Robert Redford, acteur, réalisateur, producteur, militant, est mort le 16 septembre 2025 à l’âge de 89 ans à Sundance (Utah), chez lui, entouré des siens. Né le 18 août 1936 à Santa Monica, Californie, il avait progressivement imposé son double héritage : celui d’un visage emblématique de l’âge d’or hollywoodien, et celui d’un artisan engagé de la liberté artistique et de la protection de l’environnement.
Le 16/09/2025 à 19:38 par Clément Solym
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16/09/2025 à 19:38
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Redford fut révélé dans les années 1960-70 avec des rôles devenus cultes : Butch Cassidy and the Sundance Kid, The Sting, All the President’s Men, Out of Africa, parmi tant d’autres. En 1980, il remporta l’Oscar du Meilleur réalisateur pour Ordinary People ; en 2002, il reçut un Oscar d’honneur.
Mais Redford ne se contenta pas de la performance. Il fut un pionnier du cinéma indépendant aux États-Unis : fondateur du Sundance Institute et du Sundance Film Festival, il offrit un foyer et une visibilité à des réalisateurs moins entendus par les circuits mainstream.
Militant de longue date pour l’environnement, pour la nature, Redford défendait la cause écologique non en parole seule : il traitait les paysages comme des personnages — dans ses films ou dans sa vie personnelle. Il créa aussi le Redford Center avec son fils James, pour promouvoir des récits mettant en avant la défense de la planète.
Sa vie d’acteur continua jusque dans ses vieux jours, même si ses rôles devinrent plus rares. On se souviendra de sa présence à la télévision en 2025 (une apparition dans la série Dark Winds) après avoir largement réduit ses activités cinématographiques.
Il laisse derrière lui, outre son œuvre filmique, une influence durable sur le cinéma indépendant, sur la manière de relier nature et art, sur la littérature qu’il appréciait et qu’il contribua à souligner.
Redford ne se contenta pas de jouer ou de filmer : il aimait littérature et nature, et ses préfaces révèlent ce qu’il ressentait face aux livres qu’il aimait. Et les écrits produits pour l’occasion témoignent d’une fidélité aux écrivains qu’il admirait et d’une profonde cohérence entre ses convictions personnelles et son imaginaire artistique.
Ainsi, en 2017, il signe la préface d’une réédition de A River Runs Through It and Other Stories de Norman Maclean (Et au milieu coule une rivière, traduction de Marie-Claire Pasquier), recueil publié pour la première fois en 1976 et devenu un classique de la littérature américaine. Dans ce texte liminaire, Redford rappelle combien le manuscrit de Maclean avait eu du mal à trouver preneur.
Certains éditeurs, rapporte-t-il, se seraient détournés du livre parce qu’« il y avait trop d’arbres dedans ». Derrière cette formule se lit la résistance d’une industrie littéraire à accueillir une prose qui s’attache à la contemplation des paysages, aux rivières, à la pêche à la mouche, à l’intimité des relations familiales.
Il insiste pourtant sur la force du récit, sur sa beauté discrète, son émotion contenue, son élégance sobre. Il fait ressortir combien ce texte, enraciné dans l’Ouest américain, touche à l’universel en mariant nature et introspection.
Cinéaste, il souligne implicitement le défi d’une adaptation : lorsqu’il réalise en 1992 son film A River Runs Through It, il s’efforce de rendre justice à l’esprit du livre, d’en préserver la délicatesse et le rythme, tout en lui donnant une visibilité plus large. Sa préface agit comme une reconnaissance : Maclean avait écrit un chef-d’œuvre que le cinéma pouvait prolonger sans jamais l’éclipser.
Quelques années plus tôt, il avait également prêté sa plume à une autre œuvre fondatrice de la littérature américaine contemporaine, The Monkey Wrench Gang d’Edward Abbey (Le Gang de la clef à molette, traduction de Jacques Mailhos), roman culte publié en 1975. Dans la préface qu’il rédige pour une édition parue en 2004, l’acteur-réalisateur rend hommage à la vigueur contestataire du texte, qui met en scène un groupe d’activistes décidés à saboter les machines et infrastructures menaçant les grands espaces du Sud-Ouest.
