Dernier volet de notre dossier CliFi - Climate Fiction – avec un regard sur le cinéma et les films adaptés de romans, ayant ces thématiques environnementales pour sujet principal. Si des décennies durant, Hollywood a aimé détruire la Terre à l’écran – invasions extraterrestres, épidémies, guerres nucléaires – mais le réchauffement climatique est longtemps resté un sujet secondaire...
Le 13/08/2025 à 10:32 par Nicolas Gary
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Publié le :
13/08/2025 à 10:32
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Le tournant a sans doute été le film Le Jour d’Après (The Day After Tomorrow, 2004,) de Roland Emmerich, premier blockbuster grand public à faire du changement climatique le véritable “méchant” de l’histoire. Le tout basé sur le livre The Coming Global Superstorm d’Art Bell et Whitley Strieber (Le grand bouleversement du climat, trad. Michel Cabart).
Qui se souvient de ce scénario extrême ? Dans le film, la fonte des glaces perturbe brutalement le Gulf Stream et provoque en quelques jours une nouvelle ère glaciaire sur l’hémisphère nord. New York est submergée puis gelée en un temps record, des tornades de froid frappent à travers le monde…
Bref, un cataclysme climatique XXL mis en scène avec les effets spéciaux spectaculaires propres au réalisateur d’Independence Day. Le succès populaire a été au rendez-vous – plus de 550 millions $ au box-office rapporte Salon.com – preuve que le sujet intriguait et effrayait le public. Cependant, les scientifiques ont détesté. « Ce film exagère énormément le scénario de base », critiquait ainsi un climatologue interrogé par NBC News, estimant qu’il « rend un mauvais service à la science en caricaturant la réalité ».
En effet, Le Jour d’Après accumule les erreurs : un arrêt du Gulf Stream est très improbable et ne provoquerait pas une glaciation instantanée, et certainement pas en quelques jours. « On ne déclenche pas une ère glaciaire avec du réchauffement ! », s’est moqué le chercheur Kevin Trenberth, soulignant la contradiction scientifique au cœur du film. Même les détails techniques ont fait sourire (des flèches de courant marin pointant dans le mauvais sens sur une carte !).
Conclusion des experts : Le Jour d’Après a certes sensibilisé le grand public, mais en sacrifiant la rigueur : « la liste des erreurs scientifiques dans ce film est interminable », résumait la climatologue Kate Naughten, ajoutant que le scénario est « extrêmement improbable » et bien trop accéléré par rapport aux vrais processus climatiques.
Les exemples ne manquent pas, mais gardons-en quelques-uns à l'esprit. Ainsi Snowpiercer (2013, d'après Le Transperceneige de Jacques Lob, Jean-Marc Rochette, Benjamin Legrand), adaptation d’une BD française, imagine que les gouvernements ont raté leur géo-ingénierie : en voulant refroidir la planète avec un produit chimique (le CW7), ils ont déclenché une nouvelle glaciation qui oblige les survivants à vivre dans un train roulant sans fin. Là encore, le terme de climat n’est pas central, c’est le décor d’une lutte des classes allégorique dans les wagons.
Paru en 2017, le roman de Megan Hunter, The End We Start From (La fin d'où nous partons, trad. Aurélie Tronchet, Gallimard), s’ouvre sur une image simple mais saisissante : une femme donne naissance alors que Londres est engloutie par une crue historique. Ce court texte, à l’écriture presque minimaliste, raconte l’exil forcé d’une jeune mère et de son bébé dans un pays submergé.
En 2023, Mahalia Belo en livre une adaptation cinématographique portée par Jodie Comer (avec Benedict Cumberbatch à la production et au casting).
Loin du spectacle apocalyptique, le film privilégie une approche intimiste : la caméra suit les gestes, les silences, les regards, laissant affleurer une tension sourde. Un coup réussi, puisque rendant palpable la catastrophe sans céder au sensationnalisme.
Autre tonalité, autre ambition : Annihilation de Jeff VanderMeer, publié en 2014 (trad. Gilles Goullet, La trilogie du rempart sud, Au Diable Vauvert), premier tome de la trilogie Southern Reach, entraîne ses lecteurs dans une « Zone X » mystérieuse où la nature semble se réinventer elle-même. Dans cet espace d’expérimentation biologique, la frontière entre l’humain et l’écosystème s’efface.
En 2018, Alex Garland en propose une adaptation libre, avec Natalie Portman et Tessa Thompson. Distribué par Paramount aux États-Unis et par Netflix à l’international, le film conserve l’atmosphère inquiétante et poétique du roman, tout en modifiant des pans entiers de l’intrigue. La presse spécialisée a salué ce choix artistique audacieux, même si certains lecteurs puristes ont regretté l’abandon de la structure narrative originale.
Lauréat du prix Pulitzer de fiction en 2019, The Overstory de Richard Powers (2018 - L'Arbre-monde, trad. Serge Chauvin, Le Cherche Midi) tisse un vaste récit choral où des destins humains se croisent autour d’une cause commune : la préservation des arbres et des forêts. Puissant plaidoyer écologique, le roman est devenue une oeuvre majeure, incontournable.
