Né à Libourne en 1944, mort dans l’oubli en 1993, Jean-Pierre Martinet reste l’un des écrivains les plus singuliers et les plus méconnus de la littérature française contemporaine. Aujourd’hui, une initiative portée par l’auteur bordelais Charles Garatynski entend faire sortir de l’ombre celui qui disait de lui : « Parti de rien, Martinet a accompli une trajectoire exemplaire : il est arrivé nulle part. »
Le 30/09/2025 à 18:13 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
30/09/2025 à 18:13
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Une pétition en ligne, qui a déjà recueilli 222 signatures, demande qu’une rue ou une impasse de Bordeaux ou Libourne porte son nom.
« Pourquoi aucune rue Jean-Pierre Martinet ? Par oubli, sans doute, et parce qu’il écrivait la noirceur. Mais enfin, mieux vaut des désenchantés en littérature qu’en politique », plaide Charles Garatynski. Et d'ajouter : « Parce qu’il a payé le prix fort pour le seul talent qu’il possédait : écrire. Alors une impasse, au moins une impasse Jean-Pierre Martinet, pour ceux qui n’en mènent pas large. »
Jean-Pierre Martinet a connu une trajectoire chaotique. Après des études de cinéma à Paris, il publie en 1975 son premier roman, La Somnolence, avant Jérôme en 1978, accueilli par quelques critiques favorables. Mais les suivants – Ceux qui n’en mènent pas large (1986), L’Ombre des forêts (1987) – passent inaperçus. Installé à Tours, il tient un kiosque à journaux, fait faillite, revient à Libourne. Hémiplégique, alcoolique, il meurt chez sa mère en 1993, à seulement 48 ans.
Son œuvre tombe dans l’oubli. Pendant longtemps, ses livres sont introuvables, son nom n’évoque plus qu’« un oiseau ou un petit fouet ». Quelques éditeurs « acharnés », Finitude et L’Arbre Vengeur, maintiennent sa flamme. En librairie, de rares initiatives rappellent son existence : récemment, une table discrète à Bordeaux l’étiquetait « auteur régional », pointe Charles Garatynski.
L'auteur, rappelle ce dernier, ironisait sur les avenues girondines : « Ah, comme vos rues sont froides, messieurs, et comme on y meurt lentement, à petit feu, à petits pas, de chagrin, et d’ennui ! Comme le cœur est lourd à porter en vos déserts ! On y chemine en exil toute sa vie. »
C’est ce paradoxe que la pétition veut mettre en lumière : rendre hommage à un écrivain qui n’a cessé de dénoncer la solitude et l’oubli. « Pour l’honneur, pour l’ironie, pour la mémoire des damnés du verbe, offrons-lui au moins une impasse Jean-Pierre Martinet où l’on peut cheminer. »
Charles Garatynski est lui-même auteur, né à Bordeaux en 1998, et lauréat du prix Pampelune 2025 pour son recueil de nouvelles, Par-delà le Mur de la Colonie. Ses textes paraissent dans des revues comme Marginales, Traversées, Lichen ou e-eleWator. Il prépare une communication sur le théâtre de Witkiewicz à l’Université de Franche-Comté.
« Trop modeste ; lui savait écrire. Et si Bordeaux aime se vanter de ses “trois M” (Ndr : Montaigne, Montesquieu et Mauriac), elle devrait apprécier élargir sa liste avec Martinet. Que la mairie de Libourne (et pourquoi pas Bordeaux) s’en charge. Signez. Faites du bruit pour les silencieux. », conclut-il.
Pour rappel, donner un nom à une rue, à une place ou à une impasse relève en France de la compétence des communes. C’est le conseil municipal qui, par délibération, décide de la dénomination ou du changement de nom d’une voie. La démarche est encadrée : le nom choisi ne doit pas troubler l’ordre public, heurter la sensibilité des habitants, ni servir de support à une prise de position strictement partisane.
