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Écrire est un artisanat” : entretien avec Pierre Jourde

Connu pour son approche critique des auteurs contemporains, mais aussi pour ses récits intimistes, comme Pays perdu (L’Esprit des Péninsules, 2003), Pierre Jourde est également docteur ès Lettres, spécialisé dans l’œuvre de Huysmans, fin connaisseur des écrivains décadentistes. Rien de surprenant, donc, à ce que ce nouveau et volumineux roman prenne place à la fin d’un XIXème siècle marqué par un positivisme étouffant, mais aussi par un retour à l’occulte, au mystère. Un entretien mené par Étienne Ruhaud.

Le 16/10/2025 à 10:35 par Auteur invité

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16/10/2025 à 10:35

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Riche, complexe, La marchande d’oublies met ainsi en scène les Helquin, clan de circassiens déjà présente dans Festins secrets, un précédent roman (L’Esprit de Péninsules, 2005). Nous retrouvons ainsi Alastair, être difforme, tueur en série, et suivons parallèlement les songes de sa sœur, Thalia et de son mari Charles, couple décalé, reclus, qui aime à se raconter des contes d’amour surannés. Étonnant et copieux ouvrage, donc, à l’heure où la rentrée littéraire met à l’honneur les histoires de famille. Quelques explications…

ActuaLitté : Le titre fait référence à un personnage récurrent dans le livre, soit une petite marchande de gaufres (les « oublies »), qui finira assassinée. L’expression de « marchande d’oublies » est polyphonique. Quel(s) sens pourrions-nous lui donner, ici ? Que représente cette jeune fille ?

Pierre Jourde : Le personnage principal, un clown maléfique prénommé Alastair, est fasciné par les jeunes filles (mais les marchands d’oublies pouvaient aussi être des hommes ou de vieilles femmes) qui vendent ces gaufres dans la rue ou dans les foires.

Pour lui, elles se prostituent en attirant le chaland, mais elles gardent en même temps leur pureté. Lui s’est prostitué dans les cirques, mais, obsédé par la pureté, il veut s’identifier à la petite marchande d’oublies, pour devenir la marchande d’oubli, celle qui tue pour effacer la faute, la saleté, pour purifier. Oublie a la même étymologie qu’ « oblation », « hostie », c’est-à-dire du latin oblatus, « offert ». Anciennement, on appelait les hosties « oublies ». Pour lui, ce que lui propose la marchande d’oublies, c’est la rédemption. Mais une rédemption à l’envers, il veut purifier par le meurtre.

En 1999, vous avez publié Carnage de clowns (éditions L’Harmattan). Il semble que cette figure du clown vous fascine. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Pierre Jourde : Petit, la nuit, dans ma petite chambre, je voyais sortir des clowns du placard. Ils m’ont toujours fait peur. D’ailleurs ils font peur à tout le monde, le clown tueur est un classique du film d’horreur, avec la poupée et le mannequin. Sans doute parce que le clown reprend la figure du fou. Le clown rompt totalement avec la logique du comportement humain. On ne sait jamais ce qu’il va faire, ni pourquoi, il fait n’importe quoi. Il est à la fois violent et grotesque, cruel et sentimental, de sorte qu’il caricature nos sentiments, nos attitudes, nos conduites sociales, et les dépouille du moindre sens. Ce qui nous fait rire, et notre propre rire nous fait toucher le non-sens en nous, le chaos intime.

Comme indiqué à la fin du livre, vous vous êtes très librement inspiré de la vie d’une vraie famille de circassiens anglais, de la fin du XIXème siècle, les Hanlon Lees, pour créer les « Helquin ». Semblablement, vous évoquez le Pierrot blanc « Deburau », ou encore Barnum, qui a vraiment existé. Comment vous êtes-vous documenté ? 

Pierre Jourde : Le travail de documentation a été considérable. Je connaissais bien cette époque, puisqu'en tant qu’universitaire, j’étais spécialiste de la littérature de la fin du XIXe siècle. Huysmans, Banville et Zola ont publié des articles sur les Hanlon Lees. Il y a en ligne une recension complète, en anglais, de tous les spectacles donnés par cette troupe. Il existe un ouvrage intitulé Mémoires et pantomimes des frères Hanlon Lees, qui se présente comme une suite de confidences des frères, recueillis par Richard Lesclide, le secrétaire de Victor Hugo.

C’est la principale source, mais qui est sujette à caution. Il y a des livres indispensables pour comprendre cet univers, notamment Les Jeux du cirque et la vie foraine de Hugues Le Roux (1889), Les Clowns de Tristan Rémy (1945), il existe beaucoup d’articles de l’époque signés Banville, Zola, Champfleury, etc., et des chercheurs contemporains ont beaucoup éclairé ce sujet, notamment Sophie Basch et Gilles Bonnet (La Pantomime noire, 2014.) Mais il fallait également que je me renseigne précisément sur le programme et la disposition des théâtre britanniques, américains, français, des événements culturels à Paris à la fin du XIXe siècle, etc.

On sait que la fin du XIXème siècle correspond à l’âge d’or du positivisme, du scientisme. D’ailleurs vous évoquez longuement les expériences médicales alors opérées. Le cirque, la figure du clown, l’irrationnel, entre-t-il en opposition avec ce discours scientiste ? On sait que des auteurs comme Huysmans, que vous évoquez, s’opposaient précisément à ce type d’ultra-rationalité.

Pierre Jourde : Le positivisme médical rendait en effet furieux Huysmans et quelques autres, Bloy, Villiers, par exemple. Le fameux Charcot, qui donnait des leçons à grand spectacle sur les cas d’hystérie, a voulu démontrer que les extases mystiques n’étaient que des crises d’hystérie. Avec Paul Richer, il publie en 1887 Les Démoniaques dans l’art, pour traquer, dans les œuvres picturales représentant des miracles ou des cas de possession, les symptômes de l’hystérie.

Les cas de léthargie de plusieurs années étaient expliqués également par l’hystérie, dont je rends compte dans ce roman. En même temps, tout n’était pas complètement étanche, car la psychiatrie en était à ses débuts. Le spiritisme a stimulé les recherches en psychiatrie, qui redécouvre l’hypnose et le magnétisme. La psychiatrie de l’époque étudiait des cas qui touchent au fantastique : les personnalités, multiples, notamment, dont je me suis servi pour le personnage d’Alastair. 

Pareillement, l’onirisme semble ici omniprésent. Nous ne savons plus, souvent, si nous rêvons ou si nous sommes dans la réalité, notamment lorsque Thalia raconte cette histoire de manuscrit trouvé dans une tombe, sur le corps d’une femme aimée (il s’agit d’une allusion au poète anglais Dante Gabriel Rossetti). Nerval est cité. Êtes-vous, pour une part, romantique ? 

Pierre Jourde : En réalité, il ne s’agit pas vraiment de rêves, mais des fictions que se racontent Thalia et Charles, pour faire des sortes d’essais sur ce que ce serait le « véritable amour ». Ces fictions ont pour fonction d’éliminer justement toutes les histoires d’amour frelatées. Ce déchaînement de fictions est à la recherche de la réalité. Mais en effet le rêve est important dans le roman.

C’est d’ailleurs une pierre d’achoppement que le récit d’un rêve : il a l’air souvent dénué de nécessité, gratuit. Mais le rêve d’Alastair, à la fin du roman, a une fonction psychique. C’est grâce à lui qu’Alastair se métamorphose. Ce roman en effet a quelque chose de romantique, qui a mis à l’honneur le rêve, le mythe, le fantastique, les monstres. Mais c’est un romantisme critique, un peu comme certains écrivains de la fin du XIXe siècle, héritiers du romantisme, se moquaient d’un certain romantisme éthéré et idéaliste. Il s’agit d’un romantisme très incarné.   

On note d’ailleurs un certain goût pour l’occultisme, ainsi que pour les rites païens, parfois violents. Notamment lorsqu’Alastair découpe un sanglier en morceau, en une étrange cérémonie. Dans quelle mesure l’occultisme vous intéresse ? Est-ce lié à des lectures ?

