Lauréat du Prix du Roman Fnac 2025 pour Les Éléments (trad. Sophie Aslanides), John Boyne était notre invité pour un Questionnaire de Proust revisité. L'objectif était simple : répondre rapidement, simplement, facilement. « D’accord, j’aime bien ce genre de choses », nous a-t-il rétorqué du tac-au-tac.
Votre principale qualité comme écrivain ?
— La compassion. J’aimerais penser que je suis quelqu’un de compatissant, et j’essaie d’écrire des livres qui le sont aussi.
Éprouvez-vous parfois de la compassion pour vos personnages ?
— Oui, bien sûr. Je tiens à eux. Mais je pense davantage à l’histoire. Pour moi, tout est lié : les personnages, le récit, les thèmes, les dialogues… tout cela se fond dans un seul livre. Les personnages sont des inventions, mais le livre est une chose réelle. Je me vois comme un écrivain plus émotionnel qu’intellectuel, quelqu’un qui écrit avec le cœur plutôt qu’avec la tête.
Votre pire défaut ?
— L’impatience. Dans la vie, si les choses ne se déroulent pas comme prévu, je peux perdre patience. Et face au roman, c’est pareil : si quelque chose ne fonctionne pas, c’est comme un morceau de puzzle qui ne s’ajuste pas. Parfois, il faut tout reprendre, enlever des pages entières et tout réécrire.
Votre passion littéraire secrète ?
— Agatha Christie. J’ai commencé à la lire vers 13 ans et je dévorais ses romans les uns après les autres. Aujourd’hui, je collectionne ses vieilles éditions : ce sont pour moi des livres de réconfort. Peut-être deux fois par an, je relis un Agatha Christie. Je ne suis pas doué pour deviner qui est le coupable, mais j’aime son langage, ce style très anglais. Cela me ramène à l’innocence de l’enfance et de l’adolescence. Elle a parfois des défauts liés à son époque, mais je pense qu’elle est une grande écrivaine.
Préférez-vous la notoriété ou l’anonymat ?
— C’est compliqué. Je n’aime pas la notoriété, mais je ne veux pas être totalement inconnu non plus. Je veux que mes livres soient lus, j’aime rencontrer les lecteurs et parler de mes romans. Je dirais que je suis quelque part entre les deux.
Un écrivain doit-il être sur les réseaux sociaux ?
— Je crois qu’il vaut mieux éviter. J’essaie d’ailleurs de m’en éloigner complètement. Mon objectif est de ne plus être exposé à la négativité et de revenir à ne parler que de livres, pas de politique ni de questions de société.
Quel écrivain vous a donné envie d’écrire ?
— John Irving. J’ai commencé à le lire à 16 ou 17 ans, au moment où je passais de la littérature pour adolescents à la littérature adulte. Les Règles de la maison de cidre m’a ouvert les possibilités de la fiction. J’admirais la façon dont il combinait comédie, drame et tragédie.
PAROLES DE LIBRAIRE - “C’est un roman très humain, même s’il explore l’inhumanité”
Quand j’ai publié mon premier roman, je lui ai envoyé un exemplaire avec une lettre. Il l’a lu et nous sommes devenus amis. J’ai même dédié Les Cœurs invisibles à John Irving.
Parmi l’eau, la terre, le vent et le feu (les quatre éléments/personnages de son roman), lequel inviteriez-vous à dîner ?
— Evan, dans Terre. Même s’il a fait de mauvaises choses, c’est le personnage le plus complexe et le plus sympathique. Il est brisé dès le départ et finit par trouver une forme de rédemption. C’est quelqu’un que j’aurais envie de serrer dans mes bras pour lui dire : « Tu as besoin d’aide. »
Votre état d’esprit quand vous écrivez ?
— Heureux. Toujours heureux, même si le livre est sombre. J’éprouve le plus grand bonheur quand j’écris et que les choses s’assemblent.
Votre plus grande fierté, en littérature ou dans la vie ?
— Dans la vie, j’ai été un oncle formidable. J’aurais aimé être père, mais je ne le suis pas. J’ai investi tout mon amour dans mes neveux et nièces, qui sont les enfants que je n’ai pas eus. C’est ma plus grande fierté.
Votre plus beau souvenir littéraire ?
— La première fois que j’ai rencontré John Irving. Déjeuner avec J.K. Rowling a aussi été un moment extraordinaire. Et en 2006, j’ai remporté mon premier Irish Book Award pour Le Garçon en pyjama rayé. Ce fut la première fois que je me suis senti pleinement reconnu dans mon pays comme écrivain.
Quel personnage de vos romans aurait le plus de mal à survivre à un week-end en camping ?
— Cyril, dans Les Fureurs invisibles du coeur (trad. Sophie Aslanides). Comme moi, il préfère un bel hôtel.
Avez-vous un héros dans la vie réelle ?
— Je n’ai pas vraiment de héros, mais des gens que j’admire. Parmi eux : Kate Bush. Elle est mon artiste préférée depuis l’enfance. J’ai eu l’occasion de déjeuner avec elle. J’admire sa capacité à séparer sa vie privée de son succès immense et à refuser le jeu de la célébrité.
Votre rêve de bonheur parfait ?
— Être un bon oncle. Après trois semaines loin de chez moi, mon compagnon me rejoint demain pour un week-end à Paris. C’est cela, le bonheur absolu.
Après avoir écrit sur les quatre éléments, écrirez-vous un jour sur le Wi-Fi ?
— Non. J’ai déjà écrit The Echo Chamber, une comédie sur les réseaux sociaux. Pour les éléments, j’ai donné.
Votre devise en tant qu'écrivain ?
— Une citation d’Oscar Wilde : « La louange me rend humble. Mais quand on m’insulte, je sais que j’ai touché les étoiles. » J’aime aussi celle de Samuel Beckett : « Essayer. Échouer. Échouer encore. Échouer mieux. »
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
DOSSIER - Prix du roman Fnac 2025 : défricher la rentrée littéraire, chaque année
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 20/08/2025
506 pages
Jean-Claude Lattès
23,90 €
Paru le 22/08/2018
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Jean-Claude Lattès
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