Depuis quelques années, l’édition indépendante multiplie les audaces formelles : The Big Burn, fruit du duo Joe Henderson / Lee Garbett (avec les couleurs de Lee Loughridge), s’inscrit dans cette lignée avec un souffle neuf. Publié par DSTLRY, ce triptyque propose une relecture surprenante du mythe du pacte diabolique alliée à la mécanique du casse — le tout dans un décor d’enfer (au sens propre).
Le 25/09/2025 à 16:17 par Nicolas Gary
1 Réactions | 239 Partages
Publié le :
25/09/2025 à 16:17
1
Commentaires
239
Partages
Plutôt que de se contenter d’un récit infernal toxique, Henderson imagine un enfer-casino, un lieu où l’espoir est distribué pour mieux être arraché : une arène luciférienne où tout pari est piégé. Ainsi, le fameux “Diable” ne se révèle pas sous les traits d’un monstre cramoisi, mais bien en gérant de salle de jeux — sinistre maître de cérémonie d’un lieu de tentations.
Dès le premier chapitre, Henderson plonge le lecteur au cœur d’un braquage rythmé, sans longue introduction: Owen et Carlie s’introduisent dans le même guichet bancaire, selon des méthodes opposées, et la rencontre est explosive — littéralement.
Et le ton est donné : la fluidité des dialogues, la rapidité du retournement, l’emboîtement et les causalités... Le scénario va vite, frappe fort et nous met immédiatement au cœur du récit : il s'agit moins d'un énième Ocean Eleven que d'une revisite de L'Associé du diable, et qui va tourner bien différemment encore.
Quand les protagonistes sont coincés par la police, ils acceptent d’échanger leurs âmes contre la liberté — c’est ici que le casse devient existentiel. Mais le prix payé dépasse les attentes : vendre son âme revient à perdre ce qui rendait leur duo vivant — l’amour, la passion, l’élan.
Ce choix narratif installe immédiatement un trio d’enjeux : le casse, la récupération des âmes, et la quête affective entre les deux êtres. Au gré des chapitres, le récit s’étoffe — dans le #3, la bande pénètre l’enfer lui-même, chacun devant affronter sa propre destinée.
Cette structure en crescendo — du vol terrestre à l’infiltration infernale — tire le lecteur vers des zones plus sombres, mais toujours maîtrisées. On craindrait légitimement un déséquilibre tonal, Henderson parvient à maintenir un astucieux dosage entre action, tension psychologique et moments plus intérieurs.
Le pari graphique est tout aussi audacieux. Lee Garbett adopte un format imposant qui lui permet des compositions spectaculaires — panneaux panoramiques, doubles pages, découpe dynamique. Ce mélange entre cambriolages et enfers fonctionne précisément parce que chaque décor est pensé comme une pièce du casse.
Garbett excelle dans les visages, les instants d’émotion, mais aussi les scènes d’action qui ne sont jamais en reste : une course-poursuite sur falaise, par exemple, est rendue avec un glamour nerveux.
Loughridge, de son côté, module les palettes avec finesse : tons rougeoyants dans les scènes démoniaques, teintes plus claires pour les moments terrestres, jusqu’à introduire des lavis qui rendent tangible la frontière entre l’au-delà et le monde réel.

Quant au Diable — souvent point faible dans ce genre de traitement —, il est ici rendu avec un charme ambigu : coiffé, élégant, insidieux. Loin des clichés cornu-sabots, il incarne une séduction dangereuse (notamment via l’usage de bulles noires pour ses dialogues). Certains critiques soulignent que son design manque d’intensité — trop sobre ? —, mais ce choix minimaliste permet aussi de concentrer la puissance de ses interventions.
Les forces de The Big Burn tiennent à sa cohésion. Le mélange des genres — romance, casse, fantastique — ne sonne jamais artificiel : chaque registre alimente l’autre. Le lecteur est à la fois intrigué par les mécanismes de l’enfer-casino et ému par les dilemmes intimes des personnages.
La densité dramatique est aussi fonctionnelle — pas de scènes superflues : tout concourt à créer un crescendo tendu. De fait, la narration avance à un rythme méthodique, tout vient à point, sans artifice ni rebondissements téléphonés. À vrai dire, j’étais même (très personnellement) agréablement surpris de ce que le final ne ressemblait à rien de ce que j’avais imaginé.
