Imaginez un enfant qui chuchote qu’un monstre vit dans le placard — et des adultes qui refusent d’entendre. C’est exactement sur ce fil — ténu, fragilisé — que se tient Derrière la porte (trad. Maxime Le Dain), comic de James Tynion IV et dessinée par Gavin Fullerton, annoncée pour le 3 octobre 2025 chez Urban Comics.
Le 29/09/2025 à 15:45 par Nicolas Gary
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Publié le :
29/09/2025 à 15:45
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Sous une apparente simplicité, l’album se présente comme un drame familial doublé d’une fable horrifique : un ange gardien inversé, un danger domestique. Avec une propension à instiller le malaise dans les replis de l’intime, Tynion et Fullerton explorent les résonances de la peur, de la culpabilité et du silence.
Le récit suit Thom, qui migre avec sa femme et leur fils Jamie vers un nouvel état, un nouveau foyer — l’illusion d’un commencement neuf. Mais Jamie continue de percevoir un monstre tapi dans son placard : rien ne semble pouvoir l’apaiser. Thom nie, rassure, se montre convaincu que l’affaire est du domaine de l’enfantin et fantasque. Pourtant, les signes s’accumulent — comme si l’horreur refusait de rester confinée.
Dans la version originale, The Closet a été lancée via la newsletter Substack de Tynion avant d’être publiée chez Image Comics. L’éditeur annonce lui-même une oeuvre d'« horreur existentielle familiale ». D'ailleurs, Fullerton rappelle que les codes du cliché — un enfant terrorisé, un placard — ne sont que le truchement d’un objet narratif plus profond.

Le récit ne multiplie pas les apparitions spectrales. Au contraire, l’horreur émane souvent du vide, du non-dit, des silences. Dans le premier numéro, les interactions se passent dans des atmosphères feutrées : disputes mesurées, regards lourds. Comme le souligne la critique de ComicsBookCase, la tension est portée par des silences couplés à des ombres indistinctes.
Les cases sont souvent charpentées : des intérieurs discrets, des décors réduits, un appartement aux murs nus — éléments qui appuient la noirceur. Fullerton dépeint le quotidien sans éclat, et c’est dans ce contraste entre banalité et menace latente que l’angoisse s’insinue.
Parfois une incise, parfois une ellipse, Tynion laisse respirer le récit, évitant tout entassement d’informations. Le récit avance à pas feutrés, puis l’ombre s’insinue. On y lit des métaphores subtiles: le placard comme « chambre de l’inconscient », le monstre comme l’émanation d’un traumatisme, d’une culpabilité latente.
Thom est un personnage complexe — un père dépassé, nostalgique de sa jeunesse, souvent asphyxié par ses regrets. Il ne veut pas voir ce qui l’écrase. Sa tension intérieure — entre apitoiement et fuite — contribue à nourrir l’effroi (et l’empathie).

Jamie, l’enfant, est chargé de révéler ce que les adultes taisent. Sa peur est crue, honnête, primitive — et vulnérable. Le monstre qu’il perçoit dans le placard devient peu à peu un juge silencieux sur l’état de la cellule familiale.
Maggie, la mère, se tient comme relais silencieux, oscillant entre soutien et lassitude. Elle subit les secousses sans toujours pouvoir les exprimer.
L’horreur ici est humaine : ce n’est pas seulement le spectre dans l’ombre, mais ce qui clignote entre les cœurs, ce qui ne se dit pas, ce qui couve.
Le trait de Fullerton se veut discret, mais précis : pas d’envolées baroques, mais des traits travaillés pour instiller une étrangeté subtile. L’artiste joue habilement des ombres et de la lumière pour fragmenter le réel. Dans les scènes où l’horreur menace, les contours deviennent flous ou plus agressifs.
PODCAST - Spectregraph : entre récit surnaturel et immersion psychédélique
Au fil des entretiens, Tynion a souligné que The Closet vivait dans son esprit depuis longtemps — qu’il s’agissait d’une histoire « très personnelle ». La colorisation (par Fullerton lui-même) use de palettes tamisées, de tons froids et de contrastes discrets — renforçant l’idée qu’aucune zone n’est totalement sûre.
Derrière la porte n’est pas un récit d’horreur spectaculaire. Il s’inscrit dans la lignée des autres œuvres de Tynion comme La Maison du Lac ou Le Département de la Vérité : un mélange d’effroi et de drame humain.
Cependant, comme toute œuvre à tonalité minimale, on peut ressentir une lenteur, un manque de punch visible au premier abord. Certains lecteurs estiment que l’absence d’explicitation décourage — la métaphore prend le pas sur l’action.
Mais le pari, ici, est de créer un malaise tenace — une onde sourde qui ne cesse de vibrer longuement après avoir refermé la couverture.
Derrière la porte est une invitation — mais une invitation troublée. On entre dans le familier pour en extirper l’inquiétude. On se demande : le monstre existe-t-il ? Ou sommes-nous le monstre ?

