Porté par ATLAS, l’Association pour la promotion de la traduction littéraire, le Grand Prix de traduction de la Ville d’Arles, doté de 5000 €, a été attribué cette année à Laure Hinckel pour sa traduction du roumain de Théodoros, de Mircea Cărtărescu (Noir sur Blanc, 2024). La remise du prix s’est tenue le vendredi 7 novembre 2025, à la Chapelle du Méjan à Arles, dans le cadre des 42es Assises de la traduction littéraire, organisées sur le thème « Traduire sous contraintes ».
Le 07/11/2025 à 17:44 par Hocine Bouhadjera
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07/11/2025 à 17:44
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La décision du jury s’est révélée particulièrement difficile : deux textes sont arrivés ex æquo en tête des suffrages. Pour la première fois, un Prix spécial du jury a donc été créé. Il revient à Stéphanie Dujols pour sa traduction de l’arabe (Palestine) de Je suis ma liberté de Nasser Abu Srour (Du Monde Entier, Gallimard, 2025).
ATLAS a accompagné cette distinction d’une dotation exceptionnelle de 2500 €, soulignant ainsi la force de cette traduction, à la fois poétique, métaphysique, romanesque et documentaire.
Le Grand Prix, pour sa part, salue le tour de force linguistique et narratif qu’a représenté la traduction de Théodoros. Le jury a mis en avant une œuvre « constellée de références rares et d’archaïsmes d’essences multiples, combinaison virtuose de registres et de styles, aux phrases longues et sinueuses mais parfaitement maîtrisées ».
Laure Hinckel, note encore le jury, « a fait siennes la poésie, l’insolence, la fantaisie et l’ironie souveraine d’un récit qui emporte le lecteur à travers les siècles et les continents, de la Valachie à l’Éthiopie en passant par la Grèce et la Californie ».
Née en Lorraine en 1968, Laure Hinckel rêvait à 11 ans de devenir « voix de documentaire ». Faute de métier correspondant, elle est devenue journaliste, puis traductrice, pour mieux décrire et faire entendre le monde.
Son travail, à la croisée du reportage, de la photographie et de la traduction, repose sur une même exigence : regard, voix, contexte et choix. Véritable passeuse, elle a contribué à faire connaître en France la jeune génération roumaine post-révolution, mais aussi à exhumer un classique oublié : La correspondance de Marcel Proust de Mihail Sebastian (Non Lieu, 2023), texte précurseur de toutes les grandes études sur la correspondance proustienne. Laure Hinckel y signe une préface qualifiée par la presse d’« archéologie littéraire », qui éclaire le dialogue littéraire entre la Roumanie et la France.
Depuis 2008, elle est la traductrice attitrée de Mircea Cărtărescu, dont elle a fait découvrir au public français la puissance baroque et la liberté de ton. Chez Noir sur Blanc, elle a déjà traduit Solénoïde (2019) et Melancolia (2021), avant Théodoros (2024), roman d’une ampleur peu commune. Elle prépare aujourd’hui la traduction intégrale de la trilogie de Cărtărescu, à paraître chez Denoël en 2025-2026.
Théodoros plonge le lecteur au XIXe siècle, dans le destin vertigineux d’un jeune homme issu d’un milieu modeste de Valachie. Fils de domestiques d’un petit aristocrate, Teodor rêve dès l’enfance de devenir empereur, inspiré par les récits d’Alexandre le Grand que lui contait sa mère grecque. Son ambition dévorante le conduit à parcourir les mers et les continents : l’archipel grec, le Levant, la Californie. Pirate, conquérant, aventurier, il s’élève jusqu’à devenir Téwodros II, souverain d’Éthiopie, avant de périr en 1868 face aux troupes britanniques de la reine Victoria.
Cette fresque épique, entre mythe et histoire, se distingue par son ampleur narrative et son exigence stylistique. Un défi de taille pour la traductrice, qui en a restitué la densité et la musicalité sans jamais trahir la voix de Cărtărescu.
Traductrice de littérature arabe contemporaine, Stéphanie Dujols a vécu en Égypte, en Palestine et en Jordanie, où elle a travaillé comme interprète humanitaire et enseignante de littérature française.
Son parcours l’a menée à traduire plusieurs auteurs majeurs : La Coquille de Moustafa Khalifé (Sindbad/Actes Sud, 2007), Un détail mineur d’Adania Shibli (2020) ou encore La Cigogne d’Akram Musallam (2015).
Avec Je suis ma liberté, de Nasser Abu Srour, elle signe une traduction d’une intensité rare. L’auteur, alors incarcéré à perpétuité dans une prison israélienne, écrit depuis sa cellule un texte où le mur devient interlocuteur, miroir et symbole. Ce récit, à la frontière du réel et du poétique, fait dialoguer espérance, amour et enfermement : une exploration de la résistance intérieure par la littérature. Pour le jury, « écriture et traduction fusionnent au service d’un texte qui parle à chaque lecteur de notre commune humanité ».
Soutenu par la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Département des Bouches-du-Rhône et la Ville d’Arles, le Grand Prix de traduction récompense chaque année la traduction d’une œuvre de fiction contemporaine remarquable à la fois pour sa qualité littéraire et pour les difficultés surmontées par son traducteur.
le Grand prix de la ville d'Arles 2024 avait été remis à Monique Baccelli et Antonio Werli pour leur traduction du roman monstre, Horcynus Orca, de Stefano D'Arrigo, publié au Nouvel Attila.
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Crédits photo : © Marion Manea
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 22/08/2024
624 pages
Les Editions Noir sur Blanc
27,00 €
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