La partie visuelle apporte une impulsion permanente : on ne reste pas figé dans les cases, on avance comme dans un film — ou un spectacle —, porté par la mise en scène.
Les limites, hélas, sont perceptibles dans l’espace contraint : trois numéros pour traiter un tel concept, c’est ambitieux. Quelques personnages secondaires restent esquissés, sans suffisamment de profondeur à ce stade. Des petites bribes dont on espère le développement dans les tomes suivants — pour ne pas nous laisser sur la faim de ce que sont pleinement ces personnages.
De plus, l’équilibre tonal est parfois fragile : certaines transitions entre tension et légèreté prennent de court. Mais ce sont des ajustements de parcours, non des défauts structurels.

Après, reste ce concept même d’enfer-casino : au choix, d’une audace remarquable ou lieu commun de la métaphore, entre Tantale et Sisyphe. À mes yeux, c’est précisément ce contraste qui fait le sel du projet.
The Big Burn (traduction de Lucie Calame) est une invitation à plonger dans un labyrinthe moral où chaque pari est une trahison possible. La première trilogie tient ses promesses : un récit tendu, visuellement somptueux, porté par des personnages qui aspirent à plus que leur survie — à retrouver leur humanité.
Si quelques zones d’ombre subsistent, elles nourrissent l’anticipation. Le plaisir que procure ce titre tient autant au défi narratif qu’à la résonance émotionnelle — quand on comprend que le véritable casse, c’est de reconquérir ce que l’on a perdu : son âme, son lien, sa liberté.
En incarnant le style et l’ambition créative du label DSTLRY, The Big Burn prouve que le comic peut être, à la fois, aventure, introspection et terrain expérimental. On ressort de cette lecture brûlée — mais avide de revenir pour le prochain round.
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 17/09/2025
168 pages
Delcourt
20,50 €
Plus d'articles sur le même thème
Un polar sur fond historique qui rappelle beaucoup l'ambiance de la Trilogie Berlinoise de Philip Kerr. À Munich en 1946 sous l'occupation US, les destins de réfugiés, profiteurs, militaires, prisonniers, s'entrecroisent tandis qu'un serial-killer s'attaque à des jeunes femmes.
16/07/2026, 11:21
Dans le comté de Mayo où il a grandi, l’Irlandais Colin Barrett pose un regard bienveillant sur l’humanité de ses compatriotes et nous livre un recueil de nouvelles d’une remarquable unité de ton, très rural, très social.
16/07/2026, 10:19
Inauguré en mai 1804 dans l'actuel 20e arrondissement, le Père-Lachaise est devenu en quelques décennies le cimetière le plus réputé de Paris. L'éponyme confesseur du Roi-Soleil n'a jamais dû, de son vivant, imaginer une telle postérité. Par Jacques Lucchesi.
15/07/2026, 15:51
La cuvée Vargas est un bon cru : un roman sans surprise, assez convenu, mais qui ne décevra donc pas les fans d'Adamsberg et de cette auteure, spécialiste des dialogues décalés, un brin déjantés : quand la poésie affleure du sous-jacent au-delà des apparences de notre monde que l'on croit rationnel.
15/07/2026, 11:20
À l’approche de la rentrée littéraire, les piles de livres à paraître ne tarderont pas à chasser celles du printemps. Il reste pourtant un mois et demi pour revenir vers des romans, récits et objets littéraires publiés entre janvier et juin 2026, parfois passés sous les radars malgré leur singularité.
14/07/2026, 15:01
Houaria, roman de l'auteure algéro-syrienne Inam Bioud, est paru en 2025, dans la collection Khamsa, co-créée par les éditions Barzakh en Algérie et les éditions Philippe Rey en France. Ce roman polyphonique met en avant plusieurs personnages. Leur point commun, la lettre « H » présente dans le prénom de chacun.e : Hadia, Hicham, Houari… Par Ghozlène Benabi.
10/07/2026, 09:40
Jeunesse à la Fleur est le premier roman de Rym Khelil paru en 2025 aux éditions Barzakh. Le récit autofictif - c'est-à-dire que l'auteure s'inspire de son vécu en y mêlant la fiction - se déroule à Alger, pendant la décennie noire et met en scène des adolescents se préparant au BAC. Par Ghozlène Benabi.
