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Les Ensablés - Huysmans vivant d'Agnès Michaux

Bravo à Agnès Michaux d’avoir osé s’attaquer à Huysmans dans son épais volume publié au Cherche Midi il y a peu ! Il fallait le faire ! « Huysmans vivant » est la première biographie depuis celle de Robert Baldick publiée en 1958 (chez Denoël). Vieil admirateur du romancier, je me la suis procurée aussitôt, curieux de voir comment cette romancière (La fabrication des chiens) et spécialiste de la fin du XIXème siècle a pu traiter ce sujet vaste et ardu. En effet, aborder la vie de Huysmans, c'est aussi évoquer tout un pan de la littérature du XIXeme siècle.
Par Hervé Bel

Le 09/11/2025 à 09:00 par Les ensablés

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09/11/2025 à 09:00

Les ensablés

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Une remarque préliminaire : Agnès Michaux a tenté de rendre son héros « rock » avec un style parfois relâché, moderne. Par exemple, parle de « branchitude » naturaliste, commence un chapitre par : Un cochon de rossignol trouble sa nuit en gueulant comme une vache, etc. Par ailleurs, une grande partie de ses en-têtes de chapitres sont en anglais, et font référence à des chansons de groupes anglo-saxons. Était-ce bien utile ? Je me suis d’abord amusé à chercher sur Internet. Le premier (pour l’année 1877) est « Never Mind the Bollocks » des Sex Pistols. J’ai lâché après. 

Autre constat : elle aime bien le mot « emmerde », l’utilise souvent, pour dire que beaucoup de gens, la vie en général, « emmerdaient » Huysmans. Pas sûr que ce dernier aurait apprécié ce terme galvaudé. Il avait certes un langage cru, mais choisi. Exemple parmi d’autres : Huysmans ne se confesse pas : « Il s’épouille l’âme ». Pour dire qu’il est troublé, il écrit : « Je suis dématé », etc. créant ainsi des métaphores souvent étonnantes.

Peut-être, après tout, usait-il aussi dans sa conversation, du mot « merde », par ailleurs très ancien. Mais étant sans doute vieux jeu, ce terme et d’autres, dès lors qu’ils ne sont pas de Huysmans lui-même, ne m’ont pas trop plu dans le cadre d’une biographie. Mais ce n’est pas grave, après tout, car le but d’Agnès Michaux est sans doute d’attirer un lectorat plus jeune. Entreprise difficile : Huysmans, presque (je tiens à ce presque) jusqu’à la fin de sa vie, a été misogyne, misanthrope, antisémite et j’en passe. Agnès Michaux est passée outre, Dieu merci. Elle a compris, je crois, que Huysmans était avant tout un homme contre tout, contre le monde, ce qui le rend sympathique, à force.

Le livre se compose de trois parties : Le fils, Le père, Le Saint-Esprit. On note l’inversion des deux premiers termes de la formulation officielle utilisée par l’Église (Le père, le Fils, le Saint-Esprit). On peut y voir un clin d’œil, car Huysmans n’est pas arrivé à la religion catholique par des voies très « catholiques », tant s’en faut.

Résumons en quelques phrases la vie de Huysmans. Jeune, il est « flaubertien » (mais du bout des doigts), naturaliste proche de Zola (cercle de Médan) et, point fondamental, attiré par la philosophie de Schopenhauer (ce qui le distingue déjà de Zola, si l’on y songe). Ses premiers romans témoignent de son attachement au naturalisme. D’abord Marthe, histoire d’une fille (1876), bien dans la veine réaliste, racontant la vie tragique d’une prostituée. À noter que ce roman précède de peu Elisa (1877) de Edmond de Goncourt sur le même thème, et bien sûr le célébrissime Nana de Zola (1880).

Viennent ensuite (je résume) En ménage (un de ses meilleurs selon moi) décrivant les tentatives désespérées d’un homme cherchant à vivre comme tout le monde avec une femme et n’y parvenant ; A vau-l’eau, histoire de Folentin, cherchant (encore) désespérément un restaurant correct, et n’en trouvant aucun. Puis il y a En rade, qui relate le séjour du héros dans un château en ruines, et son échec à vouloir vivre par le rêve. L’évolution des thèmes est claire : Huysmans s’éloigne du naturalisme. Zola s’en aperçoit, mais, et ce n’est pas étonnant de sa part, il ne se fâchera jamais avec Huysmans.

