À Pékin, la frontière entre SF et réalité a vacillé. Lors de la World Robot Conference, le Dr Zhang Qifeng, fondateur de Kaiwa Technology basé à Guangzhou, a présenté un projet étonnant. Il s’agirait d’un robot humanoïde équipé d’un utérus artificiel, capable de porter une grossesse complète d’environ dix mois et de donner naissance à un bébé, a priori en pleine santé.
Le 21/08/2025 à 11:10 par Nicolas Gary
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Publié le :
21/08/2025 à 11:10
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Le principe ? Un fœtus serait placé dans un environnement rempli de liquide amniotique synthétique, auquel il est relié via une canule semblable à un cordon ombilical : ce tube délivrerait nutriments et oxygène pendant toute la gestation, rapporte Ifeng. Aujourd’hui encore, les détails précis sur la manière dont la fécondation, l’implantation embryonnaire et l’accouchement seraient gérés restent enveloppés de silence ou d’incertitudes. De la même manière, toutes les images diffusées suite à l'annonce semblent issues d'intelligences artificielles génératives.
Qu'à cela ne tienne : la commercialisation du prototype serait prévue pour 2026, avec un prix estimé à environ 100.000 yuans (autour de 12.000 €), nettement en dessous du coût d’une mère porteuse aux États-Unis (souvent entre 100.000 et 200.000 $). Cette différence tarifaire est mise en avant comme un possible levier de démocratisation des options reproductives, notamment pour les couples infertiles ou ceux refusant la gestation biologique (pour les sinophiles, la vidéo d'interview est à cette adresse).
Derrière cette flamboyante promesse technologique se dressent néanmoins des doutes scientifiques, juridiques et éthiques : certains critiques évoquent un possible déni du lien maternel, une “marchandisation” potentielle de la naissance, voire la violation de l’essence même de l’humanité.
Des autorités de la province du Guangdong sont toutefois entrées en discussion avec l’équipe de Zhang pour poser des balises législatives avant toute mise sur le marché. Ce robot-grossesse n’est pas une idée perdue dans les nuages : il s’appuie sur les avancées concrètes des biobags expérimentés en 2017 par l’hôpital pour enfants de Philadelphie, où des agneaux prématurés ont survécu dans des environnements artificiels pendant plusieurs semaines.
Mais de là à reproduire un cycle de grossesse humaine complet ? Les spécialistes restent prudents : les interactions hormonales, immunitaires, neurologiques restent largement inégalées par la technologie actuelle.
Cette idée de machine susceptible d’enfanter ne date pas d’hier : le robot à même de concevoir, porter ou mettre au monde une créature vivante reste cependant assez rare en SF. Quelques œuvres l’ont en effet explorée à leur manière, avec une certaine intuition : là où la Chine contemporaine tente d’aboutir, les autrices et auteurs ont placé des sortes de garde-fous.
Ce roman imagine un avenir radicalement différent. Traduit en français sous le titre Une femme au bord du temps par Marie Koullen, Piercy y présente une société matriarcale et communautaire. On assiste à une réorganisation sociale qui repense radicalement la parentalité, selon des modalités égalitaires et technologiquement médiées
Ici, les enfants naissent souvent dans des « matrices artificielles » plutôt que du ventre d’une femme. Le brooder, où les bébés grandissent dans des réceptacles de fluide — une mécanique froide et impersonnelle, qualifiée de « Mother the machine », évoquant des poissons dans un aquarium. Une façon de libérer les femmes de la contrainte biologique tout en transformant radicalement la structure familiale.
Le roman (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? trad. Sébastien Guillot) n’aborde pas directement l’idée d’un robot enceinte, mais il ouvre la voie : les réplicants, presque humains, soulèvent la question de la reproduction artificielle.
Les androïdes qui, contrairement aux humains, n’éprouvent pas d’empathie, sont incapables de se reproduire biologiquement. Et si l’une des intrigues centrales est la relation ambiguë entre Rick Deckard et Rachael Rosen, une androïde Nexus-6, leur relation ne conduit pas à une grossesse ni à la naissance d’un enfant hybride.
C’est cependant dans le film de Denis Villeneuve de 2017, Blade Runner 2049, que cette idée trouve une incarnation explicite avec l’enfant né d’une réplicante — un écho réel à la possibilité d’un être artificiel portant la vie.
La société décrite par Huxley (trad. Jules Castier) repose entièrement sur la reproduction artificielle : les êtres humains ne naissent plus de manière naturelle, mais sont "décantés" en laboratoire, dans des flacons d'incubation, avant d’être conditionnés dès leur plus jeune âge pour leur futur rôle social.
Le procédé Bokanovsky, clé dans ce processus, permet de fabriquer des clones à partir d’un même ovule fécondé, jusqu’à une quarantaine de copies identiques — voire plus — pour les classes de castes inférieures.
Ainsi, la reproduction est entièrement programmée et industrialisée, sans place pour la maternité naturelle ou la naissance intime. Une fiction extrême… mais qui aura manifestement inspiré les scientifiques.
Une toute autre approche, incontournable, nous rappelle que si la machine fonctionne, rien ne vaut l'original(e) : les cuves axolotl que Frank Herbert développe dans le cycle de Dune (trad. Michel Demuth) sont des réceptacles biologiques visant à incuber ou recréer des êtres – non plus mécaniques, mais organiques, contrôlés par des intelligences.
De fait, le Jihad butlerien est passé par là et l’interdiction de machines à l’image de l’Homme est devenue un tabou suprême. Les cuves servent à répliquer, capter ou prolonger la vie, dans une démarche quasi religieuse ou scientifique, un entrelacement de biotechnologie et de mysticisme futuriste. Certes, elles sont monitorées par des appareillages complexes... mais leur origine reste biologique – n'en dévoilons pas trop, cependant.
Si des titres de livres vous viennent n'hésitez pas à les partager dans les commentaires : en attendant que la Chine dévoile son prototype, on aura de la lecture...
Crédits illustration : IA
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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3 Commentaires
Kuroki Tomoko
21/08/2025 à 11:20
On est beaucoup trop en avance pour "Idiocracy" mais c'est bien on est en avance pour "Préférence système"
Seb
22/08/2025 à 08:38
Apparemment c'est un fake :
https://www.tf1info.fr/high-tech/verif-la-chine-a-t-elle-developpe-un-robot-capable-de-mener-une-grossesse-2390034.html
Celleva
22/08/2025 à 15:10
(si c'est vrai) Si on garde la cuve en verre, on va se rendre compte assez vite que l'utérus ne contient pas vraiment un "amas de cellules". Ca va gêner certaines personnes.... Situation intéressante....