07/07/2026, 17:18
Si vous avez envie de jouer aux espions à l'ombre de Téhéran pour apprendre tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'émirat de Bahreïn. Une ambiance à la John Le Carré dans ce roman qui a été écrit en 2023 mais qui éclaire parfaitement les conflits d'aujourd'hui.
07/07/2026, 16:17
Du retour d’Adamsberg au conte végétal de Charlotte Monsarrat, le premier semestre 2026 a fait émerger des succès de librairie aussi bien que des échappées plus discrètes. Tous publiés entre le 1er janvier et le 30 juin, ces sept romans écrits en français offrent, avant le déferlement de la rentrée, une cartographie vivante des lectures qui ont compté. Et compteront encore ces prochaines et estivales semaines.
05/07/2026, 14:48
Cette semaine, la Booksletter traverse un Brésil gagné par la dictature de Vargas, ausculte l’autoportrait de Donald Trump, remet le méthane au cœur de l’urgence climatique, suit le destin d’un caïd colombien et interroge notre rapport au soleil. Une revue de presse où l’histoire, la politique, la science et la littérature se répondent, jusque dans la mise à l’écart, à Moscou, de 18 000 livres ukrainiens sous couvert de conservation patrimoniale.
04/07/2026, 10:42
Ce récit touche au cœur. Il narre la vie brute, pleine et sensible d’un être perdu. Il raconte la tragédie familiale née autour du mystère d’un fils, entre révolte et résilience. On le lit comme un road-movie avec des séquences réussies de flash-back. Heureux, presque ou si peu, aux Editions Taos, de Corinne Desthieux.
03/07/2026, 16:30
Ça dépend des jours, de Guillaume Dreidemie, publié ce printemps 2026 à La rumeur libre, est un nouveau recueil de poèmes qui explore principalement la perte d’identité, la mémoire et la survie des êtres, maintenus debout grâce à l’écriture.
03/07/2026, 10:56
Que reste-t-il de l'amour quand les pratiques changent plus vite que notre imaginaire ? Avec Passion libre, paru ce printemps dans la collection l’Arpenteur de Gallimard, Julien Tribotté interroge autant la révolution des pratiques amoureuses que la résistance obstinée d’un certain romantisme. Par Camille Roche.
01/07/2026, 16:18
Avec ce recueil de nouvelles, co-édité par les Éditions La Volte et Reporterre, l’intention est claire : proposer des textes qui s’éloignent des dystopies habituelles, des discours éco-anxieux, pour se tourner vers des imaginaires plus optimistes. Et si on s’autorisait à croire à un avenir meilleur ? Au fait que l’humanité finira, d’une manière ou d’une autre, par sortir de la terrible impasse qui semble nous attendre ? Et si on créait un chemin vers l’espoir ?
01/07/2026, 10:34
Il y a des anthologies qui alignent les curiosités comme on dispose des figurines sur une étagère. Et puis on tombe sur Les phases du Chevalier de la Lune, alimenté par cette vertigineuse idée que Marc Spector ne serait pas une exception, mais l’un des visages successifs d’un dieu vieux comme la nuit. Le pari de raconter les poings de Khonsou à travers les siècles (passés ou futurs), sous d’autres ciels est porté avec une liberté réjouissante.
30/06/2026, 16:18
Maxine ne voit plus son père, Peter, depuis cinq ans, écrivain célèbre, leurs chemins se sont séparés depuis le décès de sa mère. A la mort de celui-ci, Maxine revient à contrecœur dans son village d’enfance pour assister aux funérailles.
30/06/2026, 14:38
Le nouveau livre de Pascal Louvrier est une biographie historique, engagée, extrêmement réussie, qui vise à restaurer l’image injustement ternie de Malraux, prix Goncourt 1933, ministre des affaires culturelles puis ministre d’Etat sous la présidence de Gaulle, auteur de « La condition humaine », « Antimémoires », « Lazare », « La voie royale », « L’espoir », « Les chênes qu’on abat », entre autres livres parmi une production littéraire qui fut à foison, et inégalée de par sa qualité, son nombre et son caractère.
