Dans le cadre du débat consacré au projet de loi de finances 2026, la ministre de la Culture Rachida Dati a été auditionnée par les commissions culture du Sénat et de l'Assemblée nationale. Elle a défendu les actions de la rue de Valois, dont le budget n'échappe pas aux recherches d'économies du gouvernement.
Le 31/10/2025 à 11:24 par Antoine Oury
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31/10/2025 à 11:24
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Malgré « un contexte politique inédit », doublé d'un « contexte budgétaire particulièrement contraint, marqué par la nécessité de redresser nos finances publiques », Rachida Dati a assuré, devant les commissions culture du Sénat (le 28 octobre) et de l'Assemblée nationale (le 29 octobre), que le projet de budget 2026 maintenait « un très haut niveau d'ambition ».
« Je considère que la culture est une politique régalienne dans notre pays », a-t-elle poursuivi devant les membres des différentes commissions. « Elle a une dimension de cohésion, une dimension d'intégration, une dimension de réduction des inégalités, une dimension d'apprentissage tout au long de la vie des valeurs de la République, et la culture française est une valeur républicaine. »
Pour défendre la proposition formulée par le gouvernement à travers le PLF 2026, la ministre avance le chiffre de 8,3 milliards € pour le ministère de la Culture, lequel cumule en réalité le budget général de la rue de Valois et les crédits de l'audiovisuel public. Au Sénat, elle s'est même félicitée d'un niveau supérieur « à celui de 2023 », en se gardant bien de le comparer à 2024 et 2025 (le budget de son ministère s'élevait à 8,69 milliards € dans le PLF de l'an dernier)...
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Alors que le secteur de la culture reste fragilisé par les difficultés ou les coupes budgétaires des collectivités territoriales, en première ligne pour le financement de la Culture, Rachida Dati assure néanmoins que l'« État doit rester exemplaire » sur ce point, « sans pour autant se substituer [aux collectivités] ». À ce titre, le programme 131, « Création », doté à hauteur de 1,08 milliard € (en hausse par rapport à 2025) réservera 450 millions € aux territoires.
La tendance à la baisse du budget alloué au ministère de la Culture, qui touche le programme « Livre et industries culturelles », « ne remet pas en cause nos grands projets », assure la ministre de la Culture, qui cite le pôle de conservation de la Bibliothèque nationale de France à Amiens, le relogement de la Bibliothèque publique d'information dans le cadre de la rénovation du Centre Pompidou, ou encore la création de la Maison du dessin de presse, « dont les travaux débuteront fin 2025 [ou 2026, date indiquée au Sénat, NdR], se poursuivront l'année suivante pour une ouverture en 2027, et dont le financement est intégralement assuré ».
Évoquant le bilan de l'action du ministère en matière de politique du livre et de la lecture, Rachida Dati indique que 83 contrats départementaux lecture ont été signés en 2025, et que l'objectif reste de couvrir tous les territoires. Ces contrats garantissent le « soutien annuel du ministère en moyenne à 60.000 € par contrat », précisait le ministère il y a quelques mois, en échange d'engagements des collectivités signataires.
Se félicitant du nombre record d'inscrits dans les bibliothèques et médiathèques, la ministre assure que 250 projets d'extension des horaires d'ouverture d'établissements ont été soutenus par la rue de Valois en 2025.
À l'Assemblée nationale, le rapporteur chargé de la mission « Médias, livre et industries culturelles », Philippe Ballard (Rassemblement National, Oise) a pointé l'important recul du financement du Centre national du livre, qu'il estime à 4,3 millions €.
Évoquant pour sa part un budget qui passerait de 26,2 millions € à 22,4 millions €, Rachida Dati assure qu'il s'agit d'un « point qui ne remettra pas en cause l’ambition que nous avons, notamment de réduire les inégalités d’accès à la culture ». Étrange explication, dans la mesure où le CNL agit surtout en soutien aux acteurs de la chaine du livre... Pour la ministre, cette baisse de financement reste de toute façon négligeable, puisque le Centre « pourra mobiliser ses disponibilités financières et la trésorerie accumulée, à hauteur de 18 millions €, pour maintenir ces politiques ».
Un rapport de commission d'enquête, rendu par les sénateurs Pierre Barros (Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky, Val d'Oise) et Christine Lavarde (Les Républicains, Hauts-de-Seine) en juillet dernier, évoquait ouvertement l'hypothèse d'une reprise des missions du CNL par le ministère de la Culture en raison d'un « partage des compétences » qui « demeure flou » entre le Centre et la direction générale des médias et des industries culturelles, au sein de la rue de Valois.
