Gallimard publie le 2 octobre prochain, Monts, Mers et Géants, roman étonnant de 1924 signé d'un certain Alfred Döblin, traduit pour la première fois en français par Michel Vanoosthuyse. L’auteur de Berlin Alexanderplatz, neurologue et figure majeure de la modernité littéraire allemande, y déploie une fresque dystopique où l’hubris des hommes les conduit à leur perte, bien au-delà du XXIIIᵉ siècle.
Le 21/08/2025 à 18:09 par Hocine Bouhadjera
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21/08/2025 à 18:09
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Dans un monde où les hommes, obsédés par la conquête totale de la planète, provoquent catastrophes climatiques, migrations violentes, manipulations génétiques et guerres chimiques, l’avidité culmine lorsqu’ils entreprennent de faire fondre les glaces du Groenland pour s’y installer, déclenchant des périls inédits pour l’espèce humaine.
Un siècle après sa parution, ce texte résonne avec force. On y découvre l'Alfred Döblin d’avant Berlin Alexanderplatz, dont l’imagination débridée se double d’une lucidité implacable sur la démesure des hommes et les menaces qui pèsent sur leur avenir. Épopée dystopique aux accents prophétiques, Monts, Mers et Géants dialogue avec Nous de Zamiatine ou 1984 d’Orwell, assure l'éditeur, tout en ouvrant un territoire littéraire singulier, entre roman d’aventures, fable et science-fiction.
Alfred Döblin (1878-1957) occupe une place singulière dans le paysage littéraire du XXᵉ siècle. Médecin neurologue de formation, il fut aussi l’un des grands rénovateurs du roman moderne. Cofondateur en 1910 de la revue expressionniste Der Sturm, il s’imposa rapidement comme une figure intellectuelle de premier plan dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. Son œuvre, nourrie par les bouleversements politiques et sociaux de son temps, allie une inventivité narrative foisonnante à une réflexion aiguë sur la condition humaine.
Auteur de romans majeurs tels que Berlin Alexanderplatz (1929), considéré comme son chef-d’œuvre et l’un des sommets de la littérature de Weimar, Döblin s’est illustré par son usage novateur du montage, sa polyphonie et son ancrage urbain. Persécuté par le régime nazi en raison de ses origines juives, il est contraint à l’exil dès 1933. Installé d’abord en France, dont il obtient la nationalité en 1936, il poursuit ensuite son exil aux États-Unis où il continue à écrire, tout en affrontant la marginalisation d’un écrivain en rupture avec sa langue et son lectorat.
À son retour en Europe, après 1945, il participe aux efforts de reconstruction intellectuelle en Allemagne, mais demeure en marge des grands courants dominants. Jusqu’à sa mort en 1957, il incarne pourtant cette tension entre engagement politique, exigence littéraire et expérience de l’exil, qui confère à son œuvre une puissance visionnaire et une actualité toujours brûlante.
Le 16 octobre cette fois, deux autres figures littéraires majeures du XXᵉ siècle. Parmi les multiples correspondances qu’André Breton a entretenues, celle avec Julien Gracq « occupe une place à part », assure Bernard Vouilloux, qui a établi, pour Gallimard, une édition de leurs échanges. On y découvre Gracq en épistolier attentif, demeuré cependant en lisière du groupe surréaliste. Breton est pour lui le « grand aîné », dont il a découvert l’œuvre à vingt ans et auquel le lia, jusqu’à la fin, une véritable affection.
Après les Lettres à Aube (2009), à Simone Kahn (2016), à Jacques Doucet (2016), la Correspondance avec Benjamin Péret (2017), avec Tzara et Picabia (2017), avec Paul Éluard (2019) ou encore avec Simone Debout (2019), l’édition des Correspondance 1939-1966 entre André Breton et Julien Gracq vient compléter le vaste chantier épistolaire entrepris autour du fondateur du surréalisme.
Commencée en 1939 et interrompue par la guerre, la relation reprend à la Libération. Mais leurs trajectoires tendent alors à s’inverser : revenu en France en 1946, Breton, accaparé par les querelles internes et par mille tâches, « ne retrouvera jamais la place qui était la sienne entre les deux guerres », tandis que Gracq, en poursuivant une œuvre exigeante, « gagne en notoriété en concédant le moins possible à la vie littéraire ».
« Ensemble », mais « séparément » — ainsi que l’écrivit Breton dans le dernier message adressé à Gracq quelques mois avant sa mort —, ils entretiennent une amitié précieuse, fondée sur une même fidélité à la liberté créatrice.
