Il y a parfois des paradoxes que l’on ne déniche que dans les rayons discrets des librairies spécialisées. Un client se présente chez Luca Cena, libraire antiquaire à Turin, avec un vieux traité sur la vaccination – reçu en cadeau de son père, médecin – dont il souhaitait se débarrasser. De fait, il confie « ne pas être fan de l’usage des vaccins, préférer affronter les maladies par soi-même ».
Le 30/08/2025 à 19:16 par Nicolas Gary
4 Réactions | 1123 Partages
Publié le :
30/08/2025 à 19:16
4
Commentaires
1123
Partages
Ce « client no vax », selon les mots employés, cherche à connaître la valeur de l’ouvrage. Cena, dont le commerce est installé au 19 de la via Andrea Doria et qui narre son métier avec passion sur les réseaux sociaux (plus de 200 000 abonnés sur TikTok et plus de 259 000 sur Instagram), reçoit la demande avec un mélange de calme et d’étonnement. « Cela m'a laisse perplexe, je le reconnais », confie-t-il dans la vidéo devenue virale.
Le livre en question, rédigé en français et intitulé Preuves de l'efficacité de la vaccination, n’est pas une première édition, mais demeure un témoignage précieux de l’histoire de la médecine et de la vaccination contre le petit‑pox au début du XIXᵉ siècle. Cena explique que le volume décrit les efforts réalisés pour introduire le vaccin en Europe, dans des contextes où la résistance à de telles innovations médicales était déjà farouche.
Cet ouvrage consacré remonte à 1808 : à cette époque déjà, le sujet faisait l’objet d’études approfondies. Bien entendu, il ne s’agit pas des vaccins dont on a parlé dans l’actualité récente, mais de celui contre la variole, maladie qui a durement frappé l’Europe — la France comme l’Angleterre —, rappelle le libraire.
De fait, il a suscité de nombreuses recherches pour en expliquer le fonctionnement et en encourager l’usage. Il faut rappeler qu’introduire une telle innovation médicale, et convaincre la population de l’adopter, n’était pas une entreprise aisée. Voilà ce qui rend ce volume particulièrement intéressant.
Le client explique ne pas être un fervent partisan des vaccins et « préfère lutter seul contre les maladies. [...] Mon père est professeur de médecine, passionné par des sujets plutôt inhabituels, et il m'a offert ce livre, même si je ne suis pas un grand fan du sujet, bien au contraire », explique-t-il.
Le libraire en propose l’achat pour 200 €. Le client acquiesce immédiatement – « C'est parfait », – et la scène se conclut sur une note ironique : « Mais ton père, il sait que tu n’es pas intéressé ? » demande Cena, sourire en coin. Réponse de l'intéressé : « Je lui dirai tout à l'heure, quand je l'aurai vendu. Disons les choses comme ça. »
Au-delà de l’ironie, cette scène rappelle que les livres anciens racontent des histoires vivantes – pas seulement celle de leur contenu, mais aussi celle de leurs lecteurs, des idées qu’ils véhiculent, des controverses qu’ils suscitent, et parfois du décalage entre passé et présent.
Chez Luca Cena, le livre devient narrateur, témoin d’un temps où la vaccination était aussi une innovation controversée. Aujourd’hui, la pièce entre les mains d’un libraire passionné, elle prolonge son pouvoir de questionner, d’étonner… et d’observer, sans juger.
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
4 Commentaires
NAUWELAERS
30/08/2025 à 22:50
Oui...mais il y a vaccins et vaccins !
Et pas de Big Pharma à l'époque !
Comparaison n'est pas toujours raison...
CHRISTIAN NAUWELAERS
Actualisant
30/08/2025 à 23:18
Raison de plus pour que ce (jeune ?) vendeur ouvre le livre avant de commettre l'irréparable ?
Arthur Magnus
31/08/2025 à 11:34
Bonjour Nicolas Gary.
"un vieux traité sur la vaccination [...] – qu’il souhaite se débarrasser" ?? (dans le chapô)
Todike
01/09/2025 à 12:43
Un petit problème d'ia générative ? Smallpox en anglais, c'est la variole... De rien !