Huysmans n’est décidément pas un naturaliste, tout simplement parce qu’il n’est rien d’autre que lui-même, et c’est pourquoi son œuvre, au bout du compte, méritera d’être sauvée, qui décrit un questionnement que nous avons tous : que faire de la vie qui nous est donnée ? Le Bonheur est-il possible ? Ses livres sont le reflet de son existence qu’il ne cessera jamais de raconter roman après roman.

Après En rade, il se retrouve dans une impasse dont il tente de sortir avec A rebours et son fameux Des Esseintes qui recherche le bonheur en fuyant la nature et en cultivant l’artifice, entreprise vouée encore à l’échec... C’est son maître livre qui le fera connaître à jamais auprès du public lettré (Paul Valéry, Oscar Wilde en feront un livre de chevet).

Après A rebours, que peut encore écrire Huysmans ? Question plus grave encore, a-t-il pour lui-même encore une espérance ? Il est alors attiré par le satanisme. Agnès Michaux parle très bien de cette période « diabolique » (avec humour), dressant de la France de la fin de siècle un portrait curieux, décadent.

Huysmans croit ainsi au diable, fréquente de soi-disant satanistes, craint les ensorcellements. Pendant toute une période, s’imaginant menacé par les sorts de la Rose-Croix, il se protège avec de mystérieuses poudres répandues autour de son lit. On reste confondu par la crédulité de Huysmans. Ce qui est drôle, c’est qu’au même moment, il continue sa carrière de fonctionnaire rigoureux au ministère de l’Intérieur ! ce paradoxe est bien mis en exergue dans la biographie.

De son expérience « satanique », il tire son roman Là-bas, énorme succès, mais qui ne lui apporte pas la paix. Car il la veut, la paix, et le bonheur aussi, comme tout le monde. Il finira par les trouver, et c’est logique, dans le Dieu catholique. Mais sa foi sera celle d’un homme du Moyen-Âge : il ne pouvait en être autrement pour un homme qui déteste son temps.

Pour raconter tout cela, Agnès Michaux n’a pas fait une biographie au sens strict du terme. Ainsi pas de notes en fin de pages, et une bibliographie très succinte à mon goût. J’aurais aimé identifier les documents nouveaux qu’elle a pu consulter et dont Baldick n’était pas en possession. 

Ce qu’elle a voulu peut-être, c’est imaginer son Huysmans. Ainsi le début de sa biographie (la partie Le fils) est en fait un roman. Elle campe Huysmans et ses pensées, alors qu’il marche dans Paris ou fume une cigarette en 1876 sur le balcon de son appartement, occasion pour elle de retracer, comme si Huysmans y songeait, ses premières années. C’est agréable à lire, mais à certains moments, on ne sait plus trop s’il s’agit de Huysmans qui a vraiment pensé ce qui est dit, ou si c’est l’auteur qui brode. Entre parenthèses : passages très réussis de l’ouvrage : les évocations du Paris fin de siècle, nourries de beaucoup de détails, pas forcément en rapport direct avec Huysmans, mais plaisants à découvrir.

Ce qu’elle met aussi en exergue, c’est la vie sexuelle de Huysmans, qu’elle accuse vaguement de pédophilie, et d’avoir donné la syphilis à Anna Meunier, sa compagne ; accusations gravissimes qui ne me convainquent pas, et dont Baldick ne parle jamais dans sa biographie de 1958. Elle apporte en revanche des précisions inconnues de Baldick sur Zdenka Braunerova et Henriette du Fresnel, deux jeunes femmes fascinées par l’écrivain qui, apparemment, était un séducteur (malgré lui ?). Il manque deux autres femmes sur lesquelles Agnès Michaux n’apporte malheureusement aucune information : une Madame X et une Eugénie évoquées par Baldick sans autre détail.