Cette édition, établie et présentée par Bernard Vouilloux et annotée en collaboration avec Henri Béhar, permet de mesurer la force et la singularité de ce dialogue de près de trente ans, entre deux écrivains qui, chacun à sa manière, auront marqué le XXᵉ siècle.
Breton, chef de file intransigeant, cherchait à fédérer un mouvement, quand Gracq, solitaire et rétif au « cirque littéraire », cultivait sa liberté. Tous deux partageaient pourtant un goût pour l’indépendance et la défiance envers les institutions culturelles.
L’ensemble de la correspondance d’André Breton, conformément aux dispositions prévues dans son testament, est disponible en ligne depuis septembre 2016.
En 2024, le centenaire du surréalisme a replacé André Breton au cœur de l’actualité, avec notamment une grande exposition au Centre Pompidou et la présentation exceptionnelle du manuscrit du Manifeste du surréalisme.
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L’actualité de Gracq est marquée par l’attente de l’ouverture de ses 29 cahiers inédits en 2027, scellés à la BnF depuis 2007. Les éditions José Corti, fidèles à l’auteur, rappellent toutefois qu’aucune parution n’est confirmée avant l’échéance fixée par l'auteur. Depuis sa mort, plusieurs textes posthumes ont vu le jour : Manuscrits de guerre (2011), Les Terres du couchant (2014), Nœuds de vie (2021) et La Maison (2023).
En 2025, Nantes lui rendra par ailleurs hommage avec une exposition consacrée aux quarante ans de La Forme d’une ville. Parallèlement, Saint-Florent-le-Vieil accueillera une nouvelle édition du festival Les Préférences, organisé par la Maison Julien Gracq.
Toujours en octobre chez Gallimard, paraissent les Lettres à Sigurd (1937-1944) de Romain Gary, une correspondance inédite. On y découvre vingt-deux lettres adressées à son ami Sigurd Norberg (1916-1979), rencontré sur les bancs du lycée de Nice à la fin des années 1920. Fils d’une artiste-peintre française et d’un physiothérapeute suédois, Sigurd fut le témoin privilégié de l’adolescence de celui qui s’appelait alors Romain Kacew, avant de devenir Romain Gary.
Ces lettres, récemment retrouvées dans une maison familiale des Norberg, dessinent un portrait saisissant du jeune homme, bien avant qu’il ne mette en scène ses souvenirs dans La Promesse de l’aube. Elles révèlent ses plaisanteries complices, ses confidences intimes, mais aussi ses inquiétudes face à la montée des périls en Europe et à la figure de « ce sieur Hitler – l’anti-homme ». Étudiant parisien, élève-officier puis combattant de la France Libre, Gary apparaît dans toute sa spontanéité, nourri par l’humour, l’amour et déjà, surtout, par l’écriture.
Cette correspondance permet également d’entrevoir l’importance de sa relation amoureuse avec Christel Söderlundh, compatriote de Sigurd, journaliste en instance de divorce et mère d’un enfant. Elle deviendra Brigitte dans La Promesse de l’aube. Quelques lettres adressées à cette femme essentielle complètent le recueil, éclairant les forces contradictoires qui traversent Gary : la soif de vivre, les doutes, les élans et la fermeté de ses engagements.
Un document qui ajoute une pièce rare au puzzle de « l’homme aux pseudonymes » et témoigne, au-delà de l’Histoire, de la profondeur d’une amitié et de la force fondatrice de l’amour et de la littérature.
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Enfin, le 2 octobre prochain, paraît, également chez Gallimard 70 bis, entrée des artistes, un récit-enquête signé Patrick Modiano et Christian Mazzalai. La rue Notre-Dame-des-Champs, cœur du Montparnasse d’autrefois, retrouve ici sa mémoire. À travers archives, photographies et petites annonces, les auteurs redonnent vie au 70 bis, adresse oubliée mais jadis vibrante.
Peintres, poètes, écrivains, illustres ou anonymes, y passèrent du Second Empire à l’après-guerre. L’atelier vit défiler des artistes venus d’Amérique, du Japon ou d’ailleurs, cherchant à percer à Paris. Modiano, prix Nobel, poursuit sa quête des lieux hantés par la mémoire, quand Mazzalai, guitariste de Phoenix, transpose sa sensibilité musicale dans cette exploration. Ensemble, ils révèlent un village disparu au cœur de Montparnasse. Leur amitié nourrit ce travail à deux voix.
Crédits photo : Domaine public / © BnF, département des Estampes et de la photographie
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Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
2 Commentaires
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24/08/2025 à 18:01
Gracq
un dur
un vrai
le reste
n'est que
valetaille
Edco
28/08/2025 à 18:00
Oh la la , lire Berlin Alexander platz, un chef-d'œuvre.Vs ne le regretterez pas .....