29/06/2026, 12:14
En lice pour le prochain Renaudot Essai, Antigone reine, le dernier livre de Lolita Pille, est un essai magistral. Profondément littéraire, libre, habité, incarné, il confirme un talent singulier ainsi que son apprentissage minutieux de lectrice et d’écrivaine.
29/06/2026, 12:02
Asa, 55 ans, a élevé seule son fils suite au départ du père alors qu’Andreas était encore tout petit. Avancer à deux, face au monde, ça transforme. Leur relation mère-fils, fusionnelle au possible, leur a permis de tenir et de trouver du bonheur au quotidien. Seul bémol : les années ont passé et, devenu adulte, Andreas a trouvé l’amour. Elle s’appelle Josefin. Et si Asa espérait développer une relation agréable avec la jeune femme, rien ne se passe comme prévu…
29/06/2026, 10:44
Publiée en 2014 dans le recueil intitulé Des Hommes sans femmes, aux éditions Belfond (traduction d’Hélène Morita), Drive my Car est une nouvelle à l’intelligence narrative exceptionnelle. La simplicité de son écriture et la profondeur qu’elle atteint évoque Tchekhov ou Kafka, présents tous deux dans le recueil. Dramatique, elle pose deux problèmes auxquels elle répond de manière limpide, abyssale. Au lieu de se refermer à la dernière page, le sens reste béant, fascinant, que le dispositif de la nouvelle épouse à jamais.
29/06/2026, 09:49
Cette semaine, Books suit cinq chemins où l’érudition rencontre les angles morts du présent. Les Cinq de Cambridge rappellent les ravages de la fidélité idéologique ; un biologiste démonte les mirages de la longévité ; Juan Villoro observe le football comme une religion ; Tocqueville reparaît dans une Amérique désenchantée, tandis que la paternité se lit jusque dans le cerveau. Chaque livre remet ainsi une évidence en jeu.
27/06/2026, 09:00
Un groupe d’étudiants se rend à Tsunojima, pour la retraite annuelle du Club des amateurs de roman policier. Un lieu chargé d’histoire, idéal pour ce rendez-vous : un an auparavant, l’île est devenu la scène de crime d’un quadruple meurtre. Une famille assassinée dans leur demeure. Seiji Nakamura, son épouse Kazié, leur domestiques. Un épisode sanglant, à ce jour encore inexpliqué, malgré quelques théories… Pourtant, ce n’est que le début.
26/06/2026, 17:18
D’un côté, il y a ces personnes pour qui tout va bien, à qui la vie sourit dès leur premier souffle sur cette Terre. Une existence proche d’un long fleuve tranquille, sans soubresaut. De l’autre côté, il y a le reste de l’humanité : une part, certainement plus importante, qui se démène pour atteindre un idéal, parfois impossible, et un bonheur qui leur glisse entre les doigts, encore et toujours. Le Poids des os, ce sont 25 nouvelles, entre rêve et réalité.
25/06/2026, 16:46
Quand un messager halve, englué dans une matière noire, échoue près de l’Acropora, Discrète pressent que l’équilibre de son peuple vient de céder. Gardienne dakhana capable de lire l’avenir dans les nuages, elle doit quitter le récif et rejoindre les peuples de la forêt. Avec La Nuit gagnera l’océan, publié chez Scrineo, Nadia Coste compose une fantasy aquatique inventive, dense et portée par une héroïne qui apprend à agir sans attendre d’être délivrée de ses peurs.
25/06/2026, 11:29
Avec La Vierge jaune, Foucauld Duchange signe un premier roman d’une étonnante maturité, à la fois récit de filiation, méditation sur l’art et exploration du manque maternel. Publié dans la toute récente collection “Aventures” (éditions Gallimard), le livre s’inscrit dans cette tradition française du roman de mémoire où l’écriture tente moins de raconter une vie que de recomposer une présence disparue.
24/06/2026, 10:52
Salem (éditions JC Lattès, 2006, traduction originale de Christiane Thiollier et Joan Bernard, révisée et augmentée par Dominique Defert) est le second roman de Stephen King. Perturbant, littéraire – il convoque un grand nombre d’œuvres et d’auteurs de marque –, une confiance s’en dégage au-delà du pire, belle comme l’espoir d’un écrivain qui sent monter en lui des forces capables d’affronter l’existence, la part d’effroi qu’elle recèle.