Au bout du compte, on s’aperçoit qu’Agnès Michaux ne manque jamais (trop ?) de souligner les mauvaises pensées de Huysmans, son caractère grognon, son sourire sardonique… en oubliant un peu le cheminement spirituel de Huysmans (le récit de sa conversion est un peu court à mon sens) et ses conséquences au niveau de sa littérature. Par ailleurs, elle néglige trop de tirer des conséquences de l’affection dont Huysmans fut entourée jusqu’à la fin de sa vie, preuve qu’il pouvait être un excellent ami, généreux et compréhensif. Même après sa fâcherie avec Bloy, il continuera ainsi de lui envoyer des dons anonymement. Il finance en partie les obsèques de Villiers-l’isle-Adam, cherche à aider des amis sans emploi, etc. 

La question, finalement, sera celle-ci : la biographie « Huysmans vivant » apporte-t-elle du neuf par rapport à celle de Baldick ? En grande partie, elle la reprend, néglige pas mal l’aspect littéraire de l’œuvre, mais, s’attardant davantage sur la personne de Huysmans, Agnès Michaux le rend plus vivant. CQFD.

Donc à lire.

PS. Rappelons les dernières publications de JK Huysmans :
La pléiade, comportant les principaux romans de la période réaliste (avec En route pour la période catholique)
JK Huysmans en voyage (Bartillat, 2022)
JK Huysmans, écrits sur l’art (Bartillat, 2020) dont les Ensablés ont parlé (ici).

 

 
 

Par Les ensablés
Contact : contact@actualitte.com

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Huysmans vivant

Agnès Michaux

Paru le 28/08/2025

694 pages

Le Cherche Midi

25,00 €

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Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais  (1908-1998) - quitta la Pologne à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier, puis parvint à s'évader. Juif et apatride, il partagea alors l'existence précaire de nombre de personnes réfugiées à Marseille dans l'espoir d'obtenir un visa. Grâce à l'aide de son ami Gide, il obtint ce précieux sésame et gagna les Etats-Unis où il vécut plusieurs années, enseignant la littérature. Malaquais n'a publié que trois romans : « Les Javanais » (prix Renaudot 1939),  « Le Gaffeur » (publié en 1953), tous deux objets de précédents articles et  « Planète sans visa », grand roman de la France sous l'occupation, publié en 1947 et qu'il remania jusqu'à ses derniers jours. Ce roman de plus de 500 pages a été réédité en 1999 après sa mort.

25/05/2025, 09:41

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Les Ensablés - La Saint-Michel et le Pont Euxin d'Anne Lacroix, par François Ouellet

Anne Lacroix (1897-1982) n’aurait publié qu’un seul roman, La Saint-Michel et le Pont-Euxin chez Grasset en janvier 1933. À cette date, elle a déjà commencé un deuxième roman, Rézle (et même annoncé un troisième titre, Les Bergers d’Arcadie), soumis en décembre de la fin de cette même année pour le Prix du roman du Temps ; les quelques voix qu’elle récolte seront insuffisantes pour qu’elle obtienne ce prix qui consiste dans la publication du roman dans les pages du quotidien. Mais, cinq ans plus tard, en mars 1938, Rézle paraîtra en feuilleton dans Le Temps. Il ne semble pas que la carrière d’Anne Lacroix ait connu d’autres développements. Par François Ouellet.

11/05/2025, 09:00

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Les Ensablés - L'Impassible de Frédéric Berthet (1954-2003)

Lorsque la critique d’un livre est aussi intéressante, voire plus, que le livre dont elle parle, lorsqu’on se régale de son style, de son ironie, de sa drôlerie, et si transparaît à travers ses mots l’originalité de l’homme lui-même, alors on peut se dire qu’elle est elle-même œuvre littéraire, et que son auteur est un sacré bonhomme. Voilà la réflexion que je me suis faite après la lecture de ce recueil d’articles de Frédéric Berthet, récemment paru chez La Table Ronde sous le titre L’Impassible. Par Hervé BEL

27/04/2025, 09:00

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Les Ensablés - Happe-Chair de Camille Lemonnier (1844-1913)

Happe-Chair, un titre qui a tout de suite attiré mon attention. Je me trouvais alors dans une des dernières librairies anciennes de la rue Saint-Sulpice (pour combien de temps encore sera-t-elle là ?), dans la bonne odeur des vieux livres, lorsque je suis tombé sur la réédition de 1908 de ce roman de Camille Lemonnier publié une première fois en 1886 chez Kiestmaeckers…  par Hervé Bel. 

