Comme on fixe le soleil

Alexandra Fuller

Récit d’une mère confrontée à l’impensable, la mort de son fils, Comme on fixe le soleil (traduction : Marie Hermet) mêle mémoire intime et méditation universelle. Entre scènes du quotidien et fulgurances poétiques, il explore la douleur, l’amour maternel, la fragilité du corps et la résilience. Un texte exigeant mais profondément humain, où la langue devient refuge et outil de survie, transformant l’expérience du deuil en quête de sens partagé.

Il y a des livres qui ne se contentent pas de raconter une histoire : ils imposent une expérience. Celui-ci en fait partie. On entre d’abord dans le texte par une douleur brute — la perte d’un enfant, Fi — qui saisit et fracture. Mais très vite, la narration se déploie en une mosaïque de souvenirs, de réflexions et de visions où la voix de l’autrice alterne entre l’aveu intime et l’observation du monde.

Les pages s’ouvrent sur des scènes d’une précision presque clinique : les nuits de fièvre, les voyages interrompus par la maladie, les gestes dérisoires mais vitaux du quotidien. Puis, sans prévenir, surgissent des éclats de lyrisme — des oiseaux comme messagers du deuil, des comètes interprétées comme présages . Cette oscillation entre réalisme et vision poétique donne au récit une densité particulière. C’est une prose qui respire, hésite, se brise parfois, comme pour traduire l’impossible continuité d’une vie après le drame.

L’ouvrage n’est pourtant pas seulement une confession intime. Il interroge aussi les racines d’une existence marquée par la violence familiale, l’alcoolisme, l’exil . Le deuil individuel se mêle alors à une méditation collective sur la survie et la reconstruction, qu’elle soit physique — le corps plié par la douleur — ou symbolique, à travers l’invention de rituels et de gestes de mémoire.

Le style, nerveux et mouvant, varie sans cesse : phrases longues, haletantes, puis soudain un coup de frein, une remarque sèche, presque orale. On croise des notations ironiques, des éclats de colère, des élans spirituels. Tout cela compose une voix singulière, profondément humaine, qui refuse de se laisser réduire au silence de la fatalité.

Au bout du compte, ce roman n’est pas seulement une plongée dans l’abîme du deuil. C’est aussi un manifeste pour la survie : montrer que la langue, même tremblante, peut encore nommer, tenir, relier. Une chronique bouleversante, exigeante par son style, mais qui offre un abri fragile et nécessaire contre le chaos.

 
 
 

DOSSIER - Découvrez les romans de la Rentrée littéraire 2025

Une michronique de
Victor De Sepausy

Publiée le
29/08/2025 à 08:33

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Comme on fixe le soleil

Alexandra Fuller trad. Marie Hermet

Paru le 28/08/2025

288 pages

Plon

22,90 €