Pierre Jourde : L’occultisme m’a toujours intéressé, notamment en lien au XIXe siècle, où il revient en force, avec le spiritisme, Kardec, les tables tournantes de Hugo, la théosophie, Papus, Eliphas Levi, la fondation par Péladan de la Rose-croix kabbalistique, etc. Huysmans a assisté a des messes noires et pensait être victime de magie noire. Il s’en défendait avec l’aide de l’abbé Boullan et son « Sacrifice de gloire », une cérémonie magique. L’occultisme est présent en filigrane dans le roman, car cette époque est désespérément en quête de sens.

Les mythes semblent se mélanger, se chevaucher. Ainsi, Thalia, femme plongée en léthargie, évoque « La Belle au bois dormant ». Mais nous retrouvons aussi nombre d’allusions à la mythologie grecque, à la bête du Gévaudan, ou encore à la « guivre », soit la « vouivre », cette créature légendaire chère notamment à Marcel Aymé. Peut-on parler, chez vous, d’une forme de syncrétisme magique, d’une « géographie imaginaire » (pour reprendre le titre de votre essai, Géographies imaginaires, José Corti, 1991). 

Pierre Jourde : N'oublions pas non plus le mythe central dans ce roman, « La mesnie hellequin », une ancienne légende selon laquelle, certaines nuits, les morts chevauchaient dans la campagne et semaient l’épouvante. C’est pourquoi j’ai nommé la fratrie de clowns les « Helquin », l’incarnation du Mal. D’ailleurs, « Helquin » est le nom d’un démon, et il est vraisemblable que « Arlequin », l’un des surnoms d’Alastair, vienne de « Hellequin ». Le patronyme revient plusieurs fois dans mes romans, Carnage de clowns, Festins secrets, Le Maréchal absolu, et c’est toujours une famille ou un personnage inquiétant, malfaisant.

Effectivement, je fais allusion a plusieurs mythes très différents, et d’ailleurs pas seulement ici. Ainsi, dans Pays perdu, qui relate une expérience réelle, je fais appel au mythe pour décrire certains personnages, certaines expériences. La psychologie classique ne m’intéresse pas vraiment. Le mythe va au plus profond de l’humanité, et la met en relation avec les dieux, le cosmos, la nature. Et les mythes permettent de représenter l’inconscient.    

En 2011, aux éditions l’Echappée belle, paraissait votre essai Tératologie. Le fou, c’est aussi le monstre, au sens strict. Alastair, ainsi, franchit les bornes de l’horreur en tuant, et en portant un masque conçu avec la peau de sa victime. Faut-il voir ici un souvenir de Jack l’éventreur ? Pourquoi cette violence ? On sait par ailleurs que l’Américain Ed Gein, auquel Netflix consacre une série en octobre, concevait également des vêtements en peau humaine…

Pierre Jourde : Bien vu pour Ed Gein, c’est à lui que j’ai pensé pour Alastair. Et aussi, secondairement, au personnage de Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse. La violence de certaines scènes incarne certaines obsessions, certaines pulsions. Les mythes, eux aussi, peuvent être très violents : Prométhée, Œdipe, Orphée, etc. Le corps ne peut pas échapper à la recherche du sens, qui doit toujours être incarnée. Si Alastair veut devenir autre, il doit l’incarner par un nouveau visage, et c’est aussi une manière de représenter l’échec de cette quête. 

De même, et de façon annexe, Thalia et son frère Alastair évoquent brièvement le christianisme. On sait que vous avez publié un bref essai autour de la foi (Croire en Dieu, pourquoi ? collection « Tracts », Gallimard, 2022). J’en reviens à Huysmans. Votre écriture possède-t-elle une part de mysticisme ? 

Pierre Jourde : Oh oui. Je ne suis pas croyant, mais la figure du Christ est très importante pour moi. Elle apparaît plusieurs fois dans le roman. Cette forme de mysticisme développée autour de cette figure consiste à croire que la joie est l’autre face de la souffrance, ou, pour le dire comme Bernanos, « tout est grâce ». Mais le découvrir ou le ressentir sont des choses bien différentes.

La tentation chrétienne nous ramène à Huysmans et à la littérature fin-de-siècle que vous affectionnez, et que vous évoquez particulièrement dans l’essai Littérature-monstre (coll. « L’Esprit des Péninsules », Balland, 2008). Vous citez ainsi de nombreux auteurs, qu’affectionne d’ailleurs le couple formé par Thalia et Charles. On pense à Charles Cros, qui apparaît dans la fiction, à Baudelaire, évidemment, mais aussi à divers poètes anglais comme Dante Gabriele Rossetti. S’agit-il de vos références ? En quoi ces auteurs vous nourrissent, nourrissent votre inspiration, et éventuellement votre réflexion ? 

Pierre Jourde : J’ai surtout abordé cette littérature dans mon mémoire pour l’habilitation à diriger des recherches, publié sous le titre de L’Alcool du silence, titre emprunté à Laforgue. J’évoque en effet certains poètes de l’époque, notamment Laforgue, Cros, Corbière. Ces poètes jouent sur le déséquilibre, l’humour, l’auto-dérision, de sorte qu’on ne se sent pas intimé à l’émotion, comme chez Hugo.

Ces poètes ont compris que le beau lyrisme impeccable, avec sa belle rhétorique, contredit l’expression de la souffrance, qu’elle ne peut se dire qu’avec une sorte de maladresse, avec une certaine ironie, et l’émotion en est d’autant plus vive. C’est en effet un modèle esthétique pour moi. Une œuvre d’art sans humour, sans distance, manque de conscience. Rossetti et Tennyson sont d’une tout autre étoffe, plus lyriques, plus romantiques. Ils représentent dans le récit l’impossible rencontre entre femmes et hommes. Quant à Baudelaire, que dire, sinon qu’il a tout compris de la douleur humaine…

Outre Baudelaire, donc, ou d’autres créateurs très connus, il semble que vous aimiez citer des « oubliés », comme Léon Dierx. C’est ce que vous faisiez déjà dans Littérature-monstre (cf. plus haut). S’agit-il de « déterrer » des poète mineurs injustement négligés par la critique ? 

Pierre Jourde : Il y en a, en effet, qu’il serait bon de redécouvrir, Tristan Derême, Toulet, Régnier, mais les parnassiens comme Dierx posent un peu trop au poète impeccable et impassible. J’avoue l’avoir placé comme un exemple de la poésie technique, quelque peu ennuyeuse. À chaque époque il y a de tout dans la littérature, ce que j’ai voulu représenter.

Mais la fin du XIXe siècle est je crois l’âge d’or de la poésie, entre exigence formelle (les parnassiens, Mallarmé, Baudelaire) et inventions (Verlaine, Rimbaud, Laforgue). On ignore trop en France les poètes étrangers. Il y a eu bien sûr les romantiques anglais, Shelley, Keats, Wordsworth, Byron, Coleridge, mais à la fin du XIXe siècle, il ne faut pas oublier Tennyson ou Rossetti, importants dans le roman, et au XVIIIe siècle, Gray. Et je cite un poème de Heine bouleversant, « Le Retour ».

Vous avez sérieusement « égratigné » nombre de contemporains, notamment dans La Littérature sans estomac (L’esprit des Péninsules, 2002). Vous sentez-vous plus proche de ces auteurs passés ? Quels auteurs actuels vous paraissent « frères » ? 

Pierre Jourde : « Proches », cela dépend. L’un d’eux est un devenu un ami proche, Patrick Tudoret, qui développe une belle œuvre. Pascale Roze est une femme généreuse et adorable. Après avoir égratigné Olivier Rolin ou Camille Laurens, j’ai publié des critiques favorables sur certains de leurs livres. J’ai cru qu’un jour Angot pourrait écrire un livre lisible. J’ai essayé. C’est toujours affligeant.

Houellebecq est en pleine déchéance, il écrit n’importe quoi, son dernier roman est pathétique. Beigbeder, au contraire, s’est beaucoup amélioré, et c’est aussi un grand lecteur, dont j’aime les critiques ironiques ou enthousiastes. Je n’ai pas vraiment de « frères », au sens où ce seraient des auteurs qui me ressembleraient. Je n’en vois pas. Ma planète littéraire est isolée. En revanche, j’ai des admirations, que j’ai mentionnées.

De fait, l’écriture semble relativement classique, très éloigné de l’écriture blanche. Les phrases sont longues, riches en subordonnées et en images. Vous refusez le style clinique, journalistique, d’un Houellebecq. Est-ce délibéré ?