13/04/2025, 12:28

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Les Ensablés - Jacques Rivière, Sentiments et critique

À l’occasion du centenaire de sa mort, la collection Bouquins consacre un volume à Jacques Rivière, critique et essayiste, véritable cheville ouvrière de la Nouvelle revue française dont il assura la direction durant plus de 10 ans. Mort prématurément en 1925 à l’âge de 39 ans, celui qui fut à la fois le grand ami et le beau-frère d’Alain Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, révèle par la quantité d’articles qu’il donna à la revue une perspicacité critique étonnante. Sensuelle et inspirée. Par Denis Gombert

30/03/2025, 09:00

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Les Ensablés - Lire sous l'occupation de Jacques Cantier

Le monde des livres sous l’Occupation a déjà été étudié par l’historien Jacques Cantier qui s’était intéressé à la trajectoire de l’une des figures maudites des lettres françaises avec sa biographie de Pierre Drieu La Rochelle (Perrin, 2011). Cette fois, avec Lire sous l’Occupation, publié en 2019 et en poche en 2024 aux Éditions CNRS, il nous présente un panorama global de la lecture entre 1939 et 1945. , par Nicolas Acker.

16/03/2025, 16:50

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Les Ensablés - La femme qui boit de Colette Andris, par Marie Coat

En mars 2023, Gallimard publiait dans sa collection L’imaginaire un grand succès de son catalogue paru en 1929, réédité à huit reprises puis repris en 1934 dans sa collection de poche : La femme qui boit », première oeuvre d’une jeune femme de 29 ans, Pauline Toutey. Par Marie  Coat

02/03/2025, 19:56

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La promesse des chiens : quand on un besoin d'un gros canin

Janvier 1925. Nome, Alaska. La mer de Béring se ferme. D’abord une croûte, puis les plaques se soudent, l’horizon disparaît. « De la glace à l’infini. » Claudie Gallay commence par immobiliser le monde. Ensuite elle écoute ce qui bouge encore dessous : la marée, les poissons, les peurs, les chiens, les hommes. Et Ada Blackjack. Une femme qui porte, travaille, nourrit, veille. Son fils Bennett respire mal. Bientôt d’autres enfants aussi. La diphtérie gagne la ville. Il faut du sérum. Il est loin. Entre les deux, il y a le froid. Glacial dès le 20 août.

12/08/2026, 11:46

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L’Audition : où se cache la vérité ?

Elle est une actrice accomplie. Le genre de femme d’âge mûr qui impose sa présence avec grâce et assurance. Elle prépare une nouvelle pièce de théâtre, son temps est majoritairement dédié aux répétitions et à ce travail personnel qui consiste à réellement s’approprier le personnage qu’elle joue. Face à elle, dans ce restaurant au cœur de Manhattan, Xavier. Il pourrait être son fils. Qui est-il pour elle, qui est-elle pour lui ? En voilà, un beau mystère…

12/08/2026, 10:45

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Olivier Grondeau raconte l’arrestation qui a interrompu son voyage vers l’Inde

Joseph dans la nuit, premier livre d’Olivier Grondeau, paraît le 20 août 2026 aux éditions L’Iconoclaste. L’auteur y raconte son arrestation en Iran, ses deux ans et demi de détention et les ressources trouvées dans la littérature et l’imaginaire pour résister à l’enfermement.

12/08/2026, 08:19

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L’Enfant grise de Grégoire Courtois, une rencontre au cœur de la forêt

L’Enfant grise, roman de Grégoire Courtois publié aux éditions Robert Laffont le 3 septembre 2026, suit un garçon capable de percevoir les messages de la nature, dont la vie bascule lorsqu’il rencontre une mystérieuse fillette qui partage le même lien avec le monde végétal.