24/06/2026, 10:42
Oubliez vos souvenirs des Lagarde et Michard, dépoussiérez vos idées reçues sur les classiques de la littérature et mettez de côté vos fastidieuses notes prises en cours de français sur les dramaturges du XVII : voici un essai enthousiaste, qui va bousculer vos aprioris.
23/06/2026, 13:02
À l'heure où Marc Bloch et Simonne Vidal font leur entrée au Panthéon, Armand Colin republie trois textes majeurs de l'historien : Écrits de guerre (1914-1918), Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien et Les Caractères originaux de l'histoire rurale française. Trois ouvrages qui permettent de mesurer l'ampleur d'une œuvre dont l'influence dépasse largement le cadre universitaire.
23/06/2026, 12:22
Infatigable Ian Rankin ! Quatre décennies se sont écoulées depuis qu'il nous a donné à lire la première enquête de son inspecteur au nom d'énigme, John Rebus, dans L'étrangleur d'Édimbourg (l'ouvrage vient d'ailleurs d'être réédité en poche). Un cycle romanesque qu'il convient d'apprécier dans sa totalité fluide. Une sorte de « comédie humaine », avec ses personnages reparaissant d'un livre à l'autre (comme dans celle de Balzac), indissociable de la ville d'Édimbourg. Et de l'Écosse tout entière, d'ailleurs. Par Jean Miniac.
23/06/2026, 12:01
Depuis le 21 juin, la vasque olympique retrouve le ciel de Paris. Une occasion parfaite pour se souvenir que, bien avant de porter la flamme des Jeux, les ballons ont accompagné certaines des plus extraordinaires aventures scientifiques, techniques et humaines de notre histoire.
22/06/2026, 17:33
Attaché en premier lieu à la littérature francophone et à la photographie, le prix Lumière d’août poursuit chaque année le même objectif : distinguer des œuvres où l’écriture, le regard, la mémoire des lieux, des corps et des êtres entrent en résonance.
22/06/2026, 12:43
Les anthologies thématiques de La Revue dessinée sont toujours des livres passionnants. En consacrant son dernier volume à une série d'enquêtes « sur les blessures des territoires colonisés », l'équipe de la revue en tandem avec éditions Casterman font œuvre salutaire pour rendre lisibles et visibles une série de drames humains déclenchés sur le territoire de la France qui s'étend au-delà de la métropole, au nom de la saine gestion des choses, de la bonne marche des affaires, du prestige de la nation. C'est sale. C'est affligeant. C'est terrifiant et donc... à lire de toute urgence
22/06/2026, 12:30
Autres articles de la rubrique Livres
Après une série de contaminations venues du vivant, les bêtes ont presque disparu, la viande se rationne et le Sanum organise un monde d’interdits, de protocoles et de surfaces désinfectées. Augustin, enfant rescapé d’une forêt interdite, croise Vadim, bureaucrate carniste, masculiniste et futur Guide d’une communauté hors contrôle. Avec Les Carnivores, publié chez Denoël, Guillaume Nail signe un roman brutal, organique, parfois saturé, mais traversé d’une vraie puissance de vision.
16/07/2026, 17:31
En cherchant le piano laissé à Bucarest par sa grand-mère, Sonia Devillers rencontre un autre instrument disparu : un Érard de concert, numéro 68037, acheté par la famille Enoch en 1892, volé par les nazis en 1943 et jamais retrouvé. Dans Le fabuleux piano, publié chez Robert Laffont, elle compose un récit-enquête ample, sensible et très documenté sur les objets spoliés, les morts sans tombeau et la musique comme dépôt de mémoire. Début des gammes, ce 27 août.
16/07/2026, 10:38
Une narratrice connue sous le nom de Rose de Nuit vend des fiches de lecture, se dispute avec une bibliothèque et repart avec un livre blanc qui n’en est peut-être pas un : Une sculpture. Quand l’artiste Ari Bosochur lui propose de participer à une rétrospective où les œuvres seraient remplacées par leur récit, tout se met à glisser. Gaëlle Obiégly signe un roman brillant, drôle et très mobile sur l’art, la parole, le soin et les vies qu’on tente d’ordonner. Rien à voir, peut-être à lire, ce 20 août.