Mais Redford ne s’en tient pas à une analyse distanciée : il convoque ses propres souvenirs d’expéditions aux côtés d’Abbey sur l’Outlaw Trail, ces territoires désertiques où l’écrivain semblait trouver sa vérité. Il décrit un homme réservé, parfois taciturne, mais habité d’une intensité et d’une fragilité profondes. Abbey lui apparaît aussi dans des moments plus inattendus, jouant de la flûte au bord d’un lac, offrant un contraste saisissant entre la rudesse de ses engagements et la douceur de son rapport intime au monde.
La préface se termine sur une anecdote marquante : Redford raconte le souhait d’Abbey, à la fin de sa vie, d’être emmené hors de l’hôpital par ses amis pour mourir dans la nature qu’il chérissait. Ce refus des monuments, cette volonté de ne pas laisser de trace durable, résonne fortement avec l’éthique écologique de l’auteur. En relatant ces instants, Redford ne cherche pas à figer Abbey dans l’icône d’un radicalisme froid, mais à restituer un être humain sensible, entier, indissociable des paysages qu’il défendait.
Ces deux préfaces, si différentes dans leur objet, dessinent une même ligne de force. Elles traduisent l’attention de Redford aux écrivains, son amour pour la nature et son désir de relier la littérature à une expérience intime des lieux. Elles révèlent aussi un artiste soucieux d’accompagner les textes sans les dominer, de prolonger leur résonance par l’image, mais toujours dans le respect de la voix de l’auteur.
Un extrait de chacun ouvrage avec la préface de l'acteur est proposé en fin d'article.

Géant d’un cinéma américain dont il se faisait une idée bien particulière et ami de la France dans laquelle il avait trouvé l’inspiration lors de son passage aux Beaux-Arts, l’acteur et réalisateur Robert Redford nous a quittés à l’âge de 89 ans.
Né en 1936, Robert Redford avait grandi dans une Amérique où il ne trouvait pas sa place. Dans les années 1950, entre Paris et Florence, il avait cru déceler sa voie : celle de la peinture. Il n’en fut rien, mais il revint aux États-Unis avec le début d’une conscience politique qu’il considéra s’être forgée en France.
En 1957, il avait fait ses débuts sur les planches, où son interprétation dans La Mouette de Tchekhov attira l’attention d’un agent et lui ouvrit les portes de plusieurs rôles dans des téléfilms et des séries.
En 1962, le tournage de son premier long métrage, War Hunt, avait aussi été le moment de la naissance d’une amitié qui marqua l’entièreté de sa carrière : celle avec Sydney Pollack.
Si Robert Redford avait souhaité se tenir loin, aussi bien artistiquement que physiquement, d’un Hollywood en perte de vitesse, son aura l’imposa rapidement comme l’un des visages les plus marquants du renouveau des studios, le Nouvel Hollywood. Son rôle dans Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969), aux côtés de Paul Newman, fit de lui une star internationale. Quelques années plus tard, The Sting (1973) confirma définitivement ce duo de légende.
Acteur magnétique, il sut aussi se muer en réalisateur exigeant. En 1980, son premier film derrière la caméra, Ordinary People, obtint quatre Oscars, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. Suivirent des œuvres marquées par une profonde sensibilité sociale et politique, comme Quiz Show (1994) ou Lions for Lambs (2007).
Parallèlement, il avait fondé en 1981 le festival de Sundance, devenu l’un des plus influents tremplins pour le cinéma indépendant. À travers lui, Redford fit émerger une nouvelle génération de cinéastes et contribua à redéfinir les contours d’un cinéma américain audacieux et engagé, à son image.
Militant écologiste de la première heure, il n’avait cessé d’alerter sur la préservation de la planète, mettant sa notoriété au service des combats environnementaux comme des combats démocratiques. J’adresse mes condoléances les plus sincères à sa famille, à ses proches et à tous ceux qu’il a marqués.
Crédits photo : Steve Rhodes, CC BY NC ND 2.0
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Par Clément Solym
Contact : cs@actualitte.com
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2 Commentaires
Kuroki Tomoko
17/09/2025 à 03:51
RIP
Marie
17/09/2025 à 08:00
Le hasard (?) fit que la TV française offrit en quelques jours trois de ses films :"L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux", "Les Trois Jours du Condor" et" Butch Cassidy and the Kid"...Il est des acteurs qui se rapprochent plus ce ceux qui les regardent que d'autres...Infinie tristesse comme la disparition d'un être cher. Salut, grand artiste!!