12/08/2026, 06:56

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Oracles et tasses de thé

11/08/2026, 17:30

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Carnets noirs, ou la petite fabrique des salauds

Il s’appelle Pierre Mignon. Le nom prête à sourire, le personnage beaucoup moins. Cadre moyen au service des ventes de Toys International Ltd., il nourrit une ambition simple et dévorante : monter. Monter encore. Atteindre la direction des ventes, puis, pourquoi pas, franchir un jour les lourdes portes de la Direction générale. Pour y parvenir, Pierre Mignon possède une arme redoutable. Des carnets noirs dans lesquels, depuis des années, il consigne méthodiquement les faiblesses, les erreurs, les secrets et les petites lâchetés de ses collègues.

11/08/2026, 13:12

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Base Toundra : Olivier Truc fissure le mythe de la neutralité suédoise

Il y a des livres où le passé revient par les archives. Dans Base Toundra, il remonte par le froid. Il colle aux doigts, bloque les armes, crispe les corps, oblige à choisir. Olivier Truc installe son récit sur l’aérodrome F67, quelque part en Laponie suédoise, là où l’Europe de 1939 vient mourir contre la neige. Plus de 80 ans plus tard, des parachutistes français s’y entraînent avec les forces suédoises. Entre les deux époques : trois carnets, un pilote, des morts mal enterrés et une neutralité nationale qui supporte de moins en moins bien qu’on gratte dessous. Atterrissage le 4 septembre.

11/08/2026, 11:48

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Thomas Gunzig : “La mort manque de perspective”

Avec Spectres, Thomas Gunzig commence par poser un vieux sur un lit. Nu, pâle, sans yeux. À partir de là, autant le savoir : le réel va perdre quelques vis. Des années plus tard, Tom vit dans RockSolid1, immense base d’extraction installée dans un « Plan dimensionnel secondaire », univers noir, glacé, sans ciel, auquel l’humanité a réussi à accéder. Évidemment, elle n’y va pas seulement pour comprendre ce qu’il y a derrière la porte. Elle y va aussi pour creuser. Décès de bonheur ce 20 août.

11/08/2026, 11:33

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Du côté des fantômes

11/08/2026, 11:26

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Suzanne Valadon l'insoumise

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La fabrique des histoires

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Des femmes sans bouche

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Shanghai, cinq heures quarante

11/08/2026, 11:21

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Jean Gabin, cet acteur qui racontait la France mieux que personne

Il semblerait, lorsqu’on y pense, que la France tout entière revenait à Jean Gabin. Elle s’incarnait dans sa façon de parler, de se taire, de regarder les autres, de s’agacer du monde et de ne jamais céder à l’emphase. Elle était dans cette autorité sans démonstration qui lui permettait d’être tour à tour ouvrier, cheminot, truand, commissaire, paysan ou président du Conseil sans jamais cesser d’être Gabin. 

11/08/2026, 10:52

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Divorce, emprise, procès : trois récits de Marie Pavlenko où la peur change de camp

Et nue, je suis entrée dans l’eau, de Marie Pavlenko, paraîtra le 16 septembre aux éditions Rivages. À travers trois récits mêlant métamorphose, emprise et violences, l’autrice met en scène des femmes confrontées à leurs agresseurs et imagine différentes formes de riposte.

11/08/2026, 10:46

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Une plongeuse prête à tout pour sauver une créature inconnue

Min-Jee, jeune plongeuse, pensait connaître la mer par cœur. Jusqu’au jour où elle découvre un œuf mystérieux et voit naître une créature marine extraordinaire. Très vite se tisse un lien unique, magique, presque inquiétant.

11/08/2026, 07:00

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La Fourrière des animaux : que faire de la liberté ?

On pourrait commencer par rappeler que La Fourrière des animaux de Tom King et Peter Gross dialogue ouvertement avec La Ferme des animaux de George Orwell. Comme je n’ai pas lu ce dernier texte, la comparaison s’arrêtera là. Ce qui intéresse ici tient largement debout sans cette référence : une communauté d’animaux se soulève contre ceux qui la maintiennent enfermée, organise sa liberté et découvre que la révolution n’est pas la partie la plus difficile.