16/07/2026, 10:33
Pâquerette a 28 ans. Elle est laborantine, et follement amoureuse de Jean-Benoît, son fiancé, qu’elle considère comme l’homme parfait. Un soir, après sa journée de travail, elle rentre chez elle, avec dans sa poche, un ticket de Loto sur lequel elle a coché tous les numéros qui racontent leur histoire d’amour. Installée devant la télé, elle retient son souffle. Les chiffres tombent… un par un. Jusqu’au dernier : jackpot, trente-deux millions d’euros !
16/07/2026, 08:00
Près de l’ancienne mine creusée par les Britanniques, une veuve assiste aux recherches des victimes dans un lac artificiel. Un homme en combinaison plonge puis remonte sans cesse des eaux. Elle tremble à l’idée de ce qu’il pourrait repêcher. Traduit du grec par Nicolas Pallier.
16/07/2026, 07:00
Un soir de fête nationale, les Bleus rêvaient d’une troisième finale de Coupe du monde consécutive. À Arlington, dans l’agglomération de Dallas, l’Espagne les a privés de ballon, de souffle et d’avenir : 2-0, sans véritable contestation. Pour raconter cette chute, trois livres : Le Cœur du pélican pour la France, Rouge ou mort pour la Roja et Les Derniers Jours de Roger Federer pour une rencontre dont l’issue s’est dessinée bien avant le coup de sifflet final.
15/07/2026, 21:35
Dans une ferme isolée d’une vallée pyrénéenne, un patriarche agonise. Ses enfants reviennent, chargés de rancœurs, de secrets, de fatigue et de comptes jamais réglés. Dehors, l’orage cogne. Dedans, Judith tient la maison, Maud prie, les chiens veillent, la fratrie s’observe. Je ne suis pas venu apporter la paix, ou la tragédie familiale noire revue par Nicolas Martin, organique, parfois excessive, mais d’une puissance d’atmosphère rare. À partir du 3 septembre.
15/07/2026, 15:12
À la mort de Christian Monnay, écrivain culte retiré du monde depuis trente ans, sa fille Chloé découvre que ses neuf manuscrits inédits ne contiennent que des pages blanches. Pour préserver sa mère aveugle, puis pour exister enfin comme autrice, elle glisse ses propres romans sous le nom du père. Anne Pitteloud signe une comédie noire, fine et acide sur la filiation, l’imposture et les légendes que fabrique le monde littéraire. Généalogie à découvrir le 21 août.
15/07/2026, 12:15
Comme il y a une dialectique de la raison, il y a une dialectique de la mémoire qui métamorphose le souvenir de la révolte en culte de l’ordre, les anniversaires des révolutions en défilés militaires, l’héritage de la Shoah en légitimation d’un État génocidaire ; ainsi s’affrontent les romans nationaux et la tradition des vaincus, le culte des héros et les traces laissées par les sans-nom, les monuments et les remémorations dissidentes.
15/07/2026, 09:00
Avec Les Désarmantes, son troisième roman à paraître le 21 août 2026 aux éditions Fugue, Caroline Bouffault imagine une France devenue une république pacifiste dirigée exclusivement par des femmes, où l’arrivée d’une journaliste étrangère vient révéler les contradictions d’un modèle fondé sur l’exclusion des hommes.
15/07/2026, 07:48
À la veille de la Révolution française, Paris se pense comme une terre de liberté, régie par le principe selon lequel « il n’y a pas d’esclaves en France ». Pourtant, pour les esclaves venus des colonies chercher refuge dans la capitale, cette promesse se révèle fragile et souvent illusoire.
14/07/2026, 09:00
Alors qu’elle prend la route pour tenter de calmer ses angoisses, Coro se retrouve sur des sentiers déserts, sans téléphone portable, frôlant la panne sèche. La nuit progresse, et alors qu’elle s’aventure au bout d’un chemin étroit pour demander de l’aide, elle arrive devant un grand portail noir. Elle va découvrir une demeure isolée, entourée de végétation et peuplée d’animaux. La communauté de femmes qui y vit propose son aide à Coro.
