Caroline Lamarche orchestre un récit en clair-obscur où l’enquête généalogique éclaire une reconquête intime. La narratrice, écrivaine bruxelloise, piste un aïeul banni — Edmond H., figure à la fois rimbaldienne et fuyante — tandis qu’elle démêle le secret de son couple : un mari qui, après le mariage, reconnaît son homosexualité. Ce double faisceau — l’ancêtre et l’époux — aimante le livre et lui donne sa tension.
Le bel obscur s’ouvre sur les fragments d’une vie effacée (photographies, bribes de lettres, un acte héroïque). À partir de ces indices, Lamarche fabrique une chambre d’échos où l’intime, sans pathos, rejoint l’universel. Plusieurs critiques y lisent une méditation sur la visibilité des femmes, leur manière de tenir — ou rompre — la trame du lien. Entre Liège et Orléans, l’ombre d’Edmond H. devient un miroir : que veut-on transmettre, que choisit-on d’oublier ?
Dans cette histoire de couple, rien de tapageur : le pacte d’honnêteté demeure, mais il racle. La narratrice cherche une place qui ne soit ni effacement ni revanche. D’où cette phrase, comme une boussole : « écrire pour reprendre possession de sa vie ». Le livre avance par séquences souples, alternant confidences, notations sensibles et pointes ironiques ; parfois une scène, nette comme une photographie ancienne, fait basculer la perspective.
Lamarche cultive l’ellipse, la coupe franche, un humour discret (oui, on sourit). La langue est précise, souvent musicale, jamais décorative. On y entend l’écho d’une question très contemporaine — comment aimer autrement, sans s’abolir ? — à laquelle le roman répond par le mouvement : métamorphoses, ajustements, renoncements parfois. « Ne pas épuiser l’étrangeté, la laisser travailler », dit en substance la critique : c’est la force du livre.
Parce que Le bel obscur ne fige pas le « mari homosexuel » en motif ; il en déplie, au contraire, la complexité, et fait d’une enquête familiale un laboratoire de liberté. On referme le roman avec l’impression d’une clarté gagnée — paradoxale, certes — où le désir, nettoyé des assignations, trouve une forme durable. Un texte d’émancipation, sobre et vif, qui parle bas et touche juste.
Publiée le
29/10/2025 à 09:09
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Paru le 22/08/2025
229 pages
Seuil
20,00 €
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NAUWELAERS
29/10/2025 à 20:54
Bof...
CHRISTIAN NAUWELAERS