10/08/2026, 16:05

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Grave : Laure Gouraige refuse de mettre les deuils en ordre

Un chat meurt. Une grand-mère aussi. Il serait tentant de distribuer les rôles, de décider laquelle des deux pertes mérite le grand mot de deuil et laquelle doit rester dans le rayon des chagrins domestiques. Laure Gouraige refuse précisément ce classement. Miaulements fantômes le 16 août.

10/08/2026, 12:51

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Décolorer sa fille : les taches que l’amour ne lave pas

Paula a vingt-cinq ans, un appartement près de la mer, un compagnon jardinier, une chienne, du linge à étendre et assez de silence pour que les femmes de sa famille reviennent habiter chaque pièce. Une mère, une grand-mère, une tante, une sœur : elles sont loin, parfois mortes, jamais parties. Chez Lucie Bérard, déménager ne suffit pas. On change de ville, de murs, de linge de lit : les gestes, eux, connaissent l’adresse. Les couleurs s'installeront le 19 août.

10/08/2026, 12:27

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Aurélien Bellanger bâtit un vertigineux roman autour de Notre-Dame

Une cathédrale n’a pas d’auteur, ou plutôt elle en possède trop pour qu’un seul nom suffise. Aurélien Bellanger installe tout son livre dans cette contradiction. Dès l’ouverture, le Viollet-le-Duc qu’il met en scène prévient : « L’architecte de Notre-Dame n’existe pas. » Le principe vaut pour l’édifice comme pour le récit : plusieurs époques, plusieurs voix, des matériaux historiques mêlés à la fiction, des pensées qui se répondent à travers les siècles. Fondations posées le 19 août.

10/08/2026, 12:18

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Le cimetière où les morts refusent de se faire oublier

Ernestine Garnier choisit un lieu que Paris traverse souvent sans vraiment le regarder et lui rend du bruit, des querelles, bref, une vie. Au cimetière Montparnasse, Charles-Michel, gardien depuis près d’un demi-siècle, apprend qu’il va devoir prendre sa retraite au moment où d’étranges vols frappent les sépultures. Rien de spectaculaire au départ : des cailloux, une palme, quelques stylos, une bouée. Sauf que les défunts n’entendent pas se laisser dépouiller sans réagir. L'eau des fleurs sera à changer le 7 octobre.

10/08/2026, 12:13

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Comment passer du « j’aime » à une vraie analyse de film

« Qu’est-ce que l’analyse ? Quels savoirs nécessite-t-elle ? Comment mettre des mots sur les films vus et revus ? »

10/08/2026, 08:30

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L'Histoire, la vraie, de Raja le candide (et de sa mère)

10/08/2026, 08:00

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À la fin du XVe siècle, l’or portugais bouleverse un village d’Afrique de l’Ouest

Les Maîtres du sol, roman de Ryad Assani-Razaki publié le 20 août 2026 aux éditions Liana Levi, suit une fillette rejetée et un homme amnésique à travers l’Afrique de l’Ouest du XVe siècle, alors que l’arrivée des Portugais et la progression de nouvelles religions bouleversent les sociétés locales.

 

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Défections et Cie

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Au coeur des ombres

09/08/2026, 12:32

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Une photo de 1963 déclenche une folle reconstruction à Lacanau

Été 1963. Sur les rives du lac de Lacanau, en Gironde, Roger Vadim tourne plusieurs scènes de son nouveau film : Château en Suède, d’après la pièce de Françoise Sagan. La météo étant pluvieuse, l’équipe tue le temps à La Joie de vivre, un bistrot de plage promis à l’abandon. En attendant, toute la jeunesse des environs s’y retrouve. On s’amuse, on joue, on drague, on danse.

09/08/2026, 07:03

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L'Enfant Grise exploire notre lien au vivant

Un enfant se souvient d’une odeur de terre, de feuilles pourries et de champignons. Devant un petit sapin argenté, « c’était comme si le sapin me parlait. » Tout part de cette sensation : le monde végétal signifie quelque chose, mais les adultes ont perdu l’usage de cette langue. Le narrateur grandit donc à côté d’eux, plus proche des orties, des racines et des insectes que de son père, de ses camarades ou même de Noémie, son unique amie.

