À l’occasion du 150e anniversaire de la mort de Hans Christian Andersen, la ville d’Odense, au Danemark – sa ville natale, où se trouve aujourd’hui sa maison-musée – déploie un programme culturel exceptionnel. À partir du 4 août 2025 et jusqu’à la fin de l’automne, plus de 38 institutions proposent concerts, lectures, ateliers, expositions et spectacles dans une célébration à la fois festive et introspective de l’écrivain universel. C’est le moment d’aller à Odense en somme, qui se transforme, pour quelques mois, en véritable « ville-conte ».
Le 06/08/2025 à 15:12 par Hocine Bouhadjera
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06/08/2025 à 15:12
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Le 4 août 2025, à 11h04 précises - heure exacte de la mort de Hans Christian Andersen en 1875 – les clochers de tout le Danemark ont résonné à l’unisson. Les églises de Silkeborg, Holstebro, Odense, Svendborg, Marstal et Copenhague ont participé à ce carillon commémoratif national, en ouverture d’un hommage culturel d’envergure.
Parmi les airs joués figuraient des chansons et poèmes chers à la mémoire danoise, comme Hist, hvor vejen slår et bugt (Là-bas, où le chemin fait une courbe) ou I Danmark er jeg født (Je suis né au Danemark).
Baptisé Andersen Forever, ce programme commémoratif est coordonné par la Ville d’Odense et la Fondation H.C. Andersen, avec le soutien de 38 partenaires culturels. Objectif : faire rayonner l’héritage du conteur tout en explorant les contradictions de sa vie et de son œuvre.
« Le Danemark ne compte pas tant d’icônes mondiales de la culture. Andersen en est une vraie. Il méritait une ouverture forte », souligne Eik Møller, directeur municipal d’Odense et président de la fondation, auprès de Kristeligt Dagblad, et de compléter : « Avec Andersen Forever, nous voulons montrer à la fois les zones d’ombre et les zones de lumière de sa personnalité. Loin d’être un auteur pour enfants seulement, Andersen a profondément marqué le théâtre, la musique, la culture et la littérature. »
Jusqu’à l’automne, partout, dans les rues, surgissent des sculptures inspirées de ses personnages, tandis que des jardins féeriques invitent petits et grands à laisser libre cours à leur imagination. La maison natale de H.C. Andersen, rénovée et repensée, accueille une exposition inédite sur la vie amoureuse du poète – une facette souvent méconnue du public. Le musée propose une plongée sensorielle dans ses écrits et sa biographie, revisités à travers une muséographie immersive.
Le programme prévoit une riche série de représentations théâtrales, de conférences, d’ateliers créatifs pour enfants, d’installations artistiques dans l’espace public et de lectures à voix haute. Parmi les temps forts, The Phoenix, un spectacle de cirque aérien présenté dès le 21 août sur la place Flakhaven, inspirée du conte Le Phénix. Le théâtre d’Odense présente quant à lui The Shadow (L’Ombre), une pièce sonore immersive, jouée tout l’automne, tandis que le Festival international du film d’Odense propose des projections spéciales du même conte, suivies de rencontres avec les artistes.
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La création contemporaine est également à l’honneur. Le musée Brandts Art Museum accueille le projet Poetry of the Moment, autour de la nature, de l’éphémère et du merveilleux. Au Nordatlantisk Hus, une exposition en papier découpé conçue par l’artiste Annika Øyrabø dialogue avec les motifs andersiens.
Une série de podcasts inédits, produits pour l’occasion par Anna Juul et Jesper Wung‑Sung, invite à explorer les zones plus sombres de l’univers d’Andersen : la solitude, la mort, le désir de postérité. Ces thématiques sont prolongées dans une conférence à la cathédrale d’Odense, Andersen and Eternal Life, qui interroge la place du spirituel dans son œuvre.
Plusieurs initiatives sociales ponctuent également cette saison, avec des événements pensés pour les publics isolés ou vulnérables. Alone Together, le 27 août, propose une croisière-discussion réservée aux personnes venues seules, suivie d’un repas collectif et d’une projection en plein air. D’autres projets impliquent des jeunes de quartiers défavorisés autour d’ateliers inspirés du conte Le Rossignol, ou encore des anciens combattants, invités à exprimer par l’art leur vécu.
Odense, c’est toute l’année une ville qui célèbre Hans Christian Andersen, son enfant le plus célèbre. C’est ici qu’il est né, qu’il a grandi, et qu’on peut aujourd’hui visiter sa maison-musée immersive, conçue par l’architecte Kengo Kuma. Elle met en scène ses contes à travers sons, lumières et installations artistiques. À quelques pas, sa maison d’enfance reconstituée permet de découvrir l’univers modeste dans lequel il a grandi. Dans les rues, sculptures, fresques et jardins féeriques prolongent l’hommage en plein air. Chaque été, les Hans Christian Andersen Festivals animent Odense avec spectacles, concerts et activités familiales.
Le H.C. Andersen Festival Play propose quant à lui des pièces inspirées de ses récits. De juin à août, la Hans Christian Andersen Parade donne vie à ses personnages dans le Jardin des contes. Des balades contées guidées permettent de revivre son histoire dans les rues anciennes de la ville. En septembre, un marathon familial traverse les lieux symboliques d’Andersen, pour finir en conte de fées.