Rachida Dati, au Sénat, a rapidement soulevé la nécessité d'« identifier les leviers, mais aussi les doublons » dans la politique de promotion de la lecture. « Parfois, les [Directions régionales des affaires culturelles] sont en doublon avec les directions générales ou les opérateurs », a-t-elle remarqué, en évoquant le fait de « parfois, peut-être, rationaliser ou totalement déconcentrer les crédits dédiés à la lecture des jeunes ».
Sur ces mêmes actions de promotion de la lecture, la ministre considère que, « parfois [...], cela s’adresse à un public qui sait lire, où le livre fait partie de leur environnement culturel. Il y a des angles morts, des populations, pour lesquelles le livre ne fait pas partie de leur environnement, ils ne savent pas lire. Il faut s’adresser à cette population aussi et nous sommes allés les chercher avec les bibliothèques itinérantes [...]. »
Les premières conclusions des États généraux de la lecture sont attendues à l'occasion du Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ) de Montreuil, mais l'opération reste réalisée à moyens contraints, sans budget supplémentaire, comme l'avait admis le ministère de la Culture.
En réponse aux questions des parlementaires, Rachida Dati a pu revenir sur deux chantiers particulièrement brûlants. D'une part, le sujet de l'intelligence artificielle, avec la concertation en cours entre les développeurs de modèles d'IA générative et les ayants droit culturels, supervisée par le ministère de la Culture.
Le 16 octobre dernier, Dati avait donné de la voix pour inciter les développeurs à se montrer plus coopératifs : « Alors que s’entame la dernière ligne droite, j’en appelle à la bonne foi de tous pour que les discussions favorisent les démarches de contractualisation. Une interprétation excessive de l’exemption de fouille de données ne saurait devenir un paravent pour éviter le partage équitable de la valeur. »
« Dans le cas où les démarches de contractualisation ne seraient pas concluantes d’ici la fin de la concertation, je prendrai mes responsabilités pour faire respecter le droit d’auteur, qui est le socle de notre exception culturelle et un pilier essentiel de notre souveraineté numérique et créative. Je ne sais pas si l’inversion de la charge de la preuve serait la meilleure solution pour les ayants droit, mais s’il faut en arriver là, je suis prête à étudier avec le parlement la piste de l’inversion de la charge de la preuve évoquée dans le rapport Création et IA », avançait-elle dans un communiqué.
Ce soutien aux ayants droit culturels a été rappelé à l'occasion des auditions parlementaires : « Nous serons toujours du côté des ayants droit. Sans transparence aujourd’hui, les ayants droit ne peuvent pas identifier leurs œuvres ni percevoir la juste rémunération appropriée à leur rémunération », a-t-elle avancé.
D'autre part, le bras de fer entamé par Amazon avec les libraires et les pouvoirs publics autour de la livraison gratuite dans les casiers automatisés situés au sein ou à proximité de magasins vendant des livres, et l'application de la remise de 5 % sur les prix des livres qui y sont retirés par les clients.
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Répondant à une question de la sénatrice Laure Darcos, qui avait porté la loi instituant le prix plancher des frais de port du livre, la ministre de la Culture a résumé la stratégie d'Amazon : « À chaque fois, ils trouvent l’angle mort, et le dispositif qui va bien en se disant : “S’il y a un contentieux je gagne du temps”. Ils ont toujours un coup d’avance », a-t-elle admis. Selon elle, il s'agit désormais de déterminer « comment on clarifie les choses : est-ce que l’on resserre, et ce que l’on adapte le texte que vous avez porté ? » La question serait « en réflexion au ministère de la Culture ».
L'audition de Rachida Dati par la commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale est visible à cette adresse, celle par la commission de la culture, de l'éducation, de la communication et du sport du Sénat par ici.
Photographie : La ministre de la Culture Rachida Dati lors de son audition par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, le 29 octobre 2025 (capture d'écran Assemblée nationale)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
2 Commentaires
Luna
31/10/2025 à 20:42
Les seuls angles morts où les livres ne sont pas présent, c'est à l'école, au collège et au lycée, mais comme par hasard l'argent public détourné à l'enseignement pour les technofascistes oui.
louis hersant
01/11/2025 à 17:38
Rachida Dati ?
La ministre de la Culture mise en examen ?
Intéressant