera là, nous refuserons de participer au festival.
Crédits photo : Exposition Alix au FIBD 2018 ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
2 Commentaires
1984
12/11/2025 à 10:41
Alerte INFO ALERTE INFO
D'après les spécialistes bd de CNEEWS BFMI LCIA ....Le problème vient des musulmans.
Pour Olivia Fiaure , le responsable est JLM .....🫣😣
Fefe
13/11/2025 à 00:43
Chapeau les Artistes, On est avec vous!