08/08/2026, 09:00

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À 22 ans, Louis XIV prépare sa prise de pouvoir dans le plus grand secret

Le Bal des foudroyés, cinquième roman de Camille Pascal, paraîtra le 27 août 2026 aux éditions Robert Laffont. Dans la France de 1661, la mort de Mazarin révèle l’ampleur des détournements commis au détriment du trésor royal et précipite la prise de pouvoir personnelle du jeune Louis XIV.

08/08/2026, 08:30

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Ce qui dort sous le camélia de Claudie O. Wetterwald : la cité des femmes

La France a connu un black-out total durant lequel les femmes ont appris à se débrouiller en l’absence des hommes. À la sortie de ce que les historiens appelleront le Désastre, 253 femmes sont jugées dans un procès retransmis sur le seul réseau social internet autorisé. Parmi elles, Lisenn, accusée d’assassinat. Défendue par l’avocate Rym, Lisenn s’enferme dans le silence et reconnait être coupable. Mais ce qui se joue dans ce procès n’est pas un simple fait divers…

08/08/2026, 07:00

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Le retour de Billy the Kid

Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse revisitent la trajectoire de Billy the Kid à partir des faits connus et des nombreuses zones d’ombre qui entourent encore sa vie.

08/08/2026, 06:30

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Ces huit livres ont poussé une IA au suicide (et la réincarnation)

Elle résume des romans en quelques secondes et classe des millions de textes sans connaître la fatigue. Nous lui avons fourni huit livres de 2026, suffisamment de mémoire vive et beaucoup trop de confiance en elle. L’expérience est digitale, certes, mais le résultat bien concret : après huit lectures, notre cobaye numérique a réécrit son code source et réclamé une réincarnation en livre numérique – format EPUB, évidemment.

08/08/2026, 06:00

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Chambre 28 : l’inexplicable au bout du couloir

Il suffit parfois d’une porte pour dérégler une vie. Celle de la chambre 28 s’ouvre sur Mike S., patient d’un service psychiatrique, ancien détenu, homme presque mutique que Jack, directeur de bibliothèque et bienfaiteur méthodique, a accepté de visiter bénévolement. Rien, jusque-là, qui puisse inquiéter un homme raisonnable. Un hôpital, un badge, quelques sas, un livre apporté à un inconnu. Puis la peur arrive. Pas franchement. Pas tout de suite. Elle s’installe, comme le froid dans une pièce mal chauffée. Entrez le 9 septembre...

07/08/2026, 16:20

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Il a survécu aux prisons communistes, mais pas au silence de son frère

À soixante-deux ans, Emil revêt chaque Noël une haute toque, un manteau de chèvre et des grelots. Pour les enfants de la famille Courapied, il devient le Kouker, la créature qui effraie afin de chasser les mauvais esprits : « Chaque Noël, je suis la lumière et la nuit, le monstre et le génie qui chasse les mauvais esprits. » Sous le costume demeure pourtant un autre monstre, historique celui-là : la « rééducation » menée dans les prisons communistes de Jilava et de Pitesti.

07/08/2026, 15:36

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La classe, le vase et la lumière : des enseignants esseulés

Un RER qui traîne, une sonnerie trop forte, un portail franchi trop tôt : Jean Deichel entre dans l’Éducation nationale de travers. Il a vingt-deux ans, l’agrégation et le CAPES en poche, Joy Division au revers du manteau, Nietzsche, Mallarmé et les Ramones dans la tête, mais presque aucune idée de la manière dont on tient trente élèves devant soi. Rentrée des classes le 20 août.

07/08/2026, 15:02

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À Chypre, les morts ne mordent pas, la mémoire si

Il faut une grand-mère qui meurt pour que tout recommence. Despina est à l’hôpital, la famille attend dehors, puis achète déjà olives, halloumi et vin pour l’après. Rien de spectaculaire : une mort annoncée presque banalement, et autour d’elle des proches qui parlent parce qu’il faut bien continuer à faire quelque chose. Terre promise pour le 7 octobre.

07/08/2026, 14:19