Mortel Noël

Denis Michelis

Sous ses airs de conte hivernal, Mortel Noël est une plongée glaçante dans la psyché adolescente et les ténèbres familiales. Denis Michelis, maître du huis clos corrosif, transforme un chalet de montagne en théâtre de la dissimulation et de la peur. Tout commence comme un récit d’apparence anodine : « Un chalet-témoin perdu au milieu de nulle part avec un beau-père qui répond au prénom de Klaus, admettez que ça ne présage rien de bon ».

Oliver, narrateur adolescent, accompagne sa mère et son nouveau compagnon pour un séjour censé ressouder la famille. Très vite, la tension s’installe.

Le roman se construit à travers le journal d’Oliver, dont la langue vive et argotique tranche avec la froideur du décor : « Ma théorie, c’est que les forêts ont été inventées pour perdre les enfants, et les montagnes, pour ne pas les entendre hurler ». Ce ton désabusé, souvent drôle, donne au texte une ironie amère. L’écriture de Michelis excelle à capter la pensée adolescente dans toute sa turbulence : phrases brèves, syntaxe syncopée, vocabulaire familier, ponctuation expressive. L’auteur joue avec la naïveté et la lucidité du narrateur, brouillant sans cesse la frontière entre délire et perception.

La narration s’enfonce progressivement dans le fantastique. L’arrivée d’Hildegarde, la grand-mère de Klaus, et la présence silencieuse d’Amer, réfugié aux mains calleuses, font basculer le récit dans l’inquiétante étrangeté.

Les dialogues, d’un réalisme tranchant, révèlent le malaise sous la politesse : « Oliver, ce n’est pas qu’il refuse de travailler, mais il trouve que la filière pro, c’est la honte », lance Klaus, incarnation d’une autorité patriarcale raide et oppressante. L’humour nerveux du garçon — « Tu n’as qu’à leur envoyer un salami en forme de cœur, lol » — souligne la violence latente des échanges.

Michelis orchestre son intrigue comme une montée vers la folie : le motif du conte (« Il était une fois, de l’autre côté de la frontière… ») se déforme en cauchemar. Le décor de neige, de sapins et de bûches parfumées devient l’envers d’une idylle familiale où la menace rôde. Par touches, l’auteur instille une horreur feutrée, entre satire sociale et thriller psychologique.

Servi par une écriture nerveuse, précise, et un sens aigu du rythme, Mortel Noël réussit ce rare équilibre entre comédie noire et tragédie intime. Michelis détourne la féerie de Noël en une fable cruelle sur l’aveuglement des adultes et la lucidité des enfants : un conte où les monstres ne viennent pas des bois, mais de la famille même.

 

 

Une michronique de
Auteur invité

Publiée le
10/11/2025 à 11:54

1 Commentaires

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1 Commentaire

 

Edco

11/11/2025 à 12:28

Adèle va être contente .... ou pas !!!!!🤔🫣
Grand auteur.....A lire , l ' amour fou et le bon fils .... 2 livres ..... passionnants .....

Mortel Noël

Denis Michelis

Paru le 02/10/2025

144 pages

Les Editions Noir sur Blanc

15,00 €