Le livre s’ouvre sur un souvenir d’enfance — aussi brutal qu’éclairant. Un garçon du quartier, Mustapha, est attaqué par un chien policier. Les riverains s’indignent, la police réplique : « C’est vous les chiens ». Confusion : qui sont alors les humains, les animaux ? Cette scène cristallise le propos de l’autrice : l’animalisation, loin d’être linguistique ou symbolique, est un geste politique qui enferme — Vers un continuum de dominations.
De là démarre l’enquête : comment, à travers l’histoire occidentale, le fait de réduire un être à l’animal a-t-il autorisé sa mise à mort ou sa soumission ? Les animaux ont été déshumanisés pour pouvoir être tués. Et ce modèle de domination a été exporté vers des humains jugés « inférieurs » — femmes, colonisé·es, prolétaires, peuples autochtones : les animaliser revient à les exclure de la dignité humaine, à créer un ordre « zoosocial » gravé dans la hiérarchie sociale du capitalisme moderne.
PODCAST - Kaoutar Harchi et la politisation de la relation homme-animal
Kaoutar Harchi tisse un récit qui conjugue mémoire personnelle et analyse sociologique. Chaque chapitre met en lumière un pan de cette innervation des violences — du gavage des animaux à l’enfermement des suffragettes, jusqu’aux expérimentations médicales sur les corps humains considérés comme animaux — tissant peu à peu la généalogie d’une forme de domination administrative et matérielle.
Un moment fort ? La visite imaginaire des abattoirs de Chicago, préfiguration des chaînes tayloriennes — où l’on comprend que la mécanique de l’industrialisation moderne trouve ses racines dans l’exploitation mortifère du vivant Socialter.
Loin du pamphlet, l’essai trouve son humanité dans l’équilibre entre engagement analytique — intersectionnel, féministe, anticapitaliste — et narration sensible. L’animalisation n’est plus un concept abstrait, mais un révélateur — de ce que nous faisons aux autres, de ce que nous faisons à nous-mêmes.
L’autrice ne plaide pas pour culpabiliser, mais pour dépouiller le monde de cette division en espèces. Ce qu’elle appelle « défaire ce qui a été fait, puis tout refaire » : une révolution du regard, une dissolution des frontières mortifères entre êtres vivants Vert.
DOSSIER - Arles : Agir pour le vivant 2025 fait vibrer l’écologie en actes
Publiée le
23/08/2025 à 14:40
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Paru le 04/09/2024
320 pages
Actes Sud Editions
22,50 €
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