Pierre Jourde : Je ne refuse rien, simplement ce n’est pas mon écriture. Est-ce délibéré ? Je ne sais pas. Je ne me suis pas dit un jour : « Tiens, je vais faire des phrases longues ». Ça s’est imposé parce que c’est ma façon d’aborder le corps de la littérature : contradictions, hypothèses, ressemblances, la phrase est une recherche complexe de la vérité, et aussi une machine qui doit servir, pour moi, à mettre en relation des zones proches ou éloignées du texte, ce qui est plus facile quand la phrase est complexe. 

On note aussi que vous utilisez souvent des termes rares et/ou désuets. Pourquoi ce choix ? S’agit-il de rendre hommage à la langue, de la rétablir dans ses droits, face à l’invasion du langage texto et/ou de cette même écriture blanche ?

Pierre Jourde : Est-ce véritablement un « choix » ? Parfois je ne suis pas tout à fait conscient que certains mots que j’emploie sont rares. J’ai l’impression d’être un peu décalé par rapport à certains écrivains contemporains dont le lexique se compose de 500 mots.

Mais parfois, en effet, c’est tout à fait volontaire, mes personnages emploient certains mots rares par ironie, et il s’agit souvent de mots argotiques disparus. J’aime mêler l’ample période à Proust avec des mots désuets ou argotiques, pour mêler humour et émotion. Et puis écrire est un artisanat. Que ce serait un artisan qui ne sait pas utiliser toutes les matières, et tous les outils de son métier ? 

Malgré la présence de poètes, les nombreuses références littéraires, vous semblez exprimer des réserves à l’égard du langage. À plusieurs reprises, les personnages déplorent le décalage entre les mots et la chose, les émotions propres. Doutez-vous de la littérature même, qui serait impuissante ?

Pierre Jourde : Ce n’est pas exactement ça. Mais, en effet, la littérature rompt le silence, et du coup donne une importance exagérée à ce qui devrait s’énoncer comme un murmure. La littérature fait trop de bruit. Elle est impudique. L’enjeu de l’écriture, c’est devenu banal depuis Blanchot, est de se rapprocher de ce silence primordial, ou en tout cas de le pointer comme l’origine et l’horizon. 

Outre la littérature, vous évoquez aussi, de manière plus fugace, la peinture dans quelques pages. Pourquoi, à ce propos, avoir nommé le clown Alastair « Alastair » ? Le patronyme renvoie effectivement au baron Hans-Henning von Voigt (1887-1969), peintre d’origine allemande surnommé « Alastair », donc. 

Pierre Jourde : Fugace, pas tant que ça : les descriptions détaillées des Pélerins d’Emmaüs de Rembrandt, d’Ophélie de Millais ou de Beata Beatrix de Rossetti ont une place centrale dans le récit. Sans compter les bas-reliefs, les gravures qui font fantasmer certains de mes personnages. La musique a également une grande importance, le double concerto pour violons de Bach, diverses complaintes populaires, la musique de cirque, la représentation de Tannhäuser à Paris et les opérettes de Hervé.

Il faut y ajouter l’importance du théâtre, Shakespeare, mais aussi les pantomimes, le french cancan, etc. Sans parler de la sculpture, avec notamment la Venus Sosandra, et des arts décoratifs. Un peu à la manière de Wagner, j’ai eu l’ambition de réaliser une gesamtkunstwerk, une œuvre où tous les arts se répondent. Mais pour répondre précisément à la question sur le choix du prénom « Alastair », Je l’ai choisi en premier en référence à Alasteir Crowley (1875-1947), un occultiste, magicien et nazi anglais dont la somme des lettres composant son nom donne 666, le chiffre de la Bête de l’Apocalypse. Bon programme.

Lorsque je finissais le roman, mon épouse, Hélène Védrine, spécialiste des rapports entre arts plastiques et littérature, m’a fait découvrir Alastair, le peintre, très inspiré de Beardslay. Cela tombait à pic : sa vie et son œuvre permettent au personnage d’Alastair de se découvrir une sorte de fils spirituel, et accéder à une forme de sublimation, de se décharger du poids de ses obsessions et de ses crimes. Pour dire un mot des autres prénoms, Silas fait référence à Uncle Silas, un roman gothique très inquiétant de Sheridan Le Fanu, Uriah au personnage de Uriah Heep, un hypocrite malfaisant dans David Copperfield de Dickens, et Rupert au prince Rupert, général anglais du XVIIe siècle, cruel et accusé de pratiquer la sorcellerie, mais aussi graveur, grand spécialiste de la manière noire. Son œuvre la plus célèbre représente la décapitation de Jean-Baptiste.

Quelle famille ! Quant à Thalia, le prénom provient du conte de Giambattista Basile : Sole, Luna e Talia, qui fait partie du Pentamerone, recueil publié de 1634 à 1636. Dans cette version ancienne de La Belle au bois dormant, Talia est violée dans son sommeil par le prince charmant. Mais dans la mythologie grecque, Thalia, « la florissante », est aussi la muse de la comédie. Pour une clownesse, cela me semblait adapté.

Nous évoquions vos doutes face au langage, à la littérature. Il semble aussi que, parfois, vous doutiez de l’amour. S’il a pu l’aimer, Thalia est d’abord pour Charles un « objet d’étude », une sorte de Belle au bois dormant, donc, immobile et passive, et d’ailleurs on songe parfois à un cadavre, notamment lorsque vous reprenez l’histoire d’Elizabeth Siddal (1829-1862), compagne de l’Anglais Dante Gabriel Rossetti. Le sexe apparaît fréquemment comme trivial… Arthur Schopenhauer, grande référence « fin-de-siècle », est brièvement évoqué. Peut-on parler d’une littérature pessimiste ?

Pierre Jourde : Pas vraiment, même si effectivement ce qu’on appelle « amour » est souvent maltraité dans ce récit. Il y a aussi une scène de nécrophilie. Toutes les perversions y passent. Schopenhauer n’est pas vraiment pris au sérieux, contrairement aux naturalistes du XIXe siècle. Je cite la conversation entre Charles et Alastair :

-Schopenhauer ?

-C’est ça… Je ne l’ai pas lu, mais qu’est-ce qu’on m’a bassiné avec lui, avec son pessimisme… Des bourgeois à cigare qui veulent poser à celui à qui on ne la fait pas… L’amour comme une ruse de la nature, ou je ne sais quoi… Eh bien si c’est ça, il n’a rien compris.

Mais votre question touche à l’essentiel dans ce roman. Les personnages sont en recherche de l’amour, mais se demandent ce qu’on appelle « amour ». Ce sentiment existe-t-il vraiment ? N’est-il pas une vieille fiction qu’on essaie toujours de réaliser, ce qui débouche forcément sur un échec ? Donc le roman, et surtout les romans dans ce roman, épuisent toutes ces fictions, les éliminent, ce qui peut effectivement faire penser à un certain pessimisme. Proust a voulu se débarrasser des illusions de l’amour. Mais ce n’est pas le cas dans La Marchande d’oublies. À la fin, à force d’avoir éliminé les fictions de l’amour, quelque chose se passe, comme l’aboutissement d’une quête mystique, et pour citer le roman, « un minuscule accroc d’éternité dans l’étoffe du temps ».

ActuaLitté : Objet d’étude, donc, totalement léthargique, revendue par sa famille, Thalia incarne-t-elle, à elle seule, la condition des femmes de l’époque ? La « petite négresse », ou la marchande d’oublies, ne connaissent pas non plus un sort très enviable. Peut-on parler de féminisme, ici, ou, à tout le moins, de dénonciation ?

Pierre Jourde : Tout à fait. Les femmes dans le roman sont des proies, ou des objets que l’on peut manipuler à son gré. Le XIXe siècle est, je crois, l’époque la plus misogyne de notre histoire, et le discours misogyne s’articule, se développe, se théorise. Huysmans en est un grand spécialiste. Les personnages masculins dans ce roman déploient leurs fantasmes de possession, femme exposée, femme léthargique, femme violée, mais la possession n’aboutit jamais, il faut aller jusqu’à la destruction, qui est encore un échec.

Car Alastair, en grand pervers, ne désire pas seulement l’objet, mais veut aussi posséder la conscience de sa proie. Thalia, objet de fantasme, s’y soumet en partie, comme le faisaient beaucoup de femmes, mais en même temps critique ces fantasmes, se rebelle, montre à son compagnon, Charles, à quel point tout cela pervertit les liens entre hommes et femmes, et finalement se demande si ce lien est possible.