14/07/2026, 08:00
Arrêté en Iran le 12 octobre 2022, Olivier Grondeau a passé 887 jours en prison avant sa libération, le 17 mars 2025. Dans Joseph dans la nuit, publié chez L’Iconoclaste, il revient sur ses 72 jours de garde à vue sous l’autorité du ministère du Renseignement. Un récit d’enfermement, de peur et de résistance intérieure, porté par une langue nette, poétique et vibrante, où les rêves, les camarades et Hafez maintiennent un peu de monde au fond du noir.
13/07/2026, 16:18
Je vous écris ce matin les yeux fermés (c’est beau la confiance) : cette Coupe du monde outre-Atlantique va me coûter encore quelques nuits sans assez de sommeil. Des cernes, certes, mais qu’au moins je ne dois pas à une peine que la défaite face au Maroc aurait provoquée. Une fatigue victorieuse, avec quelques réserves.
11/07/2026, 12:19
À partir des dossiers retrouvés des personnes internées à Anjanamasina (Madagascar), l’un des premiers asiles d’aliénés des colonies françaises, Raphaël Gallien prend au sérieux des paroles jugées délirantes, des gestes incompris, des trajectoires brisées, pour approcher les effets intimes de la colonisation.
11/07/2026, 09:00
Sur l’île de Muckle Flugga, le point habité le plus septentrional du Royaume-Uni, se dresse le phare de l’impossible, un des fameux phares de Stevenson. Un père et son fils le gèrent ensemble, depuis des années, accueillant parfois des pensionnaires, ornithologues pour la plupart. L’île est en effet peuplée d’une immense variété d’oiseaux, dont certains inattendus.
11/07/2026, 08:00
Quand Will Somersby débarque en titubant dans le hall d’un hôpital psychiatrique canadien, il prétend être venu à pied depuis le Tennessee, guidé par le chant d’un rossignol. Il affirme, en outre, être âgé de 456 ans. Il est alors confié aux bons soins du Dr Miranda Gosling, peu à peu convaincue d’avoir déjà croisé l’étrange individu...
11/07/2026, 07:00
Nouveau livre de Freida McFadden en poche rime souvent avec nouvelle entrée dans le Top 10 — et pas à n’importe quelle place : Le Dîner s’installe directement en tête, avec 88.707 ventes en une seule semaine, du 29 juin au 5 juillet. Une entrée phénoménale. Derrière, les cahiers de vacances conservent pourtant leur mainmise sur le classement, dont ils occupent huit des dix premières places.
10/07/2026, 13:00
Dans Le fabuleux piano, à paraître le 27 août chez Robert Laffont, Sonia Devillers retrace l’histoire d’un instrument disparu, le piano de la famille Enoch, éditeurs de partitions, en l’inscrivant dans celle des milliers de pianos volés aux familles juives à Paris pendant l’Occupation, puis déplacés jusqu’aux confins du IIIe Reich. À travers cette enquête, l’autrice explore à la fois la spoliation, la mémoire familiale et la place intime que peuvent occuper les objets dans la transmission.
10/07/2026, 08:56
Avec Entre amis (Actes Sud), premier roman de Hal Ebbott traduit de l’anglais (États-Unis) par Laure Manceau et publié le 26 août, l’auteur met en scène deux familles liées par une amitié ancienne, soudain confrontées à un acte de violence qui bouleverse leurs certitudes et révèle les tensions sociales, intimes et familiales longtemps restées sous silence.
10/07/2026, 06:56
Cal Macleod revient d’Édimbourg vers Falabay, dans les Hébrides extérieures, avec un sac à dos, un sac-poubelle et des secrets que l’île devine avant même qu’il pose le pied sur le quai. Son père John, tisserand, éleveur et chantre d’une foi sans souplesse, l’attend avec Ella, les moutons, la mer et le poids du nom familial. Traduit de l’anglais d’Écosse par Charles Bonnot, John, Fils de John, noue retour au pays, désir, honte et filiation dans un roman rude, drôle et profondément habité. Généalogie à ouvrir le 26 août.
09/07/2026, 13:07
Hier, la terre a tremblé. Les bars autour de chez moi étaient en ébullition : l’Égypte menait 2-0 contre l’Argentine, championne du monde en titre, dans le dernier huitième de finale de la Coupe du monde. L’Albiceleste n’avait pas dit son dernier mot ; moi, je perdais les miens. En quelques minutes seulement, Lionel Messi a mis le match à l'envers. À l’arrivée : 3-2, pleurs, soulagement. Et vertige.
