Dans l’effervescence du café des Deux Magots, à Saint-Germain-des-Prés, le jury présidé par Étienne de Montety a couronné Joseph Incardona pour son roman Le monde est fatigué, publié aux éditions Finitude. Un texte envoûtant où la fiction retrouve ses droits. Le verdict est tombé à l’issue d'une égalité parfaite avec l'ouvrage de Victor Pouchet, avant que le président du jury ne fasse jouer sa voix double. Un dénouement à l’image du roman primé - tendu, vibrant, inattendu.
Le 06/10/2025 à 18:39 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
06/10/2025 à 18:39
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« Chacun a défendu les qualités des livres. En effet, on s’est retrouvé au deuxième tour à égalité, et le président a fait jouer sa voix double », raconte Laurence Caracalla, membre du jury. « Étienne n'est pas particulièrement à l'aise avec ça, ça lui paraît toujours un peu injuste, mais finalement tout le monde était content du choix. »
« Joseph Incardona écrit un roman qu’on n’oublie pas, qui reste longtemps en tête, confie cette dernière. Il a une maîtrise de la fiction parce que c’est une vraie fiction et une vraie puissance littéraire. Je suis personnellement très heureuse de ce choix. » À ses côtés, Pauline Dreyfus renchérit : « Nous aimions beaucoup les quatre finalistes, chacun aurait mérité d’être récompensé. Mais Le monde est fatigué est une fiction pure, et cela nous change des récits autobiographiques qu’on lit tant aujourd’hui. Il y a là une imagination de dingue. »
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Étienne de Montety a de son côté salué « une fiction à la fois puissante et humaine, une histoire très originale : une femme, victime d’un accident qui l’a privée de ses jambes, transforme son handicap en devenant sirène, en se produisant dans des aquariums. C’est une idée insolite, je n’avais pas entendu parler de sirènes depuis Homère et Andersen ! »
Et d'assurer : « C’est un livre très fort sur la dureté de la situation de cette femme, sur la lâcheté des hommes. Je ne veux pas trop en dévoiler, mais ce roman tient par une tension incroyable. Il vient du roman policier, et souvent, cela fait des écrivains qui savent raconter, construire, tenir un récit. Au Deux Magots, nous n’avons aucun préjugé : nous récompensons les livres qui nous touchent. »
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Son éditeur depuis ses débuts, Thierry Boizet, rappelle : « Le dernier roman vraiment noir de Joseph date d’avant son retour chez nous (Ndr : en 2015). Depuis, il écrit des romans humains, puissants. Ce qui plaît, c’est qu’il aime la fiction, le roman, et cela devient rare. » Et d’ajouter, avec un sourire : « C’est le Poulidor de l’édition ! Il a été finaliste de tant de prix, toujours deuxième. Cette fois, la pièce est tombée du bon côté. »
Il salue une fidélité à la maison girondine : « Joseph est passé par de grandes maisons, chez Fayard, au Seuil, mais contrairement au modèle habituel où les petits éditeurs découvrent des auteurs qui partent ensuite chez les grands, lui, c’est l’inverse. Quand il est rentré chez nous, il a dit : “Je dépose mes valises, maintenant je suis rentré à la maison.” »
Pour le romancier lauréat, ce prix a une résonance particulière. Il nous raconte les derniers instants avant d'apprendre la nouvelle : « J’étais avec mes éditeurs et mon attaché de presse, on attendait. On croyait que le prix serait annoncé sur place, mais en fait on nous appelle. Quand le téléphone a sonné, et qu’on nous a dit que c’était nous, c’était une joie immense. »
Il met en avant la dimension symbolique d'un prix « historique. J’ai lu au moins vingt-cinq ou trente des auteurs qui l’ont reçu — Raymond Queneau, Albert Simonin, Antoine Blondin... - pas parce que je visais le prix, mais parce que je les aimais. Cette récompense correspond à ce que je fais, à ce que je défends : la fiction, le roman, l’humain. » Et de compléter, philosophe : « Les trois autres finalistes auraient pu aussi le gagner. Aujourd’hui c’est moi, la prochaine fois ce sera eux. »
Dans l’atmosphère raffinée du célèbre café, la littérature a rappelé son pouvoir premier : celui de raconter, d’éblouir et de réconcilier. « C’est ça, la littérature, conclut Étienne de Montety. Des lectures, des discussions, des oppositions… et à la fin, tout le monde se retrouve sur l’amour des livres. »
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Créé en 1933, le Prix des Deux Magots est né en réaction au Prix Goncourt, jugé alors trop académique. Doté de 7700 euros, son objectif demeure inchangé : révéler des voix singulières, parfois encore méconnues, animées par une liberté d’esprit et une indépendance littéraire assumée.
Depuis plus de 91 ans, le Prix des Deux Magots a distingué certaines des plus grandes figures de la littérature française, parmi lesquelles Raymond Queneau, Antoine Blondin, Albert Simonin, Pauline Réage, Elvire de Brissac, Sébastien Japrisot, Christian Bobin ou encore Jérôme Garcin. Fidèle à sa vocation de découvreur de talents, le prix a également consacré des auteurs tels que Marc Dugain, Serge Joncour, ou, plus récemment, Jean-Pierre Montal, lauréat en 2024 pour La Face nord (éditions Séguier).
Crédits photo : ActuaLitté (CC BY-SA 2.0)
DOSSIER - Prix des Deux Magots 2025 : tradition, audace et nouvelles voix
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 22/08/2025
224 pages
Finitude Editions
21,00 €
1 Commentaire
Ada
10/10/2025 à 14:23
Cette livre parle trop de moi je ne comprends pas