Elle refuse également un certain idéalisme qui revient à la même chose : être le modèle d’un peintre qui va faire de son visage un chef-d’œuvre n’est qu’une variation sur le thème de la femme objet. Si une femme, déclare Thalia, n’est pas dans la société un sujet de plein droit, peut-il y avoir « amour » entre deux sujets inégalitaires ? Le féminisme, ici, consiste à se débarrasser de tous les pièges qui font obstacle à un vrai lien entre les deux sexes. 

 
 
 
 
 

Crédits image : Photo F. Mantovani © Gallimard

 

Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com

15 Commentaires

 

rolan peltier

16/10/2025 à 14:25

25,00 €

ça me ferait bien iech de lâcher autant pour du jourde

au pays des réacs la canaille fait son beurre

NAUWELAERS

17/10/2025 à 20:33

Rolan Peltier,
Tout le monde admire votre immense talent !
De raté frustré...
Formidable entretien avec un vrai grand écrivain, bravo à Étienne Ruhaud.
Et à Jourde.
CHRISTIAN NAUWELAERS

NAUWELAERS

17/10/2025 à 20:35

Bravo à Étienne Ruhaud pour ce superbe entretien avec un vrai grand écrivain !
Qui plane au-dessus des médiocres frustrés...
CHRISTIAN NAUWELAERS

Merci

18/10/2025 à 13:37

Merci Christian,

Il faudrait qu'on corresponde
er10@hotmail.fr

Etienne Ruhaud

19/10/2025 à 06:53

Merci Christian.
Ecrivons-nous si vous voulez.
Vous connaissez mon blog? Il y a mon adresse mail. Je ne peux pas la partager ici, je crois.
Bien amicalement,
Etienne Ruhaud

koinsky

17/10/2025 à 08:02

Un artisan est quelqu'un qui met ses doigts, ses mains, son corps en danger pour façonner des objets fonctionnels et physiques ...

Etienne Ruhaud

18/10/2025 à 12:20

Il y a aussi un artisanat des mots. Une façon de travailler le style

rolan peltier

18/10/2025 à 16:54

NAUWELAERS

Merci pour votre hommage, j'en attendais pas moins venant d'un vieux briscard des réseaux, néanmoins, mon talent regorge de créativité qu'ici, je ne fais point paraître... Par discrétion et humilité, comprenez bien.

Cela n'invalide en rien mon avis sur l'écrivailleur susnommé.

B A V_Rolan

NAUWELAERS

19/10/2025 à 13:18

Rolan,
Si tous les écrivailleurs et cacographes avaient le quart du dixième du talent et de la culture de Jourde, la littérature aurait bien plus belle allure...
CHRISTIAN NAUWELAERS

Etienne Ruhaud

20/10/2025 à 21:29

Christian ça ne sert à rien de répondre aux trolls sous pseudo. Bonne semaine

rolan peltier

21/10/2025 à 12:12

À la tienne Étienne, comme on dit dans les mauvais romans ?

Éculé je sais, mais qui vous sied tant.

PS pour NAUWELAERS

Toujours le king de la majuscule, on dirait...

NAUWELAERS

21/10/2025 à 16:52

Etienne,
Je n'ai AUCUN pseudo et je ne m'intéresse plus à vous.
Vous êtes décevant !
J'écris sous mon nom, monsieur le donneur de leçons totalement fausses.
Vous avez tort.
J'accepte vos excuses éventuelles.
Quelle mouche vous a piqué ?
Vous comprendo ???
CHRISTIAN NAUWELAERS MON VRAI NOM
CHRISTIAN NAUWELAERS MON VRAI NOM
CHRISTIAN NAUWELAERS MON VRAI NOM

ETIENNE RUHAUD

21/10/2025 à 17:55

Je vous disais de ne pas répondre à ce monsieur Roland Peltier, qui écrit sous pseudo. On ne répond pas aux gens sous pseudo. C'est une perte de temps et d'énergie.
Bien à vous,
ETIENNE RUHAUD

Etienne Ruhaud

21/10/2025 à 18:25

Vous n'avez pas compris désolé

rolan peltier

21/10/2025 à 23:36

On dirait du Molière écrit un soir de biture

_musant_

Ça foire dans les frocs (godot)

"Quelle mouche vous a piqué ?"

Du grand art, un poète enfin révélé

La marchande d'oublies

Pierre Jourde

Paru le 21/08/2025

656 pages

Editions Gallimard

25,00 €

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Marraine de la première édition du Prix La SAIF x Ce qui nous lie, l’autrice et illustratrice Cy défend une création indissociable des luttes collectives. Remise le 13 septembre, pendant le festival Les Muses, cette nouvelle récompense ne distingue pas une œuvre : elle offre à un collectif engagé trois jours pour se retrouver, réfléchir et reprendre son souffle.

22/07/2026, 15:51

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La première librairie antiraciste de France mise sur le numérique

Ancienne ingénieure à la SNCF, Nawal Kerdougli a créé au printemps ManYaya, la première librairie exclusivement antiraciste en France. Interrogée par ActuaLitté, elle revient sur les origines de ce projet, ses choix éditoriaux et son ambition de rendre ces ouvrages accessibles partout en France, notamment dans les territoires où l’offre spécialisée est limitée.

17/07/2026, 17:27

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Renaud Lefebvre (SNE) : “Les opérateurs d'IA sont en infraction permanente”

L'année 2026 n'est pas de tout repos pour l'industrie de l'édition, confrontée à un repli des ventes et à un recul apparent des pratiques de lecture. Parallèlement, la situation budgétaire de l'État entraine une contraction des soutiens publics, tandis que de puissants acteurs technologiques prennent leurs aises, afin de développer des outils d'intelligence artificielle... Renaud Lefebvre, directeur général du Syndicat national de l'édition (SNE), est revenu pour ActuaLitté sur quelques sujets de préoccupation.

16/07/2026, 11:19

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Yon : la BD de Camille Broutin qui fait dialoguer manga et science-fiction

Noure, libraire au Renard doré, dans le 5e arrondissement de Paris, défend Yon, de Camille Broutin, publié chez Dargaud. Entre manga, science-fiction et récit de survie, elle voit dans ce premier tome une œuvre graphique très maîtrisée, portée par des adolescentes qui existent pour elles-mêmes et par une narration assez ouverte pour accueillir de nombreux lecteurs.

14/07/2026, 15:49

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Makassar “unique fautif” ? Pollen refuse le procès trop simple

La crise Makassar ne se résume pas, estime Benoît Vaillant, à la défaillance d’un seul — fut-il diffuseur-distributeur. À la tête de Pollen, il organise actuellement l’arrivée d’une trentaine de structures (principalement de BD), en collaboration avec Vincent Dodivers. Mais le président de Pollen réaffirme surtout le besoin d’une lecture plus collective, face à un modèle qu’ont fragilisé les coûts de stockage.

10/07/2026, 10:14

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OPlibris-Dilicom : une boussole pour la facture électronique

La facture électronique ne changera pas seulement le format des documents comptables. Pour les maisons d’édition indépendantes, elle pose une question plus concrète : où circuleront, demain, les factures, les données clients, les informations fournisseurs, les statuts de paiement et les écritures qui, jusqu’ici, passaient souvent par un outil de gestion, un PDF, un mail et un cabinet comptable ?

09/07/2026, 10:26

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Avec l'iridologie, Coralie Imhoff entend ”porter un autre regard sur votre regard”

Coralie Imhoff a publié aux éditions Quintessence L’iridologie psycho-émotionnelle - Explorer le lien entre terrain, émotions et inconscient à travers l’iris. Elle y présente une lecture de l’iris qui ne se limite pas au terrain physiologique, mais prend aussi en compte les émotions, l’inconscient et certains éléments transgénérationnels. L’ouvrage s’adresse aux thérapeutes comme au grand public, avec une cartographie et des signes observables sans matériel spécifique.

07/07/2026, 11:54

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On était des anges : la bande d’ados si juste qu’on croit l’avoir connue

À la librairie Vignettes, dans le 19e arrondissement de Paris, Ariane défend On était des anges, album d’Anne-Caroline Pandolfo dessiné par Terkel Risbjerg et publié chez Dargaud. Ce qui la frappe : une bande d’adolescents immédiatement crédibles, un récit qui alterne comédie, mélancolie et silences, et un dessin dont la fluidité apparente cache une précision très fine.

