Spawn occupe une place particulière dans la liste des personnages de comics que j’affectionne. Très particulière. Parce qu’il m’exaspère autant qu’il me passionne, selon les périodes. Chance, je suis plutôt bien luné actuellement, à son égard.
Le 05/11/2025 à 12:14 par Nicolas Gary
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Publié le :
05/11/2025 à 12:14
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Spawn 2025 rouvre la série sur un statu quo renversé : Nyx a pris le trône des Enfers, les « dead zones » ont fusionné et privé anges, démons et hellspawns de leurs pouvoirs. Al Simmons (Spawn) se retrouve pratiquement hors jeu, dépouillé de ses pouvoirs — donc redevenu mortel — et s’engage dans une quête singulière : trouver un remède au vampirisme. De fait, l’empereur vampire Bludd a profité du chaos pour prendre le contrôle des accès entre Ciel, Enfer et Terre, en verrouillant les accès.
Dans le sillage de la guerre Ciel/Enfer qui semble avoir trouvé une forme d’issue, l'action reprend six mois plus tard dans un univers en ruine : les « dead zones » se sont propagées, les Hellspawn, démons et anges se retrouvent privés de leurs pouvoirs, et la planète, pour ainsi dire, tangue entre les mondes.
Le récit joue donc sur la perte, le déplacement du statut de Spawn, qui passe de « soldat infernal renforcé » à « mortel en guerre ». Parallèlement, Bludd continue d’exécuter son plan de purge des créatures célestes ou infernales sur Terre, ce qui renforce la dynamique d’urgence et de déséquilibre. Cette tension narrative trouve son reflet immédiat dans l’approche plastique, où chaque case semble porter le poids d’un monde en train de se désagréger.
Cette nouvelle ère de Spawn s’impose d’emblée comme l’une des plus abouties visuellement de toute la saga. Portée par l’énergie de Brett Booth et le savoir-faire des encreurs Daniel Henriques et Adelso Corona, l’esthétique atteint ici un degré de virtuosité rare dans le comic mainstream contemporain.
Le trait, nerveux et anguleux, se déploie dans des compositions d’une intensité presque opératique : anatomies sous tension, mouvements suspendus, éclats d’énergie qui paraissent jaillir hors de la page. La densité du dessin ne verse jamais dans la confusion ; au contraire, chaque détail, chaque fragment de décor participe d’une architecture visuelle rigoureusement pensée.
La mise en page, ample et théâtrale, alterne avec intelligence entre splash pages monumentales et séquences d’action plus resserrées. Les changements d’angles — plongées vertigineuses, contre-plongées dynamiques — inscrivent le lecteur au cœur du mouvement, dans une succession de cadrages qui évoquent la grammaire du cinéma d’action.
On perçoit ici une véritable science du rythme : les ellipses ne servent pas seulement à accélérer le récit, elles ménagent des respirations visuelles où la tension dramatique s’exprime sans paroles, par le simple agencement de la lumière et du vide.
La couleur, confiée à Jay David Ramos puis Robert Nugent, joue un rôle essentiel dans cette orchestration. Ramos emploie des teintes saturées et chaudes — rouges sanglants, verts toxiques, bleus électriques — pour figurer la corruption du monde et la colère de Spawn.

Nugent, lui, introduit des contrastes plus maîtrisés : des zones d’ombre sculptent les silhouettes, des éclats lumineux isolent les visages, et la palette s’élargit vers des nuances métalliques, presque expressionnistes. Ce glissement chromatique accompagne l’évolution du récit : d’un univers en déséquilibre vers un monde plus défini, où la menace prend corps.
Le design des personnages traduit, lui aussi, une véritable recherche plastique. Spawn apparaît comme un héros brisé, privé de ses attributs divins, mais animé d’une rage sourde : la cape, déployée comme une blessure mouvante, devient le vecteur de sa vulnérabilité. Face à lui, l’antagoniste se distingue par une noblesse glacée — long manteau sombre, port altier, regard incendiaire — dont la palette de rouges et de violets souligne la dimension vampirique et la séduction du mal.
Les figures secondaires ne sont jamais traitées en accessoires : chacune bénéficie d’une posture, d’une lumière ou d’un cadrage propre, ce qui contribue à la richesse picturale de l’ensemble.

Le lettrage de Tom Orzechowski se fond dans cette construction avec une élégance rare : les effets typographiques restent discrets, les onomatopées se glissent dans la composition sans la déséquilibrer, et les dialogues respirent dans des bulles parfaitement intégrées à la géométrie des planches.
Ce cycle se distingue enfin par la maîtrise de son rythme interne. Les transitions entre les séquences d’action et les moments d’introspection s’enchaînent avec une fluidité remarquable ; les ellipses, subtilement dosées, donnent au récit un tempo haletant sans jamais perdre la clarté narrative. Cette gestion du temps et de l’espace confère à l’ensemble une cohérence rare : on ressent la tension, l’attente, le danger, tout en admirant la virtuosité du dessin.
Loin de se contenter de prolonger une mythologie déjà foisonnante, Spawn renouvelle ici son langage graphique. L’art de Booth et de ses coloristes atteint une forme d’équilibre entre la fureur visuelle et la rigueur de la composition ; l’univers infernal, souvent baroque, gagne en profondeur, en lisibilité et en souffle épique. C’est un comics d’une beauté sombre, d’une intensité presque musicale, où chaque page témoigne de la vitalité persistante du personnage et de la puissance intacte de la vision de McFarlane.
D’un point de vue narratif, ces deux numéros mettent en place une structure solide — le héros affaibli, la menace en ascension — et positionnent un nombre significatif de protagonistes sur la carte. Entre les vampires, les dead zones, les anges et démons privés de leurs pouvoirs et l’Agency qui joue sa propre partition, les enjeux stratégiques sont démultipliés. Sans compter le rôle de Nyx, qui a ses propres projets.

Et comme, graphiquement, c’est une pure merveille, le lecteur est comblé. Le mariage Booth/Henriques/Corona pour le dessin, avec Ramos puis Nugent pour la couleur, produit un rendu visuel qui se pose comme référence actuelle du titre.
L’énergie picturale, le soin accordé aux décors — même secondaires — et l’agencement des cases démontrent une vraie ambition artistique. Spawn conserve sa force visuelle, tout en ajoutant des finesses politiques complexes à son scénario. On est investi dans l’image, dans l’ambiance, dans la sensation autant que dans le scénario : j'ai adoré.
Un extrait est proposé en fin d'article. À savourer.
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 05/11/2025
288 pages
Delcourt
29,95 €
4 Commentaires
Flo
05/11/2025 à 14:45
Mais ce n'est pas un personnage Marvel...
Nicolas Gary - ActuaLitté
05/11/2025 à 15:40
La même en couleur : merci c'est corrigé.
joe
05/11/2025 à 14:51
Problème : Spawn na jamais été un personnage marvel... 🤔
Nicolas Gary - ActuaLitté
05/11/2025 à 15:39
Misère, quelle buse.
Merci, évidemment c'est corrigé.