Et puisque Jean-Pierre Martinet écrivait que « vos rues sont froides, et l’on y meurt lentement », quelle plus belle revanche, en somme, que de voir un jour son nom réchauffer l’angle d’une plaque de Libourne, sa ville natale, ou de Bordeaux, la grande ville de la Gironde ?
En France, donner le nom d’un écrivain à une rue ou à une place reste une pratique peu courante. Quand cela arrive, il s’agit presque toujours de figures consacrées du patrimoine national – Montaigne, Mauriac, Victor Hugo, Georges Sand – ou d’auteurs déjà entrés au panthéon littéraire. Plus rarement, des municipalités rendent hommage à des écrivains moins connus, comme l’allée Guillaume-Thomas Raynal inaugurée à Paris en 2017.
Les conseils municipaux préfèrent généralement attribuer les noms de rues à des résistants, personnalités locales, scientifiques ou artistes populaires, ou bien choisir des appellations neutres (plantes, lieux, thématiques). Dans ce paysage, demander une impasse Jean-Pierre Martinet rompt avec l’habitude : il s’agirait de mettre en avant un auteur oublié, noir, marginal, dont la reconnaissance passe moins par les honneurs officiels que par la persistance des lecteurs et éditeurs indépendants.
Jean-Pierre Martinet n’est pas resté dans l’oubli absolu : depuis une vingtaine d’années, plusieurs maisons se sont attachées à faire revivre son œuvre. Jérôme, paru en 1978 au Sagittaire, a été réédité par Finitude en 2008 puis en 2018, accompagné d’une préface d’Alfred Eibel et d’une postface de Raphaël Sorin. La grande vie, publié initialement en 1979, a été repris dès 2006 par L’Arbre vengeur, puis de nouveau en 2017 et 2022, avec des textes de Denis Lavant et Éric Dussert.
D’autres titres ont suivi : Ceux qui n’en mènent pas large (1986) republié par Le Dilettante en 2008, ou encore L’Ombre des forêts (1987), réédité en 2023 avec une postface d’Éric Dussert aux éditions L'Atteinte. Même ses premiers écrits, comme La Somnolence (1975), ont bénéficié d’une nouvelle vie chez Finitude en 2010 et 2025. Quant aux recueils plus rares (Nuits bleues, calmes bières ; Sans illusions, Correspondance avec Alfred Eibel), ils ont reparu au fil des ans chez Finitude ou L’Arbre vengeur, contribuant à entretenir la flamme.
Crédits photo : Jean-Pierre Martinet, adolescent (JeanMichelArit, CC BY-SA 4.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 03/05/2018
476 pages
Finitude Editions
22,00 €
Paru le 07/02/2025
256 pages
Finitude Editions
19,00 €
Paru le 07/02/2025
60 pages
L'arbre vengeur
6,50 €
Paru le 06/01/2023
312 pages
L'atteinte
22,00 €
6 Commentaires
Éditions L’Atteinte
01/10/2025 à 06:18
Serait-il possible de préciser que nous sommes à l’origine de la réédition de « L’Ombre des forêts » s’il vous plaît ?
Éditions L’Atteinte
01/10/2025 à 12:09
Merci à vous !
FredEx
01/10/2025 à 17:36
Je crains qu'il n'y ait pas non plus de rue Daniel Guérin ni d'avenue Jean Forton ni de Place Michel Ohl à Bordeaux ; en revanche, il y a une bibliothèque Pierre Veilletet à Caudéran… c'est tout dire ! Quant à Martinet, foutez-lui la paix ou alors lisez-le après-demain comme vous ne l'avez pas lu avant-hier.
Thierry Reboud
03/10/2025 à 18:24
Guérin... Raymond je suppose, pas Daniel ?
FredEx
05/10/2025 à 04:27
Effectivement…
Sim
01/10/2025 à 19:08
Bonjour,
Son premier roman est "La Somnolence" en 1975 chez Jean-Jacques Pauvert