05/07/2026, 10:56

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À Kinshasa, La Maison du Savoir réinvente la librairie francophone

À Kinshasa, La Maison du Savoir s’est imposée en quelques années comme l’un des acteurs majeurs du livre. Fondée par Raïssa Hakim, pharmacienne de formation devenue libraire par conviction, l’enseigne compte aujourd’hui trois points de vente et poursuit son développement avec l’ouverture prochaine d’une quatrième librairie. Loin des réseaux habituels, Raïssa Hakim avance vite et bien dans l’une des plus grandes villes d’Afrique, en portant une image moderne, vivante et ambitieuse de la librairie francophone. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

03/07/2026, 16:39

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Roxane Blondel, un yoga à hauteur de soi : "Le yoga doit pouvoir s’adapter à chacun"

Avec Le Yoga qui vous ressemble – Des pratiques simples et accessibles pour chaque moment de votre journée, publié aux éditions Grancher, Roxane Blondel défend une pratique souple, concrète et inclusive. Professeure de yoga, créatrice d’outils pédagogiques et ancienne pâtissière, elle propose un ouvrage à consulter selon ses besoins, pour faire du mouvement un véritable soutien au quotidien.

25/06/2026, 16:19

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IA et littérature : Hervé Le Tellier et Abel Quentin face à la grande dépossession

Face à l’intelligence artificielle générative, Hervé Le Tellier et Abel Quentin ne parlent pas seulement de littérature. L’un, venu des mathématiques et de l’Oulipo, interroge la disparition possible du geste d’écrire, le choc professionnel, psychologique et démocratique que provoquent les machines. L’autre cherche des lieux où préserver l’intelligence humaine, la lenteur, la joie et la confiance. 

20/06/2026, 11:22

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“La cage n’est pas simplement un ensemble de barreaux de fer”

Dans Naissances au zoo, Ashraf Al Ashmawi fait du zoo une métaphore de la condition humaine. Ancien juge, il explore justice, pouvoir et fragilité des êtres, sans réduire ses personnages à des archétypes. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Littérature » pour Naissances au zoo, il répond aux questions d’ActuaLitté.

19/06/2026, 11:05

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“Accompagner la lecture est une affaire collective” (Association des Bibliothécaires de France)

L'Association des Bibliothécaires de France a ouvert, ce mercredi 17 juin, son 71e congrès à Rennes, au sein du Couvent des Jacobins. L'organisation a choisi un thème fédérateur, l'hospitalité, qui rappelle que les établissements de lecture publique incarnent le premier équipement culturel de proximité, par ailleurs libre d'accès. Un statut qui n'empêche ni les remises en cause ni les réflexions... Le bureau national de l'ABF a abordé, pour ActuaLitté, une variété de sujets à l'occasion d'un entretien.

18/06/2026, 13:11

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“Des chemins de traverse” pour “donner de la joie” : le pari des éditions Poids Plume

Depuis le début de juin, les éditions Poids Plume ont confié leur diffusion et leur distribution à DG Diffusion. Fondée en 2022 à Morlanne, dans les Pyrénées-Atlantiques, par Gaëlle Perret, la maison indépendante entend renforcer sa présence en librairie. Stockage, suivi des ventes et logistique constituent les principaux leviers de ce passage à une diffusion nationale, sans dissocier développement commercial, illustration et transmission.

18/06/2026, 12:42

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Affaire Samuel Paty : “J'étais susceptible de reconnaître mes étudiants dans tous les jeunes accusés“

Dans Notes d’une enseignante sur le procès de l’assassinat de Samuel Paty publié aux éditions Maurice Nadeau, Eloïse Lièvre propose une approche incarnée et réflexive du procès des huit personnes accusées d’être impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty qui s’est tenu à l’hiver 2024. Un livre qui mêle récit personnel, journal du procès, analyse intellectuelle et réflexion morale. Par Olivier Stroh.

17/06/2026, 18:24

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“Sans surmonter ces griefs historiques, aucun dialogue significatif ne peut s’épanouir”

Dans son essai, Zuhair Tawfiq explore la manière dont les stéréotypes se construisent entre Orient et Occident. À travers cette réflexion, il questionne le rôle de l’écrivain dans la déconstruction des idées reçues et des représentations de l’Autre. Lauréat du Sheikh Zayed Book Award 2026 dans la catégorie « Critique littéraire et artistique » pour Perceiving the World: Mutual Stereotypes Between the Self and the Other, il répond aux questions d’ActuaLitté.

16/06/2026, 10:53

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“Traduire un texte vieux de plusieurs siècles est un véritable défi”

L’œuvre de Nawal Nasrallah navigue sur de multiples aspects : le patrimoine culinaire d’Al-Andalus et du Maghreb, l’histoire matérielle, la traduction savante et les circulations méditerranéennes constituent autant d’atouts. Elle travaille sur l’histoire et la culture de la cuisine arabe à travers les siècles, avec un intérêt particulier pour les textes culinaires médiévaux. Lauréate du Sheikh Zayed Book Award 2026 catégorie Traduction, elle répond à ActuaLitté.

13/06/2026, 07:00

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“La librairie a besoin d'une aide urgente et massive” (Syndicat de la Librairie française)

Un certain sentiment d'urgence dominait les Rencontres nationales de la librairie, à Rennes, ces 7 et 8 juin. La situation économique des commerces indépendants est en effet préoccupante, d'autant plus que les perspectives ne sont pas engageantes et que l'action publique manque de moyens... Alexandra Charroin-Spangenberg, cogérante de la Librairie de Paris (Saint-Étienne) et présidente du Syndicat de la Librairie française, et Guillaume Husson, délégué général de l'organisation, reviennent pour ActuaLitté sur les sujets du moment.

10/06/2026, 14:53

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“La poésie arabe exprime des expériences humaines universelles”

Traducteur d’Adonis, Mahmoud Darwich et Ibn Arabi, Stefan Weidner fait dialoguer depuis Cologne les cultures arabe et européenne. Lauréat 2026 du Sheikh Zayed Book Award pour Der arabische Diwan, anthologie de poésie préislamique ouverte à des voix féminines rarement traduites, il revient sur son œuvre, sa lecture de la poésie arabe et les enjeux du dialogue entre les cultures. Dans cette interview, il répond à ActuaLitté.

10/06/2026, 10:48

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Affaire Grasset : Laure Darcos et Sylvie Robert avancent une “clause de confiance”

Elles forment un tandem sénatorial très actif sur les questions culturelles, et plus particulièrement les sujets relatifs au livre. Laure Darcos, sénatrice de l'Essonne (Les Indépendants - République et Territoires) et Sylvie Robert, sénatrice d'Ille-et-Vilaine (Socialiste, Écologiste et Républicain) et vice-présidente du Sénat, évoquent leur proposition de loi sur le contrat d'édition, la lutte contre la concentration du secteur, et dressent aussi un premier bilan du sort réservé à la culture sous les mandats d'Emmanuel Macron.

09/06/2026, 16:20

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“Rimbaud nous demande justement de repenser ce qu’est la modernité”

Avec son Découvrir Rimbaud aux Éditions sociales, Alix Stéphan relit le poète à travers l’histoire, la révolution et les lignes politiques de son œuvre. De l’opacité des textes aux héritages décoloniaux, du refus du travail aux rapports de domination, elle défend une lecture située de Rimbaud, attentive au contexte sans épuiser le mystère des poèmes. Propos recueillis par Vivian Petit.

09/06/2026, 12:28

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La Goutte créative : une maison indépendante mise sur le livre vivant

Fondée par Charlotte Cruz et Chilly Charly, La Goutte Créative rejoint le réseau de diffusion et de distribution de DG Diffusion. La jeune maison indépendante défend un catalogue à la croisée des sagesses du monde, de l’imaginaire, de la transmission et du développement personnel. Charlotte Cruz y voit surtout un moyen d’élargir la portée d’un projet éditorial fondé sur l’éthique, l’écologie et le lien direct avec les lecteurs.

