La Cli-Fi — pour Climate Fiction — détaille l’impact que le changement climatique exerce sur nos sociétés et nos vies. Entre anticipation et dystopie, il mêle science, fiction et écologie pour explorer les défis environnementaux, souvent à travers des récits humains forts et immersifs. Parce qu'il n'y a pas de planète B...
Si la fiction climatique a pris son essor aux États-Unis, ce n’est pas un hasard. Les auteurs anglophones explorent depuis longtemps les angoisses liées à la nature et aux éléments. Dès les années 1960, le britannique J.G. Ballard imagina par exemple une tétralogie apocalyptique marquante – sécheresse, inondation, tempêtes – où il dépeint « l’agonie d’un monde » à travers des images saisissantes de désastre.
Son roman Le Monde englouti (1962, trad. Michel Pagel) plonge Londres sous les eaux, tandis que Sécheresse (1965) envisage la disparition totale de l’eau douce. À la même époque, l’Américain John Brunner publie Le Troupeau aveugle (1972, trad. Didier Pemerle) qui décrit de manière très réaliste les effets quotidiens de la pollution et du climat déréglé : plages interdites, allergies en pagaille, pénuries d’eau.
Ces précurseurs – aux côtés d’autres pionniers comme l’écrivaine afro-américaine Octavia E. Butler – ont ouvert la voie à une nouvelle forme de science-fiction, ancrée dans les dangers bien réels de notre planète.
Il faut toutefois attendre le XXIe siècle pour voir la climate fiction entrer dans le cercle des best-sellers internationaux. Un nom symbolise cette reconnaissance : Margaret Atwood. La célèbre romancière canadienne, déjà autrice de La Servante écarlate (trad. Sylviane Rué) s’est emparée du thème écologique avec sa trilogie MaddAddam (trad. Patrick Dusoulier).
Dans Le Dernier homme (Oryx and Crake, 2003) puis Le Temps du déluge (2009), elle met en scène un monde ravagé par les dérives biotechnologiques et le changement climatique. Atwood – qui préférait qualifier ses ouvrages de « fiction spéculative » – est souvent citée comme l’une des figures de proue du genre, rapport The Guardian.
À sa suite, de nombreux auteurs anglophones ont mêlé thriller, science et climat dans des récits haletants. On pense à Liz Jensen (The Rapture, 2009 - Avant la fin, trad. Aline Weill), où la canicule annonce la fin des temps. Ou à Barbara Kingsolver, dont le roman Flight Behavior (2012, Dans la Lumière, trad. Martine Aubert) dépeint une vallée apparemment en feu – métaphore d’un écosystème bouleversé.
Ces œuvres, saluées par la critique, ont prouvé que l’urgence climatique pouvait fournir la matière de fictions grand public aussi captivantes que profondes.
Aujourd’hui, la relève est assurée par une nouvelle génération d’écrivains anglo-saxons qui n’hésitent plus à placer le climat au cœur de l’intrigue. L’américain Paolo Bacigalupi, par exemple, s’est fait connaître avec La Fille automate (2009, trad. Sara Doke) – un futur frappé par la pénurie pétrolière et la montée des océans.
Il a enchaîné avec Water Knife (2015, trad. Sara Doke), décrivant une lutte sanglante pour l’eau dans un sud-ouest américain asséché par la sécheresse. Ses romans très politiques dénoncent la cupidité des multinationales et les folies de la géo-ingénierie, tout en soulignant la responsabilité humaine dans le chaos climatique.
Autre figure majeure : Kim Stanley Robinson, chantre d’une science-fiction crédible et documentée. Son récent Ministère du Futur (2020, trad. Claude Mamier) impressionne par sa rigueur – l’auteur y utilise la fiction « comme un outil de vulgarisation et de sensibilisation », débattant aussi bien de géo-ingénierie que de finance verte au fil d’un récit choral puissant. Ce livre a d’ailleurs tellement marqué les esprits qu’il a été recommandé jusqu’aux plus hauts niveaux : Barack Obama lui-même l’a cité parmi ses lectures !
Un tournant s’est produit autour de 2018, considéré par certains comme une année charnière. Le célèbre romancier indo-américain Amitav Ghosh, qui déplorait en 2016 le manque de fictions sur le climat, estime que « le monde nous a changés » à ce moment-là.
Pourquoi ? D’une part, une série d’événements climatiques extrêmes (incendies géants en Californie, inondations en Inde, ouragans dévastateurs) ont frappé les esprits. D’autre part, un roman inattendu a rencontré un immense succès : L’Arbre-Monde (The Overstory, 2018, trad. Serge Chauvin) de Richard Powers, fresque chorale sur la défense des forêts.
Couronné par le prix Pulitzer, ce livre a prouvé qu’une fiction centrée sur l’écologie pouvait émouvoir un vaste public et décrocher les plus hautes distinctions. Depuis, la cli-fi n’est plus cantonnée aux rayons science-fiction : elle infuse la littérature générale, elle figure dans les listes de prix littéraires.
En un mot, elle est sortie de l’ombre pour devenir un courant majeur de la littérature anglophone contemporaine – au point que « la crise climatique n’est plus l’apanage de la science-fiction, mais bien un sujet transversal, traité sous tous les angles », comme le souligne le Guardian.
Des dystopies les plus sombres aux lueurs d’espoir, les plumes anglo-saxonnes auront été à l’avant-garde pour raconter notre monde en surchauffe.
Un extrait des différents livres cités est proposé en fin d'article.
Crédits photo : naturfreund_pics CC 0
DOSSIER - Climate Fiction : un genre militant, au secours de la planète
Par Clément Solym
Contact : cs@actualitte.com
Paru le 27/05/1998
541 pages
LGF/Le Livre de Poche
8,90 €
Paru le 13/01/2011
233 pages
Editions Gallimard
8,60 €
Paru le 14/01/2021
576 pages
Robert Laffont
12,50 €
Paru le 01/10/2015
574 pages
10/18
9,90 €
Paru le 18/05/2012
401 pages
Seuil
21,80 €
Paru le 02/05/2013
638 pages
J'ai lu
8,90 €
Paru le 24/09/2014
618 pages
Rivages
10,50 €
Paru le 09/10/2024
680 pages
Bragelonne
9,95 €
Paru le 11/04/2018
510 pages
J'ai lu
8,40 €
Paru le 05/09/2019
739 pages
10/18
9,90 €
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