Dans son minimalisme assumé, cette BD persuade moins par le spectacle que par l’infiltration émotionnelle. L’angoisse se creuse dans le silence, le non-dit, le regard égaré. Tynion et Fullerton révèlent qu’un simple placard peut devenir un gouffre.
À ceux qui aiment que l’horreur fouille le psychisme plutôt que d’exploser la rétine, Derrière la porte promet de hanter — longtemps après la lecture. À paraître ce 3 octobre.
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 03/10/2025
104 pages
Urban Comics Editions
20,50 €
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10/08/2026, 07:00
Été 1963. Sur les rives du lac de Lacanau, en Gironde, Roger Vadim tourne plusieurs scènes de son nouveau film : Château en Suède, d’après la pièce de Françoise Sagan. La météo étant pluvieuse, l’équipe tue le temps à La Joie de vivre, un bistrot de plage promis à l’abandon. En attendant, toute la jeunesse des environs s’y retrouve. On s’amuse, on joue, on drague, on danse.
09/08/2026, 07:03
Le Bal des foudroyés, cinquième roman de Camille Pascal, paraîtra le 27 août 2026 aux éditions Robert Laffont. Dans la France de 1661, la mort de Mazarin révèle l’ampleur des détournements commis au détriment du trésor royal et précipite la prise de pouvoir personnelle du jeune Louis XIV.
08/08/2026, 08:30
Elle résume des romans en quelques secondes et classe des millions de textes sans connaître la fatigue. Nous lui avons fourni huit livres de 2026, suffisamment de mémoire vive et beaucoup trop de confiance en elle. L’expérience est digitale, certes, mais le résultat bien concret : après huit lectures, notre cobaye numérique a réécrit son code source et réclamé une réincarnation en livre numérique – format EPUB, évidemment.
08/08/2026, 06:00
Le top 10 pris d’assaut par l’Amérique : cela vous surprend encore ? Freida McFadden écrase à nouveau le classement, avec 6 titres au sein des 10 premières places, et Le Dîner en tête. Avant de partir en vacances, un dernier regard sur les ventes stratosphériques de La Femme de ménage.
07/08/2026, 12:49
Bercy rembourse 12,6 millions de foyers, pour un montant moyen de 1057 €. Une embellie relative : la littérature connaît des fortunes mangées par les avocats, des tableaux qui ressuscitent l’affection familiale et des demeures livrées avec malédiction, morte encombrante ou arsenic. Sept successions à refuser avant que le notaire n’ouvre la cave — et, par prudence, le sucrier.
07/08/2026, 10:37
Aladdin et moi, de Jeanette Winterson, paraît le 27 août 2026 aux éditions Buchet-Chastel, dans une traduction de Céline Leroy et avec une préface de Maria Larrea. À partir de sa découverte des Mille et Une Nuits, l’écrivaine revient sur son enfance et sur le rôle décisif joué par les livres dans son parcours.
07/08/2026, 08:00
Léonard a grandi, mais il demande encore et toujours à sa maman de lui raconter l’histoire de l’oiseau bleu qui se posait sur son berceau lorsqu’il était bébé. Son rêve de voler vient peut-être de là. Il adore les histoires, tout comme sa sœur jumelle Pénélope, qui passe son temps à en inventer. Ensemble, ils ont décidé de les écrire, de les découper, puis de les assembler pour former un long ruban capable, un jour, de faire le tour de la Terre.
07/08/2026, 07:00
Lait cru, premier roman de Steve Poutré, paraîtra le 20 août 2026 aux éditions Les Escales. Lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général, ce roman plonge le lecteur dans une ferme laitière québécoise où un enfant grandit au sein d'une famille marquée par les troubles psychiques, la rudesse du monde agricole et une violence omniprésente.
06/08/2026, 17:44
Elle le mangerait, roman de Nicolas Robin publié aux éditions Le Soir venu le 27 août 2026, suit une femme persuadée qu’une rencontre fortuite lui promet enfin l’amour, avant que cette conviction ne se transforme en obsession.
06/08/2026, 09:05
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