08/06/2026, 17:01

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Richard Sebag et Patrick Aurignac, anciens du grand banditisme, se racontent

Deux anciens détenus témoignent qu’une autre vie reste possible, même après les foyers, les braquages, les centrales, les années de prison et les retours presque impossibles. Au festival Passeurs de Livres, à Alès, Richard Sebag et Patrick Aurignac présentent chacun un récit autobiographique : Quelques lumières sur le chemin pour le premier, Mes chemins de travers pour le second, tous deux publiés par la maison nîmoise Nombre7. Ils parlent sans fard de leurs parcours, de leurs erreurs, de la violence, mais aussi des mains tendues qui ont permis la sortie.

06/06/2026, 13:00

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Pompier volontaire, autrice, éditrice : l’incroyable trajectoire de Fanny Destenay

Il y a des parcours qui avancent par bifurcations successives, mais toujours dans la même direction. Chez Fanny Destenay, l’énergie frappe d’abord : ancienne professionnelle de l’hôtellerie, passée, entre autres, par les pompiers volontaires, puis par la politique, l’écriture, les réseaux sociaux, les livres jeunesse et désormais l’édition, elle donne l’impression de transformer chaque expérience en terrain d’action.

05/06/2026, 15:10

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“Les Grecs et les Romains nous apprennent l’esprit critique”

Marraine de la 5e édition de Passeurs de Livres, à Alès, Laure de Chantal y revient avec un attachement particulier. Normalienne, agrégée de lettres classiques, directrice de plusieurs collections aux Belles Lettres, autrice de nombreux ouvrages sur l’Antiquité, la mythologie et la langue française, elle voit dans ce festival un lieu où se rejoignent deux fidélités : les livres et les Cévennes.

04/06/2026, 18:11

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Passeurs de Livres : le pari des sciences humaines au cœur des Cévennes

Jeudi 4 juin au matin, avenue Carnot, le festival n’a pas encore ouvert officiellement au public. Les stands achèvent de se monter, certains exposants prennent leurs marques, l’équipe règle les derniers détails techniques - jusqu’à ce compteur de visiteurs qu’il faut encore retrouver pour suivre au plus juste la fréquentation du salon. Malgré l’effervescence des derniers préparatifs, Franck Belloir, directeur du festival Passeurs de Livres, a pris le temps de nous répondre.

04/06/2026, 16:30

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Darwin et les bas-bleus : entretien avec Françoise Lavocat

Paru en mai 2026 aux éditions Station Zapata, Darwin et les bas-bleus, de Françoise Lavocat, nous plonge dans le monde politique et littéraire de la première moitié du XIXe siècle.

02/06/2026, 15:44

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“Je ne regrette aucun message” : Tommaso Debenedetti, 15 ans à inventer la mort d'écrivains

Il affirme être Tommaso Debenedetti, faussaire médiatique passé des fausses interviews littéraires aux fausses annonces de décès d’écrivains. Dans cet entretien (réalisé par email), où l’identité même de l’interlocuteur impose une prudente réserve, il revendique ses canulars comme une enquête permanente sur la crédulité des médias, l’autorité des institutions et la puissance émotionnelle de la mort à l’ère des réseaux sociaux.

02/06/2026, 10:39

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Gilles Francescano veut “offrir au monde de l’imaginaire le plus beau des festivals”

Directeur artistique des Imaginales depuis quatre ans, et acteur de l'événement depuis toujours, Gilles Francescano dresse un premier bilan de cette édition consacrée au thème « Alter ego ». Entre affluence, chaleur exceptionnelle, place de l’autre, relation gémellaire, accessibilité et avenir du festival, il défend une ambition claire : faire des Imaginales un lieu de pensée libre, d’accueil et de circulation entre les auteurs, les publics et la ville.

01/06/2026, 16:07

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Uranium, spectres et totalitarisme : le roman tchèque qui secoue les Imaginales 

Aux Imaginales, la Tchèque Lenka Elbe présentait Uranova, son premier roman, publié en français aux Forges de Vulcain dans une traduction d’Eurydice Antolin. Un livre ambitieux, impressionnant, difficile à ranger dans une seule case : enquête, roman d’amour endeuillé, récit politique, horreur, fantastique, humour noir, mémoire familiale et histoire tchèque s’y contaminent sans cesse. Au centre, une ville réelle : Jáchymov.

31/05/2026, 18:45

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Christopher Bouix, coup de coeur 2026 : “La littérature doit mordre ou griffer”

Coup de cœur des Imaginales 2026, Christopher Bouix arrive à Épinal avec une œuvre déjà multiple : un triptyque d’anticipation sur l’intelligence artificielle et les futurs déshumanisés, un roman d’horreur où les enfants massacrent les adultes, un passé d’auteur jeunesse repéré par Netflix, mais aussi un détour plus ancien par l’Antiquité, les textes grecs et latins, Socrate, la démocratie et les sorcières. Rencontre avec un écrivain qui aime les livres noirs, drôles, mordants, et les questions que le futur pose au présent.

31/05/2026, 14:00

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François Richard : “Vivre est le seul vrai choix”

C’est une épiphanie littéraire. François Richard fait paraître aux éditions du Grand Souffle Division Eidola, le troisième tome de son cycle V I E, qui peut se lire indépendamment des deux précédents bien qu’il en tire les fils narratifs jusqu’au bout de la nuit. Une épiphanie dans laquelle l’auteur manifeste la réalité cachée comme fin de la quête de ses personnages. Exacerbation, comme une bombe à fragmentation, du précepte proustien dans Le Temps retrouvé : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. » Par Olivier Stroh.

29/05/2026, 11:12

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Et si la nouvelle censure culturelle était celle qu’on ne voit plus ?

Une œuvre interdite, une exposition vandalisée, un concert annulé : la censure possède encore des images faciles à reconnaître. Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création du ministère de la Culture décrit pourtant un déplacement plus discret. Projets modifiés avant la polémique, programmation ajustée par anticipation, financement devenu levier, décisions administratives difficiles à qualifier : l’atteinte la plus efficace pourrait être celle qui évite d’avoir à se montrer.

08/08/2026, 13:36

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Des groupes anti-liberté d’expression identifiés et suivis par le renseignement

Le Rapport annuel 2025 pour la liberté de création contient une drôle de discrétion. Plusieurs « groupements formellement constitués », à l’origine d’actions organisées contre des acteurs culturels, seraient « pour la plupart identifiés par les services de renseignement territorial ». Voilà pour ce que l’État sait. Pour savoir qui ils sont, en revanche, le lecteur repassera : ni noms, ni nombre précis, ni famille politique ou religieuse. Le renseignement est là. L’information, beaucoup moins.

08/08/2026, 13:25

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Livres brûlés, vitrines brisées : librairies et bibliothèques sous pression en France

Entre mars 2025 et mars 2026, le ministère de la Culture a recensé 76 incidents affectant les libertés de création, correspondant à 91 mécanismes d’atteinte. Douze situations sont explicitement rattachées au livre : six pour « livre et lecture publique », six pour les librairies. Acquisitions sous pression, ouvrages détruits, rencontres déprogrammées, vitrines attaquées ou mesures de saisie : le premier bilan annuel montre surtout ce qui demeure difficile à compter. 

08/08/2026, 12:19

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Chère Élise : entre charge mentale et déclaration d'amour, l'art de réparer un seau

Depuis quelque temps, ma fille de 17 mois enrichit son répertoire. Après Il était un petit navire, Frère Jacques et Meunier, tu dors puis récemment Le Bon Roi Dagobert, voici Chère Élise. À cet âge, on écoute, on répète, on mime. Puis les adultes prêtent attention aux paroles. C’est généralement là que les ennuis commencent.

08/08/2026, 08:01

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Comment la souffrance a forgé le jeune Antonin Artaud

De 1915 à 1919, Antonin Artaud passe de cliniques en stations thermales, de Marseille à Neuchâtel, dans une tentative presque continue d’apaiser des troubles nerveux qui marqueront durablement son existence. Ilios Chailly reconstitue cette « géographie de la souffrance » à partir d’archives, de sources médicales et de documents parfois inédits, et montre combien ces années de cures, de diagnostics et de traitements ont participé à façonner l’homme, l’artiste et la pensée d’Artaud.

07/08/2026, 16:20

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Lunettes connectées : comment encore rester hors champ ?

