Depuis 2011, le Prix Polari, au Royaume-Uni, se consacre à la célébration des littératures LGBTQ+, en saluant des œuvres et des auteurs pour leur accorder une plus large reconnaissance. Mais la sélection de cette année 2025 divise considérablement, puisqu'elle inclut un ouvrage de John Boyne. Lui-même homosexuel, l'écrivain irlandais revendique sa transphobie, se décrivant comme « TERF et fier de l'être ».
Le 12/08/2025 à 12:12 par Antoine Oury
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12/08/2025 à 12:12
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Depuis une quinzaine d'années, le Prix Polari, au Royaume-Uni, attire l'attention d'une bonne partie des cercles littéraires LBGTQ+. En effet, cette récompense, nommée d'après le club de lecture fondé par le journaliste gallois Paul Burston, met en avant les auteurs se revendiquant membres de la communauté LGBTQ+ et leurs œuvres.
La récompense initiale, le Polari First Book Prize, qui honore depuis 2011 un premier ouvrage, s'accompagne depuis 2019 d'une autre distinction, qui salue cette fois le livre d'un auteur confirmé, sous la simple appellation Polari Prize. Ces récompenses sont habituellement décernées en novembre, après deux sélections, en août et en septembre.
Le 1er août dernier, les publications des ouvrages sélectionnés ont toutefois suscité de vives réactions, inédites dans l'histoire de ces distinctions. En lice pour le Polari Prize se trouve en effet Earth, le dernier titre signé par l'écrivain irlandais John Boyne (Doubleday, inédit en français). Ce court roman évoque le procès de deux footballeurs, dont Evan Keogh, « homosexuel dans un milieu qui refuse la diversité », accusés d'agression sexuelle.
Lui-même homosexuel, Boyne est un auteur célébré, dont les livres sont traduits en plusieurs langues, dont le français. Le Garçon en pyjama rayé (Gallimard Jeunesse, traduit par Catherine Gibert) reste sans doute son ouvrage le plus connu, mais JC Lattès a également publié Les Fureurs invisibles du cœur (2018), L'audacieux Monsieur Swift (2020) ou encore La vie en fuite (2023), tous traduits par Sophie Aslanides.
Les positions publiques de l'auteur irlandais, depuis quelques années, choquent toutefois une partie de la communauté LGBTQ+. La parution de son livre My Brother’s Name is Jessica, en 2019 (inédit en français), avait ainsi soulevé une vague de protestations vis-à-vis du traitement jugé maladroit et mal informé de son sujet, la transition de genre d'une jeune fille.
D'année en année, l'auteur irlandais s'est montré de plus en plus intransigeant avec les personnes transgenres, jusqu'à la publication, en juillet 2025, d'une tribune saluant l'autrice J.K. Rowling, dont il est proche, à l'occasion de son 60e anniversaire. Dans cet article, Boyne se qualifie lui-même de « TERF et fier de l'être, je la soutiens à 100 % », au sujet des polémiques suscitées par la transphobie revendiquée de l'autrice de la saga Harry Potter.
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L'acronyme TERF signifie « trans-exclusionary radical feminist », soit « féministe radical rejetant les femmes trans », un courant de pensée qui estime que les femmes transgenres ne peuvent pas participer au combat féministe, ou même revendiquer les mêmes droits que les femmes dont l'identité de genre correspond au genre assigné à la naissance.
Ironiquement, la mouvance TERF s'accorde particulièrement bien avec des a priori sexistes, des postures misogynes, voire des polémiques lancées par des sympathisants d'extrême droite : la campagne de dénigrement de la boxeuse algérienne Imane Khélif, à laquelle participa largement Rowling en 2024, en fut une illustration frappante.
La publication de la sélection du Prix Polari 2025 a immédiatement suscité l'incompréhension, jusque dans les rangs des auteurs sélectionnés. Sur les 24 auteurs dont les livres font partie des listes avancées par le jury, 14 ont demandé le retrait de leurs œuvres, dont Olumide Popoola, Robert Hamberger, Andrew McMillan, Rhian Elizabeth et Jane Traies, en lice pour le Prix Polari.
7 titres, dont Earth de John Boyne, sont donc encore dans la course pour la récompense. La mobilisation demandant le retrait du titre de l'écrivain irlandais ne faiblit pas : l'autrice irlandaise Niamh Ní Mhaoileoin et sa collègue Emma van Straaten (République de Maurice) ont ainsi diffusé une lettre ouverte adressée aux organisateurs de la récompense, qui rappelle que « les déclarations publiques de M. Boyne sur les droits et l'identité des personnes transgenres sont incompatibles avec les normes d'inclusion basiques de la communauté LGBTQ+ ».
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Selon plusieurs médias britanniques, la lettre ouverte, diffusée via un formulaire Google Forms, aurait été signée par plus de 800 personnes. Elle n'est toutefois plus accessible sous cette forme, mais via une retranscription sur le réseau social X.
Malgré les revendications et le départ de deux membres du jury, Nicola Dinan et Bob Hughes, les organisateurs du Polari Prize persistent et signent. Leur réponse, publiée le 7 août dernier, maintient la sélection : « Étant donnés les défis auxquels nous faisons face et de la diversité des expériences vécues que nous représentons aujourd'hui sous la bannière LGBTQ+ Polari, il est inévitable que, même au sein de notre communauté, nous puissions parfois avoir des positions radicalement différentes sur des questions de fond », soulignent-ils.
« Nous n'écartons pas d'ouvrages en fonction des opinions exprimées par un auteur, mais nous regrettons toutefois les désagréments et blessures causés », précisent-ils plus loin. « Polari est engagé pour l'inclusion, pas l'exclusion. » La prochaine sélection du Prix Polari est attendue pour la fin du mois de septembre.
Photographie : Un drapeau LGBT (illustration, Stock Catalog, CC BY 2.0)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
1 Commentaire
rez
16/08/2025 à 11:20
est-ce que Polari aurait permis l'inclusion d'un ouvrage écrit par une personne trans ouvertement homophobe?