08/07/2026, 22:51
S’il est loisible de méditer sur les mystères insondables du monde que nous habitons, le fait que la science parvienne à le rendre compréhensible devrait, en soi, être un sujet d’étonnement. Pourquoi l’ingéniosité du vivant anticipe-telle nos techniques ? Pourquoi les mathématiques les plus abstraites décrivent-elles le réel ? Conjuguant sciences sociales et sciences du vivant, Bernard Lahire remonte aux racines du réalisme pour élucider l’« éternel mystère » : pourquoi comprenons-nous le monde ?
08/07/2026, 08:00
Françoise Theillou explore la relation complexe d’André Malraux à l’amour et aux femmes, à peu près absente de son œuvre et des grandes biographies qui lui ont été consacrées. L’écrivain a volontairement brouillé les pistes entre réel et imaginaire, taisant l’intime et rejetant toute lecture biographique de son œuvre. Ce sont surtout les femmes qui l’ont aimé, Clara, Josette, Madeleine, Sophie, qui ont permis de lever en partie le voile, chacune révélant un Malraux différent.
08/07/2026, 07:00
En 1924, Carrie Buck, 17 ans, est envoyée dans une institution de Virginie où médecins, juges et travailleurs sociaux préparent sans le lui dire le procès qui doit légitimer sa stérilisation. À partir de l’affaire Buck v. Bell, Marouane Essadek construit, chez Noir sur Blanc, un premier roman documenté et rageur sur l’eugénisme américain, ses discours de progrès et les vies qu’il a méthodiquement confisquées.
07/07/2026, 11:10
À l’automne 1938, Henri vit auprès de Rachel, son épouse atteinte de sclérose en plaques, dans une clinique près de Liège. Marcelle, pianiste en tournée entre le Maroc, l’Égypte et l’Italie, lui écrit depuis les gares, les paquebots et les chambres d’hôtel. Célia Houdart publie chez POL Notre-Dame-des-Anges et transforme une correspondance familiale couvrant les années 1935 à 1944 en un roman de désir, de maladie et de guerre imminente. Révélation le 20 août.
07/07/2026, 11:03
Un verre Musclor brisé, des assiettes sorties des placards, des coupures du Dauphiné libéré : sur le point de déménager après une rupture, la narratrice de Choses que je croyais perdues emballe davantage qu’un appartement. Clémentine Mélois transforme ces restes domestiques en récit d’apprentissage vif, drôle et fissuré, où chaque objet remet une histoire en circulation. À retrouver, le 20 août.
07/07/2026, 11:02
Plus d’ouvriers, plus de conducteurs de bus, plus de vendeurs… La société israélienne est à l’arrêt. À Tel-Aviv, Ariel et Alaa sont voisins et amis. L’un est journaliste, un sioniste libéral, critique à l’égard de l’occupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza, mais fidèle au projet du pays ; l’autre, cameraman palestinien, est hanté par les souvenirs de sa grand-mère récemment décédée, jamais remise de la Nakba et de la perte de sa ville, Jaffa.
07/07/2026, 09:00
Vous pensez avoir une famille dysfonctionnelle ? Attendez de rencontrer les Flynn. Rien ne va plus chez eux. La mère tente de sauver son mariage en s’essayant au couple libre, tandis que le père s’enfonce dans une crise existentielle forcément pathétique.
07/07/2026, 08:00
Top Articles
Ces 10 livres méconnus sauveront votre été avant la rentrée littéraire 30 livres de la rentrée littéraire en lice pour le Prix du Roman Fnac 2026 Fabrice Luchini et Pierre Arditi, deux visages d’un théâtre encore hors de portée En vacances : 7 romans français à lire avant la rentrée littéraire
1 Commentaire
Kuroki Tomoko
26/09/2025 à 11:18
éditeur indépendant certes, mais le prix pique un peu 30$ pour le HC aux USA et 8,99$ par fascicule, l'édition Française devient plus intéressante mais pas possible de le programmer😞 (c'est la crise et TOUS les éditeurs poussent un peu le bouchon pour cette fin d'année). Sur "League of Comic Geeks" il est très bien noté cependant🥺