En Australie, la commissaire à la vie privée Carly Kind s’interroge sur la nécessité de nouvelles règles face aux lunettes connectées. En France, la CNIL redoute déjà une surveillance mobile et presque invisible. Mais ces mêmes appareils peuvent accroître l’autonomie des personnes aveugles ou malvoyantes. De Robbe-Grillet à Samanta Schweblin, les livres posent alors la vraie question : peut-on encore choisir de rester hors champ ?

07/08/2026, 15:51

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Du papier au numérique, la révolution qui bouleverse le manga japonais

Le Weekly Shonen Jump, berceau de Dragon Ball, One Piece ou Naruto, est tombé à un plus bas historique depuis 1971 : son tirage moyen n’était plus que de 985.000 exemplaires entre avril et juin 2026. C’est la première fois en 55 ans que la revue repasse sous le seuil symbolique du million d’exemplaires. Plus qu’un simple mauvais chiffre, ce recul illustre l’effacement progressif d’un modèle longtemps central au Japon : celui du grand magazine imprimé de prépublication.

07/08/2026, 15:45

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L’AFDAS suspend les formations pour artistes-auteurs centrées sur l’IA

L’AFDAS a instauré un moratoire sur le financement des formations principalement consacrées à l’intelligence artificielle générative. Limitée au fonds de formation des artistes-auteurs, la mesure s’appliquera jusqu’au 31 décembre 2026. Les enseignements professionnels dans lesquels ces outils n’interviennent qu’à titre secondaire restent éligibles.

06/08/2026, 10:06

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Les premières traductions françaises de L’Odyssée : une odyssée littéraire

On parle beaucoup de la sortie du film de Christopher Nolan. Mais quelles sont les premières éditions françaises de ce poème épique ? Publiée en 1716, la plus célèbre est la traduction en prose de la philologue Anne Dacier, qui sert de base à une autre traduction en vers suivie d’une polémique entre les deux traducteurs se terminant par un bon repas. La traductrice d’Homère sera plus tard immortalisée dans le comics américain Wonder Woman.

06/08/2026, 10:02

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À Ceuta, 72 000 migrants et des vies laissées hors compte

À Ceuta, Madrid estime que 72 000 personnes ont franchi la frontière et que 70 000 sont reparties ou ont été reconduites. Le bilan humain reste disputé, tandis qu’environ un millier de mineurs non accompagnés demeurent dans l’enclave et que des familles cherchent leurs proches. Sept récits, romans, albums et essais rouvrent ce que les mots « flux », « retour » et « sécurisation » voudraient déjà refermer.

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Lipœdème : “Aucun régime ni aucun sport ne le fera disparaître“

Comment expliquer qu’une maladie touchant des centaines de milliers de femmes demeure si souvent confondue avec un simple surpoids ? « Il faut perdre du poids » : c’est probablement la réponse que les patientes atteintes de lipœdème entendent le plus souvent. Et pourtant… aucun régime ni aucune activité sportive ne suffisent à faire disparaître cette pathologie chronique. Dans Le Guide complet du lipœdème (éditions Dangles), Manon Chavaudrey entend briser l’invisibilité qui entoure encore la maladie et donner aux femmes les moyens de mieux comprendre leur corps.

04/08/2026, 14:59

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Après Makassar, qui paiera le prix de l’édition indépendante ?

L'effondrement de Makassar a agi comme un révélateur des fragilités de la diffusion-distribution indépendante. Dans cette tribune, Christophe d’Estais interroge l’ensemble de la chaîne du livre : éditeurs et libraires sont-ils prêts à assumer collectivement le coût de l’indépendance, de la spécialisation, du temps consacré aux textes et d’une logistique moins industrielle ? 

03/08/2026, 12:11

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Splendeur et misère de Donald Trump, raconté en huit livres

À 80 ans, Donald Trump a transformé la pelouse de la Maison-Blanche en arène. Pour retracer l’héritier, le promoteur, la vedette, le candidat, le président défait, le condamné puis le revenant, nous avons retenu huit œuvres qui composent une biographie oblique. Romans, manga, théâtre, tragédie et philosophie mettent au jour les mécanismes d’une ascension que les chutes n’ont jamais interrompue.

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Précomptes prescrits : des droits perdus au “Fonds solidaire pour les artistes”

Plus de 31 millions € : telle est la somme correspondant aux « précomptes prescrits », des cotisations sociales versées par des diffuseurs pour des artistes-auteurs bénéficiaires, qui n'ont finalement jamais reçu cette somme, faute d'identification. La Maison des Artistes et le syndicat Solidarité Maison des Artistes - CFDT (SMdA-CFDT) proposent, dans une tribune, de mettre ces moyens dans un « Fonds solidaire pour les artistes ».

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Comptine Le Bon Roi Dagobert : une histoire d'organisation et de management toxique

Alors que ma progéniture jubile d'avoir en boucle l'histoire d'une culotte mise à l'envers, j'endure le supplice du pal, version musicale. Elle rit d'une distraction, quand son père est effrayé par ce monarque prompt à dépouiller qui vole à son secours. Au fil de 24 couplets, « le bon saint Éloi » perdra ses vêtements, son argent, ses cheveux, sa dignité – et sa vie ne tient qu'à un fil. Que les enfants s'égosillent, fort bien : l'inspection du travail a du pain sur la planche

01/08/2026, 08:41

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Quand les États tournent le dos à la justice mondiale : la crise du CPI

Le Niger, le Burkina Faso, le Mali, le Venezuela et le Tchad ont annoncé ou engagé leur retrait de la Cour pénale internationale, tandis que son procureur Karim Khan vient d’être destitué. Les procédures ouvertes ne s’éteignent pas, mais leur exécution dépend des États. De Philippe Claudel à Svetlana Alexievitch, huit livres rappellent ce que cette fragilisation menace : des preuves, des voix et des noms.

31/07/2026, 09:30

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Pourquoi ChatGPT refuse d’imiter Stephen King, Houellebecq ou Agatha Christie

Donc ChatGPT refuse d’imiter les écrivains célèbres — sauf un peu. Lors de tests menés fin juillet, la machine n'a pas accepté de rédaction de texte reproduisant la voix précise de divers écrivains célèbres, vivants ou disparus. OpenAI n’a pourtant annoncé aucune nouvelle règle. Et le verrou laisse une porte entrouverte : le service accepte encore d’en reprendre l’atmosphère, le rythme ou les procédés généraux. C'est que chacun des assistants actuels garde sa propre définition du pastiche acceptable.

 

30/07/2026, 17:04

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Dans les ruelles hantées de Casablanca

J’aborde la lecture de Galerie marocaine de Jamal Eddine Naji à travers une grille psychopathologique. La ville est traversée de syndromes névrotiques. La société paradoxale marocaine s’y prête parfaitement. L’ouvrage est une psyché collective. Les portraits, les souvenirs sont autant de vignettes mnésiques. Il ne s’agit pas d’un récit continu, mais d’une juxtaposition de scènes, de figures, de visages, de voix. 

29/07/2026, 18:25

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“L'emprise est invisible. Elle ne fait pas de bruit.”

Comment comprendre les mécanismes invisibles de l'emprise. « Pourquoi est-ce que tu ne pars pas ? » C'est probablement la question que l'on pose le plus souvent aux personnes sous emprise. Et pourtant… c'est peut-être la plus mauvaise. Christel Bringia publie aux Editions Jacques Grancher L'Emprise, où elle tente d'expliquer cet enfer.

28/07/2026, 10:58

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#balancetonediteur VS #balancetonauteur : le monde littéraire à contre-pied

Aujourd'hui, il est tendance de balancer par des #. L'un des derniers en date est #balancetonediteur. Par des auteurices souvent en mal de reconnaissance.  Certes, l'industrie du livre n’est pas parfaite, mais à quand le délectable #balancetonauteur ? Allons-y donc et pas vraiment, gaiement. Par Auguste Feydeau, éditeur.

25/07/2026, 20:08

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Frère Jacques, Meunier tu dors : quand dormir devient une faute professionnelle

Un jeune parent finit toujours par découvrir qu’une chanson peut être répétée sans limitation légale. Trois syllabes suffisent pour transformer le foyer en résidence artistique. Après Il était un petit navire, ma progéniture a logiquement partagé les déboires de Frère Jacques et Meunier, tu dors. Deux œuvres courtes, mais répétitives. Et répétées. Encore. Et encore. Jusqu'à se souhaiter des crises de narcolepsie...