Son adaptation ne prendra pas la forme d’un film mais d’une série Netflix, produite par David Benioff, D.B. Weiss et Hugh Jackman. Ce format long permettra de respecter la complexité de la narration et la multiplicité des personnages. On peut y voir un signe : la cli-fi trouve aussi dans les séries un espace d’expression propice, capable de conjuguer profondeur thématique et ampleur visuelle. Sauf que l'on attend toujours...
Publié en 2016, The Dry de Jane Harper (Canicule, trad. Renaud Bombard, Calmann-Levy) plonge dans une petite ville australienne asphyxiée par une sécheresse interminable. Sur fond d’enquête criminelle, l’intrigue déploie un climat oppressant où la chaleur, la poussière et la rareté de l’eau façonnent les tensions humaines.
En 2020, le réalisateur Robert Connolly en signe l’adaptation, avec Eric Bana dans le rôle principal. Tourné sur place, le film capture la rudesse des paysages et la réalité sociale des communautés rurales. Plusieurs critiques anglo-saxonnes ont souligné que l’environnement y est presque un personnage à part entière, tant il conditionne l’atmosphère et les comportements.
Il est frappant de constater à quel point le traitement du climat au cinéma a évolué en deux décennies. Même le blockbuster super-héroïque Avengers : Endgame s’inspire du discours climatique, sous des dehors d’apocalypse.
Dans Endgame, l’univers vit les conséquences du « Snap » — l’élimination de la moitié des êtres vivants par Thanos, d’un claquement de doigts. Les scènes montrent des villes désertées, des infrastructures abandonnées, une atmosphère lourde… Autant d’images que l’on retrouve dans les adaptations de climate fiction post-catastrophe (The End We Start From, The Dry). L’univers Marvel, le temps d’un acte, adopte ainsi des codes visuels proches du cinéma cli-fi : silence, nature qui reprend ses droits, humains désœuvrés.
Cette disparition massive n’est pas qu’un ressort dramatique : elle est justifiée, dans le discours du personnage, comme une mesure de gestion des ressources pour éviter la surpopulation et l’épuisement écologique. Cette logique malthusienne radicale, fondée sur un équilibre forcé entre population et planète, rappelle certaines dystopies climatiques où des décisions extrêmes sont prises pour contrer un effondrement environnemental.
Thanos fonctionne presque comme une caricature sombre de militant environnemental : son plan s’appuie sur un diagnostic que la climate fiction explore souvent — la Terre (ou l’univers) ne peut pas supporter la pression exercée par ses habitants. Mais là où les récits cli-fi privilégient des solutions solidaires ou technologiques, Endgame joue la carte de la solution brutale, faisant ainsi écho aux débats sur l’« éco-autoritarisme » présents dans certains essais et romans du genre.
Même si Endgame ne revendique pas de message climatique explicite, son intrigue propose une allégorie involontaire des défis écologiques : comment réparer un monde endommagé ? Comment faire face à un trauma collectif lié à une perte massive ? Les Avengers, comme les protagonistes de climate fiction, doivent inventer des solutions qui dépassent la simple réparation matérielle — il s’agit aussi de réapprendre à vivre dans un monde transformé.
Et bien qu’il reste minoritaire dans la production globale, la tendance est là : le climat devient un personnage à part entière. Et ces œuvres, aussi divertissantes soient-elles, nourrissent aussi notre imaginaire collectif face à la crise.
Un extrait des différents ouvrages cités est proposé en fin d'article.
Crédits photo : geralt CC 0
DOSSIER - Climate Fiction : un genre militant, au secours de la planète
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 17/03/2005
221 pages
Le Jardin des Livres
21,00 €
Paru le 26/03/2014
275 pages
Casterman
28,00 €
Paru le 01/02/2018
176 pages
Editions Gallimard
16,50 €
Paru le 10/03/2016
224 pages
Au Diable Vauvert
18,00 €
Paru le 06/09/2018
540 pages
Le Cherche Midi
23,50 €
Paru le 11/01/2017
397 pages
Editions Kero
19,90 €
2 Commentaires
Kuroki Tomoko
14/08/2025 à 01:08
Dans les Comics Thanos devait exterminer 50% de la population de l'Univers c'est là raison pour laquelle Mistress Death le ressuscite (voir "Thanos vs Silver Surfer : La Renaissance de Thanos"). Très bonne idée pour les Films mais Thanos pourrait aussi avoir exterminé les animaux et plantes ce qui annule complètement le bénéfice du Snap.
The Road de John Hillcoat montre un monde post effondrement réaliste
La Saga Mad Max aussi
Interstellar de Christopher Nolan aussi
voir : Incompétence interstellaire | Tu mourras moins bête | ARTE
https://www.youtube.com/watch?v=8hbZCW2hzpE&ab_channel=Tumourrasmoinsb%C3%AAte-ARTE
qui en rajoute une couche
Don’t Look Up d'Adam McKay existe aussi
Rose
14/08/2025 à 08:44
C'est de plus en plus difficile de regarder ces délires américains ; il leur serait plus utile d'analyser l'état de leur pays (analyser l'existant), de faire une étude de besoins pour ne pas continuer d'aller vers le pire, une étude de faisabilité pour réparer et un projet financier pour ne plus polluer. Arrêter la destruction pour le changement.