Pour l’universitaire Claus Elholm Andersen, bien que H.C. Andersen soit mort depuis cent cinquante ans, son œuvre conserve une puissance intacte qui le place, encore aujourd’hui, parmi les grandes figures de la littérature mondiale. Son secret : il était un observateur particulièrement perspicace des inégalités, des rapports de pouvoir et des différences sociales de son époque – et c’est précisément cela qui rend ses contes actuels et pertinents aujourd’hui.
Le 4 août 2025 marque les 150 ans de la mort de Hans Christian Andersen, décédé à Rolighed, dans le quartier d’Østerbro à Copenhague, vraisemblablement d’un cancer du foie. Affaibli et alité depuis plusieurs mois, l’écrivain s’éteint dans la résidence de la famille Melchior où il avait ses appartements. Dès 1872, son état de santé décline brutalement, comme en témoigne son journal intime devenu un véritable récit de souffrance. À partir de cette date, il cesse toute activité littéraire. Les dernières photographies de lui, prises en 1874, révèlent un homme profondément diminué, loin de l’artiste actif et voyageur qu’il fut encore quelques années plus tôt.
Avec la mort de Hans Christian Andersen s’est refermée l’ère de « l’âge d’or de la littérature danoise ». Cette époque, qui s’étend approximativement des années 1800 à 1850, vit émerger une génération d’artistes et d’intellectuels d’envergure, comme le philosophe Søren Kierkegaard, le théologien Grundtvig, le sculpteur Bertel Thorvaldsen ou encore le peintre C.W. Eckersberg. Tous ont contribué à forger une identité culturelle danoise à la fois ancrée dans le romantisme et tournée vers une sensibilité nouvelle, portée par l’individu, la nature, et l’imaginaire.
Alors que le modernisme s’imposait au Danemark sous l’impulsion de Georg Brandes, certains pensaient que les contes d’Andersen appartenaient déjà au passé. C'est ce même Brandes qui fut d’ailleurs le premier à le considérer comme un véritable écrivain, digne d’analyse littéraire. Dans un essai de 1869, il souligna la portée profonde et adulte des 156 contes d’Andersen, bien au-delà de leur dimension enfantine.
Lorsque Hans Christian Andersen publie ses premiers contes en 1835, leur style oral, jugé trop peu littéraire, est critiqué. Pourtant, pour le critique Georg Brandes, c’est justement cette oralité assumée qui fait la force d’Andersen : il cherche à « parler plutôt qu’écrire », quitte à adopter un ton naïf.
Selon ce dernier, cet apparent naturel dissimule une maîtrise du langage qui crée un style inédit en danois, rythmé et vivant. Il fut le premier à prendre Andersen au sérieux, comprenant que ses contes soulèvent des problématiques sociales et politiques. Ainsi, Le Briquet, son tout premier conte, montre un soldat devenu riche puis ruiné, abandonné par ses amis : une critique implicite de l’exclusion sociale et des rapports entre richesse et statut. Derrière leur apparente légèreté, les contes d’Andersen offrent une lecture lucide et engagée du monde.
On peut aussi citer son plus célèbre conte, le déchirant La petite fille aux allumettes, écrit en 1845. Ce conte n’aurait pas pu être rédigé quelques années plus tôt, alors que les premières usines de fabrication d’allumettes ouvraient à Copenhague. Il était courant que de très jeunes enfants, dès sept ans, y travaillent, parfois dans des conditions toxiques (exposition au phosphore), puis achètent les allumettes qu’ils avaient fabriquées pour les revendre dans la rue après le travail.
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Tout le long du conte, Andersen alterne point de vue interne et externe, montrant la fillette dans le froid, puis ses pensées rêveuses, qui contrastent avec la dure réalité. À la fin, elle meurt recroquevillée dans un coin, tandis que les lecteurs bourgeois – littéralement – sont à l’intérieur, de l’autre côté du mur.
Ce conte devient ainsi l’un des premiers récits littéraires sur le travail des enfants dans la Scandinavie industrielle. Andersen provoque l’empathie envers cette enfant, perçue jusque-là comme une mendiante paresseuse. Des publications comme le Flinchs Almanak de 1843 allaient jusqu’à recommander de ne rien donner à ces filles aux allumettes, pour inciter les parents à « travailler eux-mêmes et confier à leurs enfants des tâches utiles », raconte Claus Elholm Andersen.
Andersen n’était pas un écrivain militant, mais ses contes révèlent une conscience aiguë des injustices sociales et des rapports de pouvoir. À travers un style innovant et une ironie mordante, cet enfant d'une famille modeste, dont le père, cordonnier, mourut alors qu’il n’avait que 11 ans, dénonce subtilement les inégalités de son époque.
Crédits photo : portrait de l'écrivain danois Hans Christian Andersen (domaine public)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
1 Commentaire
Félix
08/08/2025 à 21:25
Nous sommes déjà allés dans la ville d'Odense - qui est située sur l'Île de Fionie - en famille, il y a une quinzaine d'années de cela, puisque nous y avons de la proche famille.
En passant, on pense à tort que les célèbres "Contes" de Hans Christian Andersen (1805-1875) sont des allégories enfantines. En fait, elles sont beaucoup plus des matières à réfléxion pour adultes.
Et c'est très bien résumé dans la présentation de l'oeuvre du grand écrivain danois, et ce dans le catalogue de la Pléiade 2025, ainsi :
".....le langage du père de La Petite Sirène (dont la sculpture orne le port de Copenhague, la capitale du Danemark) - c'est nous qui le spécifions ici - est en soi créateur d'un univers où la normalité se situe dans l'invraisemblable, où l'immatériel accède à la vérité, où la parole même est un instrument de création du réel".