25/07/2026, 08:30

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“Monsieur le ministre, nous demandons un moratoire sur la fusion Abes-Amue”

Parlant d'abord de « convergence », le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace a confirmé la fusion à venir de l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur (Abes) et de l’Agence de mutualisation des universités et des établissements d’enseignement supérieur ou de recherche et de support à l’enseignement supérieur ou à la recherche (Amue). Un projet qui suscite questionnements et inquiétudes : l'intersyndicale Abes interpelle, dans une lettre ouverte reproduite ci-dessous, Philippe Baptiste, ministre de l'ESRE.

24/07/2026, 10:49

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Défaillance de Makassar : la “vulnérabilité croissante” de l'édition indépendante

La situation économique du distributeur-diffuseur Makassar, partenaire d'un grand nombre de maisons d'édition indépendantes, met en danger un grand nombre de structures, qui ne recevront pas de paiement pour des ouvrages vendus. Dans une tribune, le Syndicat de l'édition alternative appelle les pouvoirs publics à agir rapidement pour préserver la bibliodiversité, par la mise en place d'un fonds de soutien exceptionnel.

22/07/2026, 09:29

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Celle qui sait : 12 000 livres imprimés, 3067 vendus… mais une rupture de stock ?

À peine paru, déjà en rupture ? Le thriller Celle qui sait, de Riley Sager, aurait donc provoqué une razzia, à en croire son éditeur, Verso, un label du Seuil. Fort d’un premier tirage de 12.000 petits pains, le roman, traduit par Dominique Haas, comptabilisait 3067 ventes au 12 juillet, d’après les données GfK communiquées par la maison. Mais alors, où sont les quelque 9000 autres volumes ? Petit exercice de mathématiques à l’usage des nostalgiques du cahier de vacances.

21/07/2026, 16:53

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“La littérature est un sport-business : bienvenue dans le mercato le plus opaque du monde”

Et si l’édition fonctionnait comme un jeu de management sportif ? Charles Garatynski compare la sélection des manuscrits au « scouting » footballistique : des milliers de candidats, quelques signatures, des filtres de plus en plus rapides et, souvent, aucun retour.

20/07/2026, 18:11

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La comptine “Il était un petit navire” : autopsie d’un cannibalisme parfaitement évitable

Mon enfant adore Il était un petit navire. Moi aussi, à son âge, j’étais censé apprécier cette histoire maritime pleine d’entrain, dans laquelle un équipage mal préparé envisage de manger un mousse avant même d’avoir vérifié s’il restait une boîte de sardines. Devenu père, me voici contraint de rouvrir le dossier. Et les conclusions sont toujours aussi accablantes. Bande de buses de marins d'eau de baignoire...

18/07/2026, 15:04

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Réduire la lecture à un plaisir ? C'est avant tout “un instrument de liberté”

À force de vouloir sauver la lecture, on finit parfois par l’enfermer dans deux cases : le divertissement agréable ou l’effort salutaire. Dans une tribune publiée par Libération, l’avocat et éditeur Jean-Claude Zylberstein déplace le débat. Les livres lui ont permis de franchir des frontières sociales, professionnelles et intellectuelles. Le plaisir ouvre l’ouvrage ; l’émancipation commence parfois à la page suivante.

16/07/2026, 15:07

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Antiquité : ce que les Anciens avaient compris bien avant Internet et l’IA

Pourquoi l’Antiquité continue-t-elle de nous fasciner ? La question mérite d’être posée car nous savons aujourd’hui que les sociétés antiques étaient loin d’être parfaites. Elles connaissaient les guerres, les inégalités, l’esclavage, les luttes de pouvoir et les violences politiques. Pourtant, plus de deux mille ans après leur disparition, elles continuent d’habiter notre imaginaire collectif. Léa Varachaud publie aux éditions Grancher un essai sur ces rites et ce qu'ils nous apporteraient aujourd'hui encore.

15/07/2026, 15:12

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On a regardé Au fil des années : Prime Video remet l’amour d’été à flot

Prime Video replonge dans les amours d’été avec Au fil des années, adaptation de Tous nos étés, le phénomène de Carley Fortune. Entre deux temporalités, un lac canadien et 10 ans de non-dits, Percy et Sam rejouent la romance de la seconde chance. Fidèle au cœur du roman mais plus libre avec ses personnages secondaires, la série séduit malgré quelques longueurs et des dialogues parfois trop appuyés. Le charme, lui, demeure jusqu’au dernier épisode.

15/07/2026, 11:50

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Le génie de Baudelaire : entre fatalité tragique et modernité poétique

PORTRAIT – Lorsqu’on évoque Charles Baudelaire, on songe aussitôt au poète-alchimiste capable de transmuer la laideur en splendeur et la tristesse en allégresse. Pourtant, derrière la figure emblématique du grand poète se dessine l’ombre d’un homme profondément mélancolique. C’est précisément dans cette affliction de l’âme que le génie baudelairien puise sa force et se déploie avec une intensité si singulière qu’il s’impose comme l’un des grands précurseurs de la poésie moderne, ouvrant la voie tant au symbolisme qu’au surréalisme. De Karim S. Rebeiz.

13/07/2026, 10:27

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La lecture, une gourmandise : des recettes d'enfants pour donner envie de lire

Cet été, je lis ! : entre l’assertion et la promesse faite à soi-même, le ministère de l’Éducation nationale annonce la couleur de sa campagne estivale. Ce 10 juillet, à la Fnac des Ternes, une vingtaine d’élèves, du CM1 à la 6e, ont mis leur imagination aux fourneaux avec l’autrice Aurélie Gerlach. Au menu : inventer un gâteau magique, choisir ses pouvoirs et dresser la liste de ses ingrédients. Os humains compris.

10/07/2026, 15:16

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La Mer Salée, une maison d'édition “aujourd’hui détenue par ses lectrices et lecteurs”

Le secteur du livre, en France, connaît un fort repli économique, provoqué par une baisse générale des ventes de livres et une concentration des achats sur un nombre restreint de titres. Les structures indépendantes, librairies ou maisons d'édition, sont particulièrement vulnérables, si bien que de nouvelles organisations émergent. Sandrine et Yannick Roudaut, co-fondateur.es des Éditions La Mer Salée ont ainsi fait le choix de la structure coopérative, bien commun des lecteurs et lectrices. Ils s'en expliquent dans un texte reproduit ci-dessous en intégralité.

10/07/2026, 10:58

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“Le pilon, si redouté des auteurs, a-t-il un cœur ?”

En juin dernier, François Belley s’inquiétait de ce que les autrices et auteurs modernes entretiennent leur bronzage à grand renfort de selfies : se montrer ou disparaître, cruel avenir. Ou pas. Tout dépend des tempéraments, certainement. L’écrivain pirate marque une pause, pour mieux observer les ravages de l'industrie, sur ses propres ouvrages... Dans la tête du bourreau des livres, ou les états d’âme du pilon.

06/07/2026, 17:28

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Maison des histoires : jouer dans les albums jeunesse

Ouverte le 9 juillet 2025, la seconde Maison des histoires de L’école des loisirs déploie, au 7 cité de la Roquette, douze univers d’albums jeunesse sur deux niveaux. Un musée à jouer où les enfants peuvent courir, grimper, lire, bricoler et, accessoirement, rappeler aux parents pourquoi les bibliothèques municipales ont inventé le chuchotement.

06/07/2026, 17:19

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Facture électronique : l’édition indépendante ne peut pas laisser filer ses flux

À deux mois de l’obligation de réception des factures électroniques, OPlibris et Dilicom défendent un choix d’organisation : intégrer la réforme aux outils des maisons, plutôt que de les laisser dépendre d’un portail extérieur.

04/07/2026, 10:51

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Quand le cloud fait de l'ombre : qui héberge désormais la mémoire culturelle ?

Où vivent vraiment les livres numériques . La Commission européenne estime, à titre préliminaire, que les services cloud AWS et Azure devraient relever du régime renforcé des « contrôleurs d’accès » du Digital Mrkets Act. Le dossier dépasse la concurrence : qui héberge les catalogues, les archives, les liseuses et les usages de lecture ? Voici une sélection de huit ouvrages qui ramènent le cloud à ses serveurs, ses contrats et ses sorties